ECONOMIE
Partenaire coopératif constructif
SHEN JIRU
La Chine et l’ANASE ont connu la plus rapide croissance économique et ont un grand potentiel de développement. Pourtant, pays en voie de développement, la Chine et les pays de l’ANASE n’ont pas encore réalisé totalement l’industrialisation. À l’époque actuelle de l’informatisation, la Chine et l’ANASE se trouvent dans la couche inférieure de la division du travail dans le monde et subissent une énorme pression de la concurrence acharnée dans la mondialisation économique. Élever la compétitivité de la Chine et de l’ANASE par la coopération sincère et élever leur statut dans le système de répartition internationale du travail constituent le défi commun auquel les deux parties font face. Pour relever ce défi, les leaders de la Chine et de l’ANASE ont signé à Phnom Penh, le 4 janvier 2002, l’« Accord cadre sur la coopération économique globale entre la Chine et l’ANASE », décidant d’établir la zone de libre-échange Chine-ANASE en 2010. Il s’agit là d’un fait important non seulement dans la coopération économique régionale de l’Asie, mais aussi pour l’économie mondiale. En 2020, la zone de libre-échange Chine-ANASE, dont onze pays membres comptent au total 1,8 milliard d’habitants, deviendra la troisième grande zone de libre-échange après l’Union européenne et l’Amérique du Nord.
Il faudra travailler dur pour établir une zone de libre-échange entre les onze partenaires coopératifs de l’Asie de l’Est, où la différence est grande en ce qui concerne le niveau de développement économique et le régime social. On devra passer par un processus d’adaptation. Les entrepreneurs des deux parties sentent la pression concurrentielle face à la suppression totale de la barrière commerciale entre ces onze pays dans sept ans. Transformer cette pression en une force motrice de coopération pour réaliser le développement commun est la principale tâche à accomplir au cours du processus adaptatif.
La restructuration industrielle poussée par la libéralisation des investissements
Tant à l’ANASE qu’en Chine, il y a un point de vue selon lequel, après l’établissement de la zone de libre-échange, certaines industries subiront une « pression » concurrentielle de la part de la contrepartie du fait que leur structure économique est similaire. Il faut reconnaître franchement que ce problème existe. Par exemple, après la réalisation du commerce libre, les produits tropicaux et électriques chinois subiront une grande pression de ceux de l’ANASE, tandis que les industries textile, mécanique et de confection de l’ANASE subiront la pression chinoise. Pourtant, si l’on ne voit que la pression concurrentielle sans comprendre la potentialité du développement commun, l’établissement de la zone de libre-échange perd toute signification. En effet, la création d’une organisation d’intégrité économique dans des pays où la structure économique est similaire peut réaliser sans aucun doute la prospérité commune des pays membres. L’Union européenne en est un exemple. L’Allemagne, la France, l’Angleterre, l’Italie, le Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg sont les principaux pays membres et leur structure économique est semblable. Ils ne constituent pas de menace l’un pour l’autre et ont réalisé la prospérité commune. La raison est qu’ils ont établi des règles de marché unifiées et fondé le marché commun où la concurrence est équitable et tous les facteurs de production comme marchandises, capitaux, personnel et main-d’œuvre circulent librement, permettant la distribution optimale des ressources dans toute la région de l’UE et l’efficacité économique améliorée de tous les pays membres. Pour des raisons linguistiques, ethniques et légales, l’UE n’a pas réalisé, jusqu’à présent, la circulation libre du personnel et de la main-d’œuvre, mais celle des marchandises et des capitaux a comblé dans une grande mesure cette lacune. Dans la concurrence équitable, l’élimination de certaines entreprises est normale et favorise le progrès social. La coopération dans l’intégration économique a justement pour but d’établir un marché de concurrence équitable ; la libéralisation des investissements apportera de grandes occasions à tous les pays membres pour réaliser la restructuration économique et établir de nouvelles entreprises.
S’inspirant de l’expérience de l’Union européenne, la Chine et l’ANASE doivent établir une concurrence équitable et développer la coopération du commerce libre, en même temps que de stimuler activement la coopération dans la libéralisation de l’investissement. L’investissement mutuel est la forme la plus favorable à la restructuration industrielle et à la distribution optimale des ressources. De plus, il peut transformer la complémentarité mutuelle de l’économie des deux parties en force productive réelle, trouver des débouchés favorables pour les capitaux non utilisés, disperser les risques d’investissement, créer de nouvelles industries, accélérer la matérialisation de nouvelles technologies, fournir de nouveaux emplois, stimuler la fusion et l’annexion d’entreprises, réaliser l’économie d’envergure des certaines entreprises en favorisant la distribution du travail, accélérer la construction d’infrastructures et encourager l’investissement par les pays développés en Chine et dans l’ANASE. L’investissement réciproque est donc un moyen important permettant de transformer la « pression concurrentielle » en « force motrice » de la prospérité commune.
La Chine et l’ANASE ont besoin de l’investissement réciproque
D’abord, l’investissement réciproque répond à la nécessité de consolider et de développer les relations égales, coopératives et la confiance mutuelle. La Chine et l’ANASE ont déjà établi de bonnes relations d’égalité, de coopération et de confiance, qui sont la base politique permettant de développer davantage la coopération économique entre les deux parties. En revanche, la coopération économique renforcée peut raffermir la confiance mutuelle et la coopération politiques, favorisant la solution des certains problèmes, entre autres celui de la mer de Chine méridionale. L’investissement réciproque entre la Chine et l’ANASE pourra promouvoir la restructuration industrielle, accélérer le développement, augmenter la confiance mutuelle et leur permettra de devenir une force importante dans la sauvegarde de la paix de l’Asie et du monde et le développement économique mondial.
Ensuite, l’investissement réciproque répond à la nécessité d’optimiser la distribution des ressources et de réaliser la prospérité commune. Pour réaliser la prospérité commune, la Chine et l’ANASE doivent coopérer sincèrement pour améliorer l’efficacité économique des deux parties, surtout celle de l’investissement, se compléter dans les domaines économique et technologique et avancer avec le courant mondial de la révolution technique. Cela leur demande d’assurer la distribution optimisée des ressources et de procéder à la restructuration industrielle soutenue pour augmenter leur statut dans le système mondial de distribution du travail.
Troisièmement, la Chine et l’ANASE sont capables d’investir mutuellement. Maintenant, la Chine a vu sa capacité économique se classer au sixième du monde et possède un système économique complet, de riches ressources de main-d’œuvre et un important contingent de recherche scientifique. L’ensemble de la capacité économique des pays membres de l’ANASE a dépassé celle de l’Inde. La région où se trouvent la Chine et l’ANASE a connu le développement économique le plus rapide et a un grand potentiel économique. Nous devons avoir confiance en notre propre capacité et coopérer sincèrement pour mettre en valeur notre potentiel économique.
Le PIB par personne n’est que d’environ 900 USD en Chine qui, dans l’ensemble, est un pays manquant de capitaux. L’exploitation de la région occidentale retardataire du pays nécessite la participation des autres pays, dont ceux de l’ANASE. Il en est de même pour son industrie financière. Par ailleurs, le déséquilibre du développement économique et les problèmes de la structure économique ont suscité la surproduction et des capitaux au repos ; la Chine a donc la nécessité et la possibilité d’investir à l’étranger. Pourtant, elle n’est pas habile dans ce domaine : à la fin de 2001, les investissements directs étrangers ont atteint 395,47 milliards de USD, tandis que ceux effectués à l’étranger par la Chine n’étaient que de 8,4 milliards, soit 2,12 % des investissements étrangers effectués en Chine. Dans les pays en voie de développement, ce pourcentage est en moyenne de 13 %. L’investissement effectué par des entreprises chinoises dans l’ANASE et celui effectué conjointement par des entreprises de la Chine et de l’ANASE dans d’autres régions du monde ont donc un large espace de développement.
Des pays membres de l’ANASE, dont Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie et les Philippines, ont déjà effectué des investissements actifs en Chine. De sa part, l’ANASE accueille l’investissement chinois. Il est naturel que des pays membres à bas revenus accueillent les investissements de la Chine. Des pays membres riches applaudissent également les investissements chinois, parce qu’ils favorisent la restructuration économique, l’élargissement du marché, l’augmentation de l’emploi, la diversification des risques et le développement de nouvelles industries. La Chine a déjà investi en Indonésie dans la production de téléviseurs en couleur et de climatiseurs. Ce n’est que le début ; l’établissement de la zone de libre-échange ANASE-Chine encouragera les investissements des entreprises chinoises dans l’ANASE.
Les entrepreneurs de la Chine et de l’ANASE trouveront bon nombre d’occasions de coopération apportées par la libéralisation du commerce et de l’investissement. Par exemple, la Chine possède la technique de transformation du soja en fibres textiles, de transformation du maïs en alcool combustible et autres produits chimiques, celle du gas-oil biologique et elle est en train de développer la batterie combustible pour automobile. L’ANASE a besoin de ces techniques et produit en grande quantité le manioc (matière première pour la production de l’alcool combustible) et les plantes oléagineuses. La coopération dans le domaine de ces nouvelles techniques pourra créer de nombreux emplois et favoriser le développement économique soutenu (atténuer la pression des besoins d’énergie, contrôler la pollution). Par rapport aux pays développés, les entreprises de la Chine et de l’ANASE sont de petite envergure, ce qui ne favorise pas le développement de nouvelles techniques, ni l’abaissement du coût de revient. Elles doivent donc s’habituer à établir de grandes sociétés transnationales par actions et détenir mutuellement des actions pour diminuer les risques d’investissement, et adopter avec courage de nouvelles technologies.
En tant que partenaire coopératif et constructif, la Chine travaillera, avec l’ANASE, à frayer la voie de la prospérité commune
– Restructuration industrielle. L’enlèvement de la barrière commerciale crée un espace d’économie commun composé de onze pays et de 1,8 milliard d’habitants, permettant la concurrence équitable aboutissant à l’élimination des entreprises à faible efficacité. Les entreprises de chaque pays membre peuvent produire leurs produits supérieurs, ce qui améliorera l’efficacité économique et le traitement accordé dans le cadre de la protection sociale des onze pays membres. Dans ce processus, il est tragique que certaines entreprises soient éliminées. Pourtant, ce prix à payer est rémunérateur : chaque pays pourra trouver de nouvelles occasions de fonder un grand nombre d’entreprises dans le domaine de sa supériorité, offrant ainsi de nouvelles occasions d’investissement et de nombreux emplois. La faillite des entreprises à faible efficacité et la création de nouvelles entreprises aboutiront à l’amélioration de la structure économique ; chaque pays concentre sa force dans la production de ses produits supérieurs et les produits de chaque entreprise pourront entrer sans encombre sur le marché des dix autres pays membres. C’est-à-dire que la distribution des ressources sera ainsi optimisée. Les entreprises de la Chine et de l’ANASE doivent donc participer activement à la restructuration industrielle. C’est la position de la Chine dans la coopération avec l’OMC et aussi dans la coopération de l’établissement de la zone de libre-échange avec l’ANASE, visant à réaliser la prospérité commune tout en recherchant les avantages et en évitant les désavantages.
– Libéralisation de l’investissement. Dans le cadre du libre-échange, la restructuration industrielle s’accompagne de la restructuration de l’investissement afin de trouver les meilleurs terrains pour les capitaux. Dans les onze pays membres de la zone de libre-échange Chine-ANASE, les conditions naturelles sont différentes, c’est-à-dire que les points forts et les points faibles de chaque pays sont différents en ce qui concerne les capitaux, les technologies, le coût de revient, la main-d’œuvre, les ressources naturelles, le climat, les infrastructures, la gestion, le réseau de marché et les ressources d’information. C’est l’investissement qui peut créer une entreprise concurrentielle et bénéfique en regroupant ces éléments de production. Avant l’établissement de la zone de libre-échange, les investissements sont pris en considération d’abord à l’intérieur du pays puisqu’il existe des barrières douanières et non douanières dans chaque pays. Après l’établissement de la zone de libre-échange, les marchandises pourront circuler librement entre les pays membres. Donc, les entrepreneurs doivent-ils changer leurs vieilles idées et habitudes et s’habituer à programmer leurs investissements dans un espace commun aux onze pays membres. Dans la nouvelle circonstance, l’investissement à haute efficacité est de la même nature tant parmi les onze pays membres qu’à l’intérieur du pays investisseur. Par exemple, l’investissement effectué par des entrepreneurs chinois dans la production de téléviseurs, de climatiseurs et de pneus dans l’ANASE est plus lucratif que la vente des produits fabriqués en Chine à ANASE. Il en est de même pour les produits de l’ASEA N : les produits électroniques et les pièces de rechange pour auto fabriqués en Chine avec l’investissement de l’ANASE peut rapporter plus de bénéfices que ces produits fabriqués dans l’ANASE et transportés en Chine pour la vente. La libéralisation de l’investissement peut accélérer le rythme de la restructuration industrielle des deux parties, offrir davantage d’emplois et augmenter le profit des entreprises. Elle est donc un moyen important de réaliser la prospérité commune en cherchant les avantages et en évitant les désavantages. Le gouvernement chinois encourage les entreprises chinoises à « sortir ». Les premières destinations sont les dix pays partenaires de la zone de libre-échange Chine-ANASE.
– Nouvelles fonctions du gouvernement. Dans l’établissement de la zone de libre-échange, le gouvernement doit considérer les choses sous l’angle de l’établissement de l’espace du marché unifié dans les onze pays membres et de l’élaboration des règles pour ce marché afin d’assurer une concurrence équitable, au lieu de dresser des barrières comme par le passé. Seule la concurrence équitable permet la distribution optimisée de ressources et la prospérité commune. Répondant à la demande de l’ANASE de la « Récolte au commencement », le gouvernement chinois est d’accord pour donner le feu vert au commerce libre de 600 produits agricoles, un geste positif et constructif qui signifie que la Chine est prête à assumer la pression exercée par l’ouverture du marché des produits agricoles. Le gouvernement chinois ne recourt plus à la barrière commerciale pour protéger les producteurs de certains produits agricoles et il restructure l’agriculture pour offrir de nouveaux emplois aux agriculteurs dont les produits sont repoussés par ceux de l’ANASE.
– Élaboration de règles du marché favorables à la zone de libre-échange Chine-ANASE. Outre les règles du commerce libre et le calendrier de l’ouverture, la Chine a pris des mesures pour promouvoir la circulation libre des capitaux. Par exemple, le gouvernement chinois est en train d’élaborer les règles concernant l’entrée dans le marché des titres chinois des « investisseurs institutionnels étrangers qualifiés ». Ces règles préparent le terrain pour l’entrée des capitaux étrangers (y compris ceux de l’ANASE) dans le marché des titres chinois, au cas où la monnaie chinoise ne pourrait être échangée librement au poste des capitaux. Elles favorisent également la formation de groupes financiers d’investissement de l’ANASE pour effectuer des investissements dans de grands ouvrages et procéder à la fusion et à l’annexion d’entreprises.
– Le gouvernement chinois est en train de prendre des mesures pour fournir aux entreprises des deux parties les informations nécessaires et exactes sur le marché, leur présenter les lois et règlements concernés et leur fournir le service d’agence et toutes les facilités dans le commerce et l’investissement entre les deux parties.
Conclusion
Sur la base de sa propre compréhension, la Chine va promouvoir
activement la coopération dans la création de la zone de libre-échange
Chine-ANASE. Le succès de la zone de libre-échange Chine-ANASE
va améliorer sensiblement la compétitivité internationale
de l’économie de la Chine et des pays de l’ANASE et préparer
ainsi le terrain à l’établissement de la zone de libre-échange
de l’Asie de l’Est, regroupant la Chine, l’ANASE, le Japon
et la Corée du Sud. On peut affirmer que la Chine sera un partenaire
coopératif constructif dans la coopération économique régionale
de l’Asie de l’Est.