Le développement écologique de l’industrie sylvicole

 

L’idée stratégique d’ensemble du développement sylvicole de la Chine consiste à suivre la voie de développement soutenu accentuant la construction écologique et à mettre sur place le système de sûreté écologique du territoire composé principalement de végétation forestière.

LAN XINZHEN

À la réunion nationale de travail sylvicole tenue à Beijing le 27 septembre 2003, le gouvernement chinois a fixé trois objectifs stratégiques : la superficie couverte de forêts devra représenter plus de 19 % du territoire du pays en 2010, au moins 23 % en 2020 et, atteindre et se stabiliser au-dessus de 26 % en 2050, réalisant essentiellement la bonne circulation de l’industrie sylvicole, diminuant les contradictions entre l’offre et la demande de produits de bois et mettant sur place les systèmes écologique et industriel de forêts relativement complets et développés.

Pour réaliser l’objectif stratégique prévu pour 2010, la Chine va investir, dans les sept ans à venir, plus de 800 milliards de yuans.

« L’amélioration de l’environnement écologique est la plus importante exigence de l’État pour l’industrie sylvicole », fait savoir Wang Zhibao, directeur du Bureau national des forêts.

C’est la première fois que le gouvernement chinois formule un programme de développement sylvicole accentuant la construction écologique. Dans le passé, l’industrie sylvicole de la Chine se trouvait en situation anormale : abattage – plantation – abattage.

Le 10 septembre 2003, l’Agence Xinhua a publié, avec l’autorisation du Comité central, les « Décisions du Comité central du PCC et du Conseil des affaires d’État d’accélérer le développement sylvicole », dans lesquelles on demande à l’industrie sylvicole de mettre principalement l’effort sur la construction écologique, de suivre la stratégie de développement soutenu et d’interdire l’abattage abusif. Ces nouvelles idées, réaffirmées à la réunion du 27 septembre, marquent un nouvel essor important de la compréhension et montrent que l’industrie sylvicole commence à passer de la « production de bois d’œuvre » vers la « construction écologique ».

Parcours de la sylviculture chinoise

Selon Peng Zhenhua, premier scientifique de l’Académie des sciences sylvicoles de Chine, dans les années 50-80 du siècle dernier, l’acier, le ciment et le bois étaient les trois matériaux de construction importants du pays à faibles bases industrielles et avec lourdes tâches de construction. « Le développement de l’industrie sylvicole consiste à produire des bois d’œuvres » était l’idée directrice d’alors et l’ « industrie sylvicole » a été entendue simplement par « plantation et abattage ».

Par ailleurs, les services sylvicoles ont adopté la forme de reboisement de l’« espèce uniforme ». On plantait dans les années 70 le sapin seul dans le sud et le peuplier dans le nord, dans les années 80 le pin importé de l’étranger et dans les années 90 les bois d’exploitation. « La stabilité et la rentabilité diversifiée du système écologique de forêts dépendent de la diversification d’espèces de bois. L’uniformisation d’espèces d’une énorme superficie ne permet qu’au système écologique des forêts de dégénérer et susciter la crise des ressources sylvicoles », indique Peng Zhenhua.

Prenons comme exemple le bassin du Yangtse, en 1957, le taux de couverture de forêts était de 22 % et les terres subissant la destruction des sols et les pertes d’eau étaient de 363 800 km2, soit 20,2 % de la superficie totale du bassin. Dans 30 ans, le taux de couverture de forêts a diminué à 10 %, tandis que les terres dégénérées a doublé, atteignant 734 000 km2 (41 %).

« La destruction excessive de forêts a détérioré le climat, aboutissant à l’apparition fréquente des tempêtes de sables, de l’inondation et de la sécheresse. Le gouvernement a ainsi pris conscience de l’importance des forêts », dit Peng.

En février 1981, dans la réunion nationale du travail sylvicole organisée par le Conseil des affaires d’État, on a adopté les « Décisions sur des questions concernant la protection de forêts et le développement sylvicole », définissant l’idée stratégique de « protéger les forêts et développer l’industrie sylvicole ». À la suite de ce changement de connaissance vis-à-vis du développement sylvicole, à partir de 1998, ont été démarrés successivement les dix grands ouvrages clés : ouvrage de protection des ressources de forêts naturelles, ouvrage de reboisement des terres abusivement défrichées, ouvrage d’aménagement visant les sources de tempêtes de sables de Beijing et de Tianjin, ouvrage de construction des rideaux forestiers protecteurs dans le nord-est, le nord, le nord-ouest (appelés trois Nords) et dans le bassin moyen et intérieur du Yangtse, ouvrage de protection des animaux sauvages et de construction des réserves naturelles et ouvrage de construction des zones forestières d’arbres à croissance rapide. Avec une superficie de boisement planifiée de 73,33 millions d’hectares, ces six grands ouvrages couvraient plus de 97 % de districts du pays et le montant total des investissements a atteint 700 milliards de yuans.

Des succès ont été obtenus. Le taux de couverture de bois est passé de 8,6 % en 1949 à 16,55 %, la superficie forestière a atteint 158,67 millions d’ha et la superficie des forêts artificielles 46,67 millions d’ha (26 % de la totalité mondiale), en tête du monde. On a même planté 300 ha d’arbres au plus profond de Taklmakan, le plus grand désert de Chine.

Malgré l’augmentation considérable de la superficie de couverture de forêts, de nombreux problèmes restent à résoudre, comme faible superficie totale, qualité médiocre, bas rendement et déséquilibre structurel. On compte actuellement 263 millions d’ha de terre utilisable pour la sylviculture, mais seulement 159 millions d’ha ont été boisées et le taux d’utilisation n’est que de 60,37 %. Tous les ans, la Chine est obligée d’importer une grande quantité de planches et de papiers. Par ailleurs, la répartition géographique des ressources forestières est fort déséquilibrée : le taux de couverture de forêts est de 26,59 % dans les 11 provinces, régions autonomes et de municipalité relevant directement de l’autorité centrale de l’est du pays, 9,06 % dans les 11 provinces, régions autonomes et municipalité de l’ouest et 3,34 % seulement dans les 5 provinces et régions autonomes du nord-ouest. L’idée de la « production sylvicole » oriente toujours l’industrie sylvicole et l’abattage suit la plantation. Les données fournies par le Bureau national des forêts montrent qu’en 50 ans passés, la Chine a produit 5 milliards de m3 de bois d’œuvre, consommant 8,6 milliards de m3 de bois, cette quantité signifie que toutes les forêts du pays subissent un tour d’abattage.

« La stratégie de développement sylvicole accentuant la construction écologique a rejeté le modèle de la « production sylvicole », signifiant que l’État commence à affecter d’énormes fonds dans la construction forestière écologique au lieu d’accumuler les capitaux primitifs nécessaires au développement en faisant abattre des forêts », dit Wei Diansheng, directeur du département de plantation du Bureau national des forêts.

La construction forestière écologique

Selon Wang Zhibao, la construction forestière sera faite simultanément dans les quatre régions suivantes :

Dans le bassin supérieur du Yangtse et le bassin supérieur et moyen du fleuve Jaune, on plante principalement des arbres et des herbes dans les montagnes dénudées et des terres abusivement défrichées, et protège les forêts naturelles en prenant des mesures efficaces comme le système de responsabilité, la prise en charge forfaitaire par des particuliers et l’organisation d’équipes spéciales de protection. L’abattage de forêts naturelles sera complètement aboli.

Dans les régions désertiques du nord-ouest, du nord et de l’ouest de la région nord-est du pays, on augmente la couverture de forêts et d’herbes en faisant des ouvrages de fixation et de protection contre le sable pour enrayer la désertification. Les fonds nécessaires à la plantation et à la protection seront affectés en majorité par l’État. L’exploitation ayant trait à la fixation et la protection contre le sable dans les régions désertiques bénéficiera d’avantages dans les domaines du crédit et de l’impôt.

Dans les zones forestières du nord-est et de la Mongolie intérieure, l’abattage doit être limité pour que les forêts puissent revivre. À cette fin, on mettra l’accent sur la protection des forêts naturelles, la production diminuée de bois d’œuvre et la procuration de nouveaux emplois aux ouvriers excédentaires. Par ailleurs, on réformera le système d’administration des ressources forestières en privant les entreprises de l’industrie sylvicole des attributions et des droits de gestion et d’administration des propriétaires de ressources forestières.

Des deux côtés des fleuves et rivières, aux alentours des lacs, dans les montagnes abruptes et les zones montagneuses pierreuses, ainsi que les régions importantes sur le plan écologique, on plantera des arbres non commerciaux. Dans les régions de précipitations abondantes, de température cumulative élevée et de conditions favorables à la croissance des arbres, on plantera des arbres destinés à la production de bois marchands.

« Les six grands projets sont les ouvrages clés du développement de l’industrie sylvicole », dit Wang Zhibao. Ils représentent 90 % des 800 milliards de yuans prévus pour les sept ans à venir.

Issues des entreprises de plantation forestière

Les données du Bureau national des statistiques montrent qu’en Chine, on compte actuellement 42 270 entreprises de plantation forestière employant 765 000 personnes. Dans le passé, elles travaillaient à la plantation et à l’abattage, et les ventes de bois constituaient leurs revenus principaux. Selon Niu Yuansheng, de l’Administration sylvicole de Heichashan au Shanxi, l’abattage de forêts naturelles est actuellement interdit. Parmi les forêts artificielles actuellement abattables, 14 % de la totalité, la quantité annuelle d’abattage permis ne représente même pas 1 %. Le salaire n’est pas suffisant et les ouvriers vont se trouver dans une situation fâcheuse. La solution du problème entre en ligne de compte essentielle du service sylvicole et des autorités locales.

« L’entreprise de l’industrie sylvicole pourrait être gérée par les ouvriers sous forme forfaitaire ou adopter le système non public pour résoudre le problème des ouvriers tout en assurant la poursuite de la plantation forestière », dit Hou Yuanzhao, directeur de l’Institut de recherche informatique en science et technologie affilié à l’Académie des sciences sylvicoles de Chine.

Selon lui, la plantation populaire est toujours dynamique ; beaucoup de paysans sont connus dans la localité pour avoir planté de nombreux arbres et les bois non publics sont considérables. Dans les trois ceintures forestières protectrices des « Trois Nords », les forêts privées représentent presque la moitié de la totalité, et dans certaines régions comme le Liaoning, a atteint 80 %. Au Hunan, environ 40 % de la population rurale active travaille à la plantation forestière privée.

Dans les « Décisions », il est explicitement indiqué qu’à l’avenir, l’État encourage les entités de divers types de propriété à effectuer des investissements intersectoriels et interrégionaux dans l’industrie sylvicole. Tous les ruraux, citadins, le personnel scientifique et technique, les propriétaires d’entreprises privées, les investisseurs étrangers, les employés et ouvriers des entreprises, des établissements non productifs, des organismes d’État et des groupements populaires, peuvent prendre part, autant qu’ils ont les moyens nécessaires, à l’exploitation sylvicole seuls ou en commun. Par ailleurs, l’État fournira davantage de soutient financier au développement sylvicole, allégera le fardeau fiscal, légalisera l’industrie sylvicole non publique et encouragera le développement de cette dernière.

« Ces mesures avantageuses contribuent à la diminution du financement d’État, à la baisse du coût de reboisement, à la mobilisation de l’enthousiasme des ouvriers et à l’assurance d’un haut taux de survie des arbres », indique Hou Yuanzhao.