SOCIETE

L’urbanisation favorise la résolution du problème d’emploi

Wang Jian, chercheur de la Commission d’État pour le développement et la réforme et spécialiste au niveau national, a dit au cours d’une interview de notre reporter Feng Jianhua,  que pour régler définitivement le problème de pression de l’emploi auquel la Chine fait face, il faut prendre des mesures stratégiques à long terme, accélérer le processus d’urbanisation et libérer tous les potentiels dont la Chine a besoin.

Journaliste : Plusieurs hauts fonctionnaires du gouvernement chinois ont dit à des occasions différentes que le problème d’emploi auquel la Chine fait face actuellement est très grave. Pouvez-vous nous dire dans quels domaines il se manifeste ?

Wang Jian : Depuis toujours, réaliser le plein emploi est un objectif premier de la politique macroéconomique du gouvernement de chaque pays. Les expériences historiques d’une centaine de pays montrent que lorsque le taux de croissance économique dépasse 7 %, les nouveaux travailleurs de l’année même peuvent trouver un poste de travail. Mais depuis trois ans, bien que l’économie nationale chinoise maintienne un taux de croissance de 7 %, le taux de chômage tend à la hausse. Dans la situation actuelle, il est difficile de contrôler efficacement cette tendance à court terme.

La croissance économique ne peut fournir des emplois à tous, ce qui signifie que la distribution des ressources sociales n’est pas rationnelle. Dans ces conditions, les chômeurs ne sont pas les bénéficiaires même si le « gâteau » économique de Chine est très grand. Cette sorte de croissance économique a perdu sa signification.

Le plus grave, c’est que l’économie a connu une augmentation, mais le problème de l’emploi n’a pas été réglé parallèlement. Il en résulte que la croissance économique est difficilement partagée par les différentes couches sociales, et la stabilité sociale est mise en danger. On peut dire que si l’écart entre le taux de croissance économique et le taux de l’emploi grandit, la possibilité d’un bouleversement social augmente.

Journaliste : Selon les données du Bureau d’États des statistiques, à la fin de 2002, le taux de chômage dans les villes et bourgs atteignait 4 %. Sur cette base, pouvez-vous évaluer le taux de chômage global ?

Wang Jian : Le taux de chômage publié par l’État se compose principalement des chômeurs des entreprises en faillite qui se sont inscrits au département du travail, non compris les personnes licenciées (qui ont encore un contrat de travail avec leurs entreprises). Un haut responsable du gouvernement chinois a dit que si l’on compte les gens licenciés, le taux de chômage des villes et bourg  pourrait atteindre 7 % au minimum.

À mon avis, si le taux de chômage est composé des chômeurs des villes, des bourgs et des chômeurs potentiels de la campagne, il peut atteindre 12-15 %. À calculer selon les 730 millions de travailleurs à la fin de 2001, le nombre de chômeurs était de 100 millions environ.

Journaliste : Quel est votre avis sur la progression du taux de chômage malgré la rapide croissance économique ?

Wang Jian : C’est bizarre et propre à la Chine depuis quelques années déjà. Cela signifie qu’il y a certainement un facteur économique causant cette situation et ce facteur disparaîtra difficilement dans un court délai.

Pourquoi ce phénomène anormal ? Je crois qu’il est causé par la double structure ville et campagne, appliquée depuis quelque 50 ans. Cette structure a empêché le déplacement des habitants urbains et ruraux au moyen du registre et de l’identité ; les villes et les campagnes ne se développent pas parallèlement. Et l’urbanisation est retardataire par rapport à l’industrialisation.

En ce qui concerne la production, la Chine a atteint une capacité moyenne d’approvisionnement de 3 000 USD par personne, équivalant au niveau de consommation de la population des pays à consommation moyenne. Pourtant, à cause du retard de l’urbanisation, la structure démographique de la Chine se compose principalement d’habitants ruraux à bas revenu (environ 63 % de la population totale) ; pour cette raison, la consommation ne peut suivre la croissance économique, ce qui a causé un déséquilibre entre l’offre et la demande.

Ce déséquilibre se manifeste dans plusieurs domaines. En ce qui concerne la consommation des électroménagers de haute qualité grâce à la rapide introduction de nouvelles générations de produits, les habitants des villes développées ne veulent pas en acheter beaucoup, tandis que les habitants ruraux voudraient en acheter mais manquent d’argent. Quant aux voitures, bien que le potentiel de marché soit grand, il se limite à un petit nombre d’habitants urbains et est presque nul dans les campagnes. Le marché des produits de consommation durables de haute qualité est passé rapidement de la prospérité à la saturation en apparence. Les entreprises industrielles les plus faibles ont de la difficulté à élargir leur envergure et perdent petit à petit leur attirance.

Par ailleurs, le retard de l’urbanisation a aussi causé le retard de développement du secteur tertiaire, et le problème de l’emploi semble de plus en plus grave. Selon l’expérience historique des pays développés, au cours du processus d’industrialisation, la proportion de l’emploi entre les secteurs secondaire et tertiaire est généralement de 1:3. Pendant les vingt dernières années en Chine, la proportion de l’emploi entre les secteurs secondaire et tertiaire était de 1 : 1,5 à la ville et de 1,5 : 1, à la campagne.

Journaliste : Parallèlement au maintien de la croissance économique rapide, comment peut-on fournir plus de postes de travail efficaces et permanents aux travailleurs ?

Wang Jian : Aucune mesure à court terme ne peut régler la « maladie à long terme », c’est-à-dire le haut taux de chômage auquel la Chine fait face. Seules des mesures à moyen et à long terme peuvent traiter cette « maladie ». Accélérer le processus d’urbanisation est une voie efficace pour régler le problème de l’emploi. C’est seulement par l’urbanisation qu’on peut augmenter la proportion des habitants urbains à haut revenu, afin de réaliser un équilibre entre l’offre et la demande dans toute la société. De plus, accélérer le processus d’urbanisation peut élargir petit à petit l’espace de croissance de la valeur de production et l’espace d’emploi du secteur tertiaire freinés depuis longtemps par l’urbanisation lente.

Il est nécessaire d’éclaircir un point de vue irréaliste. À présent, plusieurs placent leur espoir de régler le problème d’emploi sur les centres de production établis en Chine par les pays développés. C’est une idée irréaliste, parce que le nombre de travailleurs dans le secteur secondaire des États-Unis, du Japon et des pays d’Europe n’est que de 90 millions de personnes, même si les industries de ces pays étaient toutes en Chine, elles ne pourraient régler le problème d’emploi de 100 millions de chômeurs chinois des villes et bourgs. En réalité, à longue échéance, le grand marché intérieur est la réelle supériorité internationale de la Chine. Si la demande potentielle du marché est entièrement exploitée, le problème de l’emploi auquel la Chine fait face pourra se régler facilement.

Pour adoucir la pression de l’emploi, les gouvernements chinois à tous les échelons ont pris plusieurs mesures efficaces et remporté du succès. Mais à longue échéance, ces mesures ne peuvent régler le problème de l’emploi à la source, parce que dans certaines conditions économiques, l’augmentation des emplois ne peut dépasser celle des travailleurs. Depuis toujours, c’est le marché qui entraîne l’emploi, non le contraire.

Journaliste : Depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC, l’environnement d’emploi du pays se détériore-t-il ?

Wang Jian : Les faits sont à l’opposé de ce que plusieurs personnes pensent !

Après l’adhésion à l’OMC, plusieurs ont des soucis : à la suite de la baisse des droits de douane, un grand nombre d’industries manufacturières transnationales appliqueront la mesure de « remplacer l’investissement par le commerce » et fermeront leur centre de production en Chine. La situation de l’emploi en Chine empirera.

Mais, étant donné que la main-d’œuvre bon marché de la Chine attire beaucoup le monde, et que l’environnement politique et le milieu d’investissement de la Chine s’adaptent petit à petit à la norme internationale, plusieurs magnats de l’industrie manufacturière n’ont pas diminué leurs investissements en Chine ; au contraire, ils en ont augmenté. Objectivement, on peut dire que la plus grande contribution des investissements étrangers consiste dans la promotion de l’emploi.