La Chine complète le triangle de l’exploration spatiale
LI ZI
Le
Shenzhou V, vaisseau spatial habité, a fait de la Chine le troisième
pays à envoyer un homme en orbite par une technologie développée
par elle-même.
Wang Yongzhi, ingénieur en chef du Programme spatial habité, a souligné que le vol habité est un des plus difficiles d’un programme d’exploration parce qu’il requiert une base de technologies de pointe et une force économique. Ce succès reflète donc la puissance générale de la Chine.
Le programme spatial de Chine visait d’abord un vaisseau à multiples modules pouvant transporter plusieurs astronautes. Wang dit que les États-Unis et l’ex-URSS ont une longue expérience dans le domaine qui a progressé du simple au complexe, passant du vaisseau de petit volume à un plus large et d’un seul astronaute à plusieurs. Bien que le Shenzhou 5 soit le premier vaisseau habité de la Chine, constitué d’un engin de propulsion, d’un module de rentrée, d’un module orbital et de parties annexes, il aurait pu transporter trois astronautes et le diamètre de son module de rentrée est de 2,5 m. Il est donc le vaisseau en service qui offre le plus d’espace de mouvement, et on dit qu’il appartient à la troisième génération mondiale de vaisseaux habités.
« De façon générale, les États-Unis et l’ex-URSS font partie du premier monde de la technologie spatiale, tandis que la Chine appartient au second avec l’Inde, le Japon et l’Agence européenne de l’espace (AEE) », dit Liu Tun, professeur de la faculté d’Ingénierie et de Mécanique astronautiques de l’université de Technologie de Harbin. Il ajoute : « Le Japon et l’AEE ont des technologies de pointe dans le domaine spatial – l’AEE a lancé une sonde lunaire en septembre, utilisant la technologie de fusée électrique ; et le Japon a deux expériences lunaires à son crédit. Alors certains experts occidentaux croient que la Chine est plus nouvelle que le Japon dans l’espace parce qu’elle a été le cinquième pays à lancer des satellites. Le succès du Shenzhou 5 a prouvé que la Chine maîtrise trois technologies – assistance vitale, rentrée sur Terre et technologies de secours, qui haussent son statut. Je crois que la Chine se classe maintenant juste après les États-Unis et la Russie. »
Selon Huang Wenhu, de l’Académie d’ingénierie de Chine, « nous sommes entre le premier et le second groupe. »
Avant
la construction du Shenzhou 5, on discutait publiquement comment réaliser
le rêve chinois de l’espace. Li Dayao, expert en histoire spatiale,
rappelle que certains croyaient qu’il fallait commencer par fabriquer
des vaisseaux spatiaux parce que les États-Unis et l’Union soviétique
l’avaient fait. D’autres pensaient que la technologie des navettes
spatiales était plus avancée et que c’était pour
cette raison que le Japon et l’AEE la développaient ; donc, la
Chine aurait dû développer la navette de petite dimension, pour
raccourcir la distance entre elle et les pays avancés en technologie
spatiale. La troisième opinion voulait qu’on développe un
vaisseau qui utilise des technologies plus avancées, et que le milieu
de l’aviation se joigne à ce programme. »
Après deux ans de discussion, on a choisi le vaisseau spatial comme premier projet parce qu’il demandait moins en termes de coûts et de technologies.
Bien que la Chine ait accompli des progrès extraordinaires, il lui reste du chemin à parcourir pour rejoindre les leaders. Le 12 avril 1961, l’astronaute soviétique Yuri Gagarin est devenu le premier être humain dans l’espace, et le premier voyageur chinois, Yang Liwei, a réalisé la même expérience 42 ans plus tard. Toutefois, ce n’est pas le seul indice de la distance entre la Chine et l’URSS et les États-Unis.
« Nous croyons qu’il y a un écart de dix à quinze ans entre la Chine et le niveau le plus avancé du monde, dit Li Dayao. Les technologies adoptées par Shenzhou 5 sont similaires à celles de Soyuz TM d’ex-URSS pour les vaisseaux mis en usage en 1986. »
De plus, il y a environ dix ans d’écart entre les technologies chinoises Tiros, Telestar, retour des satellites, satellites pilotes, expérimentation des satellites qui furent lancés dans les années 1990 et celle du monde avancé.
Le voyage de l’homme dans l’espace n’était que le premier pas du développement scientifique spatial, qui consiste en technologie de l’homme dans l’espace, stations spatiales et exploration lunaire. La Russie et les États-Unis ont déjà installé des stations spatiales. La Russie a même développé une troisième génération de stations où les vaisseaux peuvent être amarrés et où les astronautes peuvent sortir de leur appareil et réparer le télescope. Les deux pays ont accompli l’exploration de la Lune et prélevé des échantillons de sol. En outre, les États-Unis ont envoyé des astronautes sur la Lune et lancé une mission vers Mars.
D’après
un livre blanc publié par le gouvernement chinois en novembre 2000, le
pays va mettre l’accent sur la station et le laboratoire spatiaux dans
les dix prochaines années. En 2020, la Chine devrait pouvoir envoyer
un homme sur la Lune.
Selon Liu Tun, la maîtrise chinoise des techniques de rentrée et de récupération est encore sommaire. Le premier vol habité n’a duré que 21 heures et n’a utilisé que l’oxygène, le nitrogène et l’eau nécessaires qui pouvaient être facilement transportés de la Terre. Mais si l’astronaute doit rester dans l’espace une semaine, un mois ou un an, un système de circulation d’eau et d’air totalement différent serait essentiel. »
La distance technologique entre la Chine et la Russie et les États-Unis reflète la distance économique entre ces trois pays. Xu Shijie, de la faculté d’astronautique de l’université d’Aéronautique et d’Astronautique de Beijing, dit que le contrôle à distance du Shenzhou 5 a utilisé toutes les stations d’observation et observatoires du pays, mais les États-Unis ont trois stations d’observation à travers le monde, soit en Californie, à Canberra en Australie et à Madrid en Espagne, qui leur permettent de ne pas avoir de points aveugles. En plus, les États-Unis ont plusieurs antennes capables d’explorer le système solaire, mais chacune d’elle coûte des centaines de millions de dollars.