ECONOMIE
L’économie chinoise controversée
LAN XINZHEN
Savoir si l’économie chinoise connaît le troisième tour de surchauffe est devenu le nœud des débats du milieu économique.
Au premier semestre, le rythme de croissance du PIB, l’augmentation des investissements et des crédits, l’élévation du prix des immeubles et la croissance des exportations ont dépassé les prévisions. Certains économistes estiment que « l’économie chinoise connaît une surchauffe », d’autres le nient.
Depuis l’adoption du système d’économie de marché, l’économie chinoise a connu la surchauffe à deux reprises, respectivement en 1988 et en 1992, qui ont eu un impact à des degrés divers sur l’économie nationale.
L’économie chinoise est-elle vraiment en surchauffe?
Fan
Gang, directeur de l’Institut de recherche sur l’économie
nationale de Chine, est le premier économiste à donner l’alarme
de surchauffe, indiquant ouvertement à deux reprises, en juillet dernier,
que «maintenant, des symptômes de la surchauffe de l’économie
chinoise se présentent».
Il a indiqué que cette surchauffe se montrait principalement dans les domaines de l’investissement et de l’exportation.
Les statistiques montrent que l’économie chinoise est actuellement dans la période de croissance la plus rapide de l’investissement après la deuxième surchauffe. Dans les sept premier mois de l’année, les investissements en immobilisation ont atteint 1,8753 billion de yuans, soit une augmentation de 32 % sur la même période de l’année dernière, et le rythme de croissance a gagné 9,6 points. Les investissements dans les infrastructures, les rénovations et les propriétés immobilières et foncières ont augmenté respectivement de 30,1 %, 40,1 % et 34,1%.
Malgré l’impact du SRAS, les exportations chinoises et l’introduction de capitaux étrangers ont connu une forte croissance. Au premier semestre de cette année, le volume d’exportation a été de 190,3 milliards de USD (+34 % sur la même période de l’année dernière) et le rythme de croissance de 19,9 %. De janvier à juillet, les capitaux étrangers utilisés ont atteint 106,8 milliards de yuans (+37,6 %), dont 77 milliards pour les investissements directs étrangers (+39,7 %). Par ailleurs, le montant des prêts bancaires a augmenté ; au premier semestre de cette année, les prêts octroyés ont augmenté de 1,781 billion de yuans, chiffre approchant le montant total des prêts de l’année dernière. On prévoit que les prêts nouvellement augmentés dépasseraient de beaucoup l’objectif fixé au début de l’année de les augmenter de 1,8 billion de yuans. « Cette croissance est anormale », a noté Fan Gang.
Partageant l’avis de Fan Gang, Zhao Xiao, docteur et chercheur du Centre de recherche sur l’économie chinoise relevant de l’Université de Beijing, a fait savoir que des signes de surchauffe se sont montrés également dans la remontée des prix. Au premier semestre de l’année, les prix d’achat de matières premières, de combustible et d’énergie ont augmenté de 4,7 % ; l’indice de prix de consommation s’est élevé de 0,6 %, tandis que dans la même période de l’année dernière, il avait baissé de 0,8%. « Tout cela montre que l’économie a des signes de surchauffe », a dit Zhao.
Pourtant,
Zhou Tianyong, du Bureau d’études de l’École centrale
du Parti communiste chinois, a posé une objection: « Contrairement
à la surchauffe, l’économie chinoise continue à fonctionner
en « surfroideur ». Il est irrationnel de tirer la conclusion que
l’économie chinoise commence à surchauffer seulement en
tenant compte la croissance rapide du PIB, des investissements, des prêts,
des exportations et de l’augmentation des prix de propriétés
immobilières et foncières.»
Selon lui, l’existence de la pression qui fait monter les prix est le principal indice de surchauffe en macro-économie. Actuellement et pour un certain temps encore, il n’y a pas de sources de pression aboutissant à la surchauffe et à la hausse des prix. Au niveau des prix de consommation des habitants, en juillet, le niveau global de prix a augmenté de 0,5 % sur la même période de l’année dernière, mais baissé de 0,5 % par rapport à celui du mois précédent ; bien que le niveau moyen de prix des sept premiers mois de l’année ait connu une augmentation de 0,6 % sur la même période de l’année dernière, dû principalement à la hausse des prix de services, les prix des biens de consommation sont toujours en baisse.
En outre, selon une connaissance fondamentale de la macro-économie, la dévaluation de la monnaie d’un pays peut causer l’inflation, c’est-à-dire la surchauffe, tandis que la réévaluation de la monnaie signifie que l’économie fait face à la déflation, au contraire. Vu le cours du yuan, il existe réellement une pression de réévaluation et non une tendance de dévaluation. Donc, du point de vue de l’économie, il est incorrect de dire que l’économie chinoise est en surchauffe, dans les conditions où le yuan chinois fait face à la pression de réévaluation. Du point de vue des réserves en devises, il n’y a non plus de signes de dévaluation du yuan ni de surchauffe de l’économie, parce que les réserves en devises ont atteint 346,47 milliards de USD à la fin de juin 2003 et que la balance du commerce international est favorable tant dans les recettes et dépenses internationales que dans le débit et le crédit des fonds. En fin, du point de vue de l’import-export, les statistiques douanières montrent que pendant les sept premiers mois de l’année, le montant des exportations a été de 228,4 milliards de dollars et celui des importations de 222,33 milliards, avec une balance favorable de 6,08 milliards, cela signifie que l’économie chinoise fait face à la réévaluation monétaire et à la déflation économique et non à la surchauffe et à l’inflation.
Selon Zhang Hanya, directeur de l’institut de recherche sur l’investissement relevant de la Commission nationale du développement et de la réforme, actuellement, on n’a pas découvert la surchauffe dans le domaine de l’investissement. Pour juger la surchauffe de l’économie, il faut analyser si la croissance de l’investissement dans les immobilisations cause la tension de l’approvisionnement de capitaux et de matériaux, que les prix montent en flèche et que l’économie se gonfle de façon maligne. Actuellement, la croissance économique n’est pas trop rapide et la fourniture de capitaux et de matériaux est normale. Dans le domaine de capitaux, à la fin de juin, les dépôts d’épargne avaient 4,5 billions de yuans de plus que les prêts ; déduction faite des réserves sur les dépôts d’épargne, des emprunts publics et des autres fonds occupés, il reste environ 2 billions de yuans, plus 1 billion de yuans de capitaux des établissements financiers, le capitaux oisif a atteint 3 billions de yuans, qui permettraient d’élargir l’investissement. Sur le plan des matériaux, les industries de fer, de ciment et de machinerie ne fonctionnent pas à plein ces dernières années. Depuis ces six derniers mois, les prix de l’acier spécial et de tôles à usage de production mécanique ont connu une forte élévation tandis que ceux de l’acier ordinaire et du ciment n’ont connu qu’une augmentation limitée. Les capitaux et de matériaux ont donc encore une marge de croissance. Du point de vue du niveau de prix, de janvier à août, l’indice des prix à la consommation des habitants n’a augmenté que de 0,6 %. En ce qui concerne l’indice des biens de production, il a connu une augmentation de 6,5 %, mais une diminution en juin, soit –0,1 % sur le mois précédent. Tenant compte de la baisse continuelle depuis ces quelques années, l’indice des prix des biens de production n’a connu qu’une augmentation de relèvement. « De ce point de vue, l’économie n’est pas en surchauffe », a-t-il dit.
Wei Jianing, chercheur du Centre d’études sur le développement relevant du Conseil des affaires d’État, a souligné que l’économie chinoise a actuellement une question de structure, mais pas de question du rythme de croissance.
Inflation ou déflation?
Le
nœud des débats sur la surchauffe de l’économie chinoise
consiste à savoir si la pression de l’inflation ou de déflation
est forte.
Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque populaire de Chine (banque centrale), Fan Gang et Hu Angang, directeur du Bureau d’études sur la situation du pays relevant de l’Académie des sciences de Chine, sont en faveur du premier point de vue.
Zhou Xiaochuan estime qu’actuellement, la Chine doit prendre des mesures pour enrayer efficacement l’inflation. « L’expérience montre que, de la croissance excessive de la quantité de monnaie fournie à l’apparition de l’inflation, il y a une période de transition d’au moins six mois ; tandis que de la pression de l’inflation sur les prix des marchandises, des propriétés immobilières et foncières, des actions et d’autres produits d’investissement, à la formation de « mousse » des prix, la période de transition est plus longue et les résultats plus nuisibles».
Le point de vue de Zhou se base sur la situation du premier semestre de l’année où l’approvisionnement monétaire et les prêts ont connu une forte augmentation. À la fin de juin, le montant total de la monnaie M2 atteignait 20,5 billons de yuans, une augmentation de 20,8 % sur la même période de l’année dernière, montrant un haut niveau dû à la croissance rapide de l’approvisionnement monétaire. Cette année, la croissance du M2 a 12 % de plus que la somme de la croissance du PIB et de celle de l’index des prix à la consommation, record des cinq dernières années. En outre, les prêts des établissements financiers approchent 16 billions de yuans, une augmentation de 23 % par rapport à la même période de l’année dernière. La forte croissance du crédit pourrait donc aboutir à faire mousser les prix des biens.
Selon Fan Gang, en Chine, la croissance économique inférieure à 8 % peut susciter la déflation, tandis que la croissance supérieure à 9 % peut aboutir à l’inflation, sans parler de la croissance supérieure à 10 %.
Au premier trimestre de l’année, la croissance du PIB a atteint 9,9 %. Le SRAS a fait ralentir le rythme de croissance économique de 1 %, sinon, la croissance pourrait dépasser 10 % en 2003.
Maintenant, les prix d’acier, de ciment, de charbon et de produits chimiques sont tous en hausse et, dans certaines régions, l’approvisionnement en énergie électrique est insuffisant. Si les investissements sont toujours en forte croissance, la situation se détériorera, aboutissant finalement à l’inflation.
Selon Hu, il existe sur le marché une prévision de « réévaluation du yuan chinois » et environ 20-30 milliards de dollars d’argent « chaud » sont entrés en Chine. Cela demande une augmentation de l’approvisionnement monétaire. « En ce cas-là, la croissance continue des investissements peut plus facilement susciter l’inflation », a-t-il dit.
Au début de cette année, dans son rapport, Goldman Sachs prévoyait que la Chine aurait une légère inflation de 0,5 % en 2003 .
Song Guoqing, professeur de l’Université de Beijing, Xia Bin, directeur de l’institut financier du Centre de recherche sur le développement relevant du Conseil des affaires d’État, et Xu Hongyuan, responsable du département d’études sur le développement relevant du Centre national d’information, pensent qu’il n’y a pas d’inflation en Chine.
« Maintenant, en Chine, il n’est pas question d’inflation ; c’est toujours le problème de la déflation », a dit Song.
Selon lui, actuellement, la banque centrale a pris diverses mesures pour diminuer l’envergure du crédit tout en augmentant le cours de change de yuan, diminuant l’exportation, donnant préférences aux investisseurs étrangers et diminuant le déficit budgétaire. Dans ce cas-là, c’est la déflation, pas l’inflation, qui apparaîtra, dit-il.
Selon Xia Bin, l’économie chinoise a un degré de dépendance de l’étranger de 50 % et, dans le contexte actuel de déflation mondiale, l’inflation grave que la Chine a connue dans son histoire ne réapparaîtra pas, même si le montant de crédit est en croissance. Généralement, en Chine, l’indice de prix est normal s’il est au-dessous de 3 % ; tandis qu’il n’est que de 0,3 % actuellement. Par ailleurs, le rapport entre l’offre et la demande du marché est équilibrée. Les résultats d’une enquête sur 600 produits menée par l’Association nationale du commerce et le Centre d’information commerciale de Chine montrent que 471 produits, soit 78,5 %, vont voir leur offre dépasser la demande dans le deuxième semestre de l’année, et qu’il n’y a pas de produit ne pouvant pas faire face aux besoins. De plus, malgré la croissance continue des investissements, le consommation n’a connu qu’une augmentation très limitée. «Le niveau des prix signifie que l’économie n’est pas sortie de l’ombre de la déflation», est-il indiqué dans le rapport d’enquête.
Xie Baisan, professeur d’administration de l’université Fudan, partage le point de vue de Xia Bin. « Actuellement, la contradiction principale de l’économie chinoise est la déflation », dit-il.
Xie fait voir que l’économie chinoise est en déflation depuis cinq ans consécutifs à partir de 1998. Les données mensuelles publiées par le Bureau national des statistiques montrent que l’indice des prix à la consommation qui a atteint son point culminant en mars dernier commence à baisser. En outre, vu la situation du pays, plusieurs facteurs contraignants pendant une longue période mènent à l’apparition d’une grave inflation. Par exemple, les revenus des paysans augmentent lentement, 200 millions de paysans sont en chômage éventuel, les ouvriers mis à pied ont atteint 30 millions et les habitants commencent à faire attention à leur portefeuille vu l’augmentation des frais d’éducation et de santé. Donc, pendant une certaine période, l’insuffisance de la demande intérieure, la forte pression de l’emploi et la forte offre de produits restent toujours de grands problèmes freinant le développement de l’économie chinoise et il n’y aura pas d’inflation grave.
« Si l’on prend des mesures de précaution d’urgence par crainte de l’inflation et diminue l’offre monétaire, il est fort possible qu’on amènera l’économie dans la déflation pour une longue période », indique Xie.