SOCIETE

Homme et femme : retraite au même âge ?

La proposition de retraite au même âge de l’homme et de la femme faite à l’occasion du IXe Congrès national des femmes chinoises, qui a eu lieu du 22 au 26 août à Beijing, a soulevé un vif intérêt mondial. Le groupe d’experts pour la révision de la « Loi sur la protection des droits des femmes » a consacré des débats spéciaux à ce sujet. Et il est fort possible que la « retraite au même âge » soit inscrite dans la loi.

Actuellement en Chine, chez les « cadres », principalement ceux qui ont reçu un enseignement supérieur, l’homme prend sa retraite à 60 ans, et la femme, à 55 ans ; chez les ouvriers, c’est 55 ans pour l’homme et 50 ans pour la femme. Selon un fonctionnaire du ministère du Personnel, cette mesure appliquée depuis des décennies a été élaborée justement dans le bus de protéger les droits des femmes.

Pendant des milliers d’années, la femme chinoise était considérée comme inférieure. Après la fondation de la Chine nouvelle en 1949, un grand nombre de femmes ont été engagées dans un emploi. Du point de vue physiologique, la femme est née plus faible que l’homme ; il est donc naturel que la société prenne en considération cette caractéristique. C’était un concept « progressiste » dans les années 1950.

Au lendemain de la fondation de la Chine nouvelle, l’économie chinoise était plutôt retardataire. Alors certaines femmes devaient faire de gros travaux manuels et tombaient malades. À cela s’ajoutaient les travaux de ménage pénibles, car de nombreuses familles avaient au moins deux enfants. Devancer la retraite de la femme de cinq ans visait à libérer la femme du travail accablant et cette décision a joué un rôle positif dans la protection de la femme.

Aujourd’hui, étant donné que la politique de l’enfant unique diminue les travaux de ménage, que la femme jouit de meilleures conditions de santé et de travail, qu’elle a un niveau d’instruction de plus en plus élevé et voit son espérance de vie se prolonger, certaines femmes jugent la mesure en vigueur périmée et croient que la femme ne jouit plus de droits égaux à ceux de l’homme dans plusieurs domaines, et est même victime de discrimination.

L’opinion publique est partagée face à la « retraite au même âge ». Voici les pour et les contre.

Nouvelle interprétation des droits de la femme

Dongfang Er, de Jiangnan Times : L’âge de retraite de la femme cinq ans plus tôt que l’homme est toujours considérée comme un symbole de la protection des droits de la femme. D’innombrables femmes sont obligées de quitter leur poste de travail à 55 ans, l’âge où elles sont encore « performantes ». Et elles trouvent embarrassant ce traitement inégal qui est appelé « droit de la femme ».

Qu’est-ce que « droit de la femme » ? Ou quel droit représente véritablement le souci d’un pays et d’une société envers la femme ? Évidemment, l’âge de retraite différent sous la couverture du « droit de la femme » nuit à la « jouissance du droit au travail égal à celui de l’homme » que le vrai droit de la femme cherche à protéger.

Pendant longtemps, la retraite anticipée de la femme a donné le résultat réel de protéger la femme. Mais c’est un produit de l’époque de l’économie planifiée. Aujourd’hui, la retraite précoce signifie une ancienneté réduite et une allocation de retraite moins importante. Cette mesure de protection de la femme se transforme alors en une restriction de la jouissance de l’égalité dans l’emploi et l’obtention d’une rémunération. C’est là que réside la signification progressiste de l’enregistrement du même âge de retraite chez l’homme et la femme dans le dossier du IXe Congrès national des femmes chinoises. Cela montre que le droit féminin est un droit qui change en fonction de l’époque, que le droit féminin abstrait n’existe pas, qu’il est civilisé et progressiste seulement quand il est concrétisé dans les faits et devient une force augmentant le statut social de la femme.

La proposition défend les droits de la femme

Yang Gengshen, de Nanfang City : Avec l’évolution du temps, la femme est plus instruite et elle a une espérance de vie prolongée, ce qui lui permet d’être aussi apte que l’homme au travail intellectuel. La forcer à prendre sa retraite à un âge encore « jeune » est un grave gaspillage de ressources humaines. Par ailleurs, la retraite anticipée signifie que la femme doit acquérir l’aptitude à une profession plus tôt, ce qui lui cause une plus grande pression. Un autre résultat objectif est la diminution de l’allocation de retraite. C’est pourquoi l’anticipation de la retraite de la femme est considérée comme une mesure discriminatoire vis-à-vis de la femme. Ainsi, nous accueillons favorablement l’enregistrement de la retraite au même âge dans la « Loi sur la protection des droits de la femme ».

Pour un citoyen, travailler est avant tout un droit. Il ou elle a le droit à travailler, à condition qu’il ou elle le désire et soit physiquement apte. Ce droit inné confirmé, on peut choisir à travailler ou à ne pas travailler. Les services gouvernementaux ou sociaux sont surtout chargés de garantir le plus que possible le droit au travail de tout citoyen et ils doivent faire leur mieux pour respecter son choix. Le gouvernement et la société ne peuvent pas imposer de contraintes additionnelles au citoyen, sinon ils risquent d’être accusés de discrimination.

Si un citoyen choisit de continuer à travailler, ce n’est pas seulement par droit personnel, mais surtout pour rechercher une meilleure qualité de vie. Le travail apporte plus de revenus que la retraite, et plus de revenus assurent une meilleure existence. La qualité de vie se traduit par un autre aspect, la mentalité : travailler peut combler une personne. Nous disons souvent que « la vie professionnelle est agréable ». En effet, travailler permet à une personne de mieux exploiter sa valeur.

Cet argument contient sans doute une couleur idéaliste souvent difficile à réaliser dans la vie réelle. C’est ainsi qu’on a pensé des mesures dont la retraite à tel ou tel âge, pour ouvrir des postes de travail aux candidats plus jeunes. Mais en tant que restriction des droits civiques, la mesure doit être considérée dans une recherche de rationalité et d’égalité maximales. Or, obliger la femme à prendre sa retraite à un âge plus jeune que l’homme est une injustice qui nuit au droit de la citoyenne.

On ne peut nier la rigueur de la situation de l’emploi. Mais on ne peut pas non plus dédaigner la protection des droits civiques. De ce point de vue, on a raison d’inscrire la retraite au même âge dans la « Loi sur la protection des droits de la femme ». Mais il y a aussi un principe de souplesse : les femmes peuvent choisir de prendre leur retraite avant l’âge imposé en cas de mauvaise santé ou si elles ne désirent pas continuer à travailler. Ce principe élastique traduit aussi bien la protection que le respect.

Ce n’est pas un progrès social

Qiu Feng, de Nangfang Weekend : Que cherche-t-on dans sa vie? Une proposition de loi largement débattue concerne cette question.

Plusieurs critiques font l’éloge de l’idée d’inscrire la retraite au même âge dans la « Loi sur la protection des droits de la femme », en la considérant comme un pas vers la réalisation de l’égalité entre les sexes.

Mais en réalité, ce concept contient le principe que « le travail et un droit sacré ». Le travail est-il un droit ? Cette question a été un sujet de polémique chez les philosophes des XVIIIe et XIXe siècles. Selon une théorie politico-sociale romantique, c’est en s’engageant dans le travail qu’un homme réalise sa valeur et est valable pour la société.

Certes, on peut se demander : qu’entend-on par « travail » ? Des économistes étrangers ont indiqué que le travail domestique a une valeur sociale ; son produit doit être calculé dans le PIB, et la société doit rémunérer convenablement le travail familial. Telle théorie semble pouvoir rassurer les gens qui ne sortent pas travailler.

Mais les savants et politiciens féministes luttent encore pour le droit au « travail » pour la femme. Ici, on entend sortir de la maison, être engagée et gagner un salaire. En Chine comme à l’étranger, on a l’habitude d’analyser les fonctions de la famille en termes purement théoriques : l’infrastructure économique décide de la superstructure. Ainsi, dans une société, la situation financière de la femme décide de son statut politique, et dans une famille, l’apport économique de chaque membre du couple décide qui est le maître, comme si la famille était la scène d’une lutte de pouvoirs. C’est seulement quand la femme acquiert des ressources égales à l’homme (revenu, prestige, rang) qu’elle obtient des droits et pouvoirs égaux dans la famille, puis, dans la société. C’est à ce moment-là que l’égalité entre les sexes est réalisée.

C’est peut-être la logique de ceux qui sont en faveur de la retraite au même âge. Selon cette logique, le travail devient un « droit » et la prolongation de l’ancienneté au poste, un « intérêt ».

Je n’oserais pas dire que cette logique n’est pas juste. Mais franchement, ce concept, tout en apportant des progrès sociaux gigantesques, a produit des résultats imprévus. Par exemple, la population urbaine active n’a pas de vie familiale. Pour l’homme comme pour la femme, aller travailler devient la seule chose importante de la vie.

On est habitué à cette vie. Mais on a raison de se poser la question : une telle vie est-t-elle heureuse pour l’homme, la femme, le vieillard et l’enfant ? La poursuite d’un droit sacré vise-t-elle une vie généralement pressée, monotone et incertaine ?

Enfin, l’homme et la femme doivent-ils prendre leur retraite au même âge ? Je ne saurais donner une réponse sûre. Je voudrais simplement indiquer un fait : l’égalité entre les sexes est une belle valeur, mais une vie familiale à l’aise et fine vaut aussi d’être poursuivie. On est obligé de faire un choix. Mais une fois que la loi intervient pour protéger une valeur de façon obligatoire, cela nuit à d’autres valeurs. Et on ne sera pas sûr d’affirmer que le bon côté apporté par la valeur protégée dépasse le coût de l’atteinte à d’autres valeurs. Face à ce genre de conflit de valeurs, le pouvoir législatif sage doit rester prudent, en gardant le silence, et laisser l’employeur et l’employé choisir librement. C’est peut-être une solution acceptable par la plupart des gens.