La réforme du logement en Chine

Les conditions d’habitation des Chinois se sont sensiblement améliorées ces dernières années avec l’accélération de la réforme du logement à l’échelle nationale.

La municipalité de Beijing a décidé, en 2001, de démolir les maisons délabrées pour en construire de nouvelles dans le quartier Jinyuchi (étang aux poissons rouges). Il s’agit d’une chance pour la famille de Xue Yuanchun, qui habite ce quartier depuis 1969.

En fait, le quartier Jinyuchi, n’ayant ni étang ni poissons rouges, n’est constitué que de HLM en béton construits à la hâte il y a des dizaines d’années pour faire face à l’augmentation rapide de la population. La famille de Xue vivait entassée à cinq (mari, femme, enfant et les parents de Xue) dans une pièce de 20,7 m². « Ma sœur cadette, qui venait passer la Fête du printemps, couchait dans la cuisine », a dit Xue.

Toute la famille a enfin emménagé dans un nouvel appartement de 128 m² en janvier 2003, juste avant la traditionnelle fête du Printemps ou nouvel an lunaire. La sœur cadette de Xue, revenue à cette occasion pour la réunion familiale, a pu jouir du grand salon. Le quartier Jinyuchi est aujourd’hui un quartier résidentiel flambant neuf qui permet à chaque habitant d’avoir une surface d’habitation moyenne de 27,6 m² contre 10 m² auparavant. « Maintenant nous avons les deux, étang et poissons! », a dit Xue. Un étang d’un millier de mètres carrés a en effet été creusé au centre du quartier.

Plus de 3 000 foyers vivant dans ce quartier ont pendu la crémaillère, un exemple parmi d’autres de la réforme du logement qui s’effectue dans le pays depuis une vingtaine d’années. Grâce à cette réforme, la surface d’habitation moyenne de la population urbaine est passée de 3,6 m² au début des années 80 à 22 m² en 2002.

Distribution des logements sous l’économie planifiée

Le modèle d’économie planifiée copié de l’Union soviétique a été le seul choix de la Chine lors de son édification du pays suivant la fondation de la République populaire de Chine il y a 54 ans. Dans chaque ville chinoise, un appartement était fourni aux employés d’État et aux ouvriers d’usines, une sorte d’État providence, les usines étant toutes propriété de l’État. La distribution des logements dépendait du titre et de l’âge des employés. Le loyer, symbolique, qui était à la charge de l’employé, ne pouvait même pas combler les dépenses d’entretien. « Croyez-le ou non, 3 yuans (moins de 1/2 dollar) par mois suffisaient pour un appartement d’une dizaine de m² ».

Ce système de répartition était parfois utilisé pour illustrer « la supériorité du socialisme ». Mais avec le temps, les organismes d’État et les usines en souffraient de plus en plus. Selon Hou Ximin, directeur adjoint du Département des logements et des biens fonciers relevant du ministère de la Construction, les usines à l’époque ont dû injecter 40 % des allocations gouvernementales dans la construction et l’entretien des maisons de leurs employés.

Ces loyers très bas interdisaient également au gouvernement de fournir à chacun une surface d’habitation suffisante. La pénurie de logements était un gros problème et il arrivait que trois générations vivent sous le même toit. « De plus, la corruption était inévitable puisque, dans la plupart des cas, les logements étaient attribués selon le rang », a ajouté Hou Ximin.

Ce système de répartition a commencé à être réformé depuis l’application de la politique de réforme et d’ouverture préconisée par le « petit timonier » Deng Xiaoping à la fin des années 1970.

C’est une politique qui a permis à la Chine de créer progressivement un système d’« économie socialiste de marché ». « Dans une économie de marché, le logement doit être privatisé », a ajouté Hou. Un grand changement est intervenu en Chine depuis lors, mais l’héritage de l’économie planifiée ne pouvait disparaître du jour au lendemain. « Les gens s’était accoutumés à dépendre du gouvernement pour leur logement et peu d’entre eux daignaient réfléchir à l’achat d’un appartement », a souligné Hou, ajoutant qu’à l’époque, les faibles salaires ne permettaient pas à la majorité des Chinois d’acquérir un logement, les institutions bancaires n’ayant pas encore commencé à accorder des prêts à des particuliers à grande échelle.

L’application en 1994 de la politique de cotisation pour le logement a totalement changé l’ancien modèle d’attribution. Conformément à la nouvelle mesure, chaque employé cotise 5 % de son salaire auprès de son employeur qui de son côté fournit la même somme. Avec ce capital comme garantie, un particulier a le droit de demander un prêt à la banque quand il désire acheter un appartement. « C’est un mécanisme d’investissement pour l’accès au logement auquel contribuent trois parties : l’État, l’employeur et l’individu », a expliqué ce représentant officiel.

À la fin de 2002, 65 millions d’employés étaient couverts par ce système, dont 20 millions ont acheté leur appartement. Le montant des cotisations pour le logement se situait à 413 milliards de yuans, et celui des prêts octroyés à des particuliers pour l’achat d’un appartement à 151,9 milliards de yuans.

Le système de répartition des logements qui a duré cinquante ans a pris fin en 1997 dans l’ensemble du pays, dans l’effort d’encourager les individus à acheter leur propre appartement sur le marché.

Ce geste a contribué à accélérer le développement des biens fonciers chinois. À la fin de 2002, la superficie des maisons construites dans les villes et bourgs du pays a atteint 3,4 milliards m², soit le total de la superficie bâtie pendant les 40 ans avant 1997. De vieilles maisons menacées d’effondrement (500 millions de m2) ont été restaurées ou reconstruites. Un bilan officiel montre qu’en 2002, le taux des citadins achetant leur maison était de 94%, et les prêts accordés à des particuliers par les banques commerciales sont passés de 19 milliards de yuans en 1997 à 825,8 milliards à la fin de 2002.

La famille de Xue a reçu 160 000 yuans de l’État en compensation de la destruction de son vieil appartement pour faire place à la construction de nouvelles maisons. Xue a demandé un prêt de 280 000 yuans à la Banque du commerce et de l’industrie de Chine pour pouvoir acheter son appartement actuel de 128 m². Il remet 900 yuans par mois pendant 20 ans. « Ce n’est pas un problème pour nous », a dit Xue Yuanchun, 45 ans, qui travaille à l’hôpital Bo’ai de Beijing. Le revenu mensuel de la famille, comprenant le salaire de son épouse et la pension de retraite de ses parents, est à peu près de 6 000 yuans.

Pour que chaque habitant puisse avoir un toit

Les mégapoles chinoises voient partout la construction de villas et de bâtiments de style occidental et les propriétaires de ces belles maisons, évidents bénéficiaires de la réforme et de l’ouverture, sont des entrepreneurs, des stars du cinéma et du sport. Mais, selon le haut fonctionnaire Hou, permettre à chaque habitant d’avoir son propre appartement constitue toujours l’orientation directrice de la réforme du logement en Chine.

En 1998, le gouvernement central a promulgué une série de politiques permettant à des familles à bas revenu d’accéder à la propriété. Les maisons à prix modique sont le premier choix des demandeurs. En 2001, la moyenne des prix de ce genre d’appartement dans tout le pays était de 1 240 yuans le m². Les constructeurs de maisons à prix modique jouissent de l’exemption ou de la réduction de 21 taxes et leur marge de bénéfice ne doit pas excéder 3 %.

Les personnes qui logent dans une unique pièce et vivent sous le seuil de pauvreté peuvent déposer leur demande pour louer une HLM. À Shanghai, entre octobre 2001 et juin 2003, 4 820 foyers, dont la superficie d’habitation moyenne est inférieur à 6 m², ont fait une telle demande ; 4 312 foyers s’y sont installés.

La famille de Xue pouvait bénéficier de 90m² à un prix réduit. Aussi a-t-elle payé 1 480 yuans le m² pour acheter 90 m², et 4 500 yuans pour les 38 m² supplémentaires.