SOCIÉTÉ

Loger les gens à revenu faible ou moyen

Construire des logements à prix modéré est une mesure prise ces dernières années par le gouvernement chinois en faveur des familles à faible ou moyen revenu (FMR). Mais l’application dérive du but original. De nombreuses personnes FMR sont encore incapables d’acheter un tel appartement. Le gouvernement concentre son énergie sur la solution de ce problème.

LAN XINZHEN

Il y a quelques jours, en lisant que le gouvernement enquête sur les problèmes concernant les logements à prix modéré, Guo Yongyi retrouve l’espoir d’acquérir un appartement.

Âgé de 41 ans, Guo est un salarié ordinaire de la Société de transport en commun de Beijing. Sa femme est vendeuse dans un magasin. Le couple gagne un peu plus de 3 000 yuans par mois. Ils ont une fille et habitent une maison sans étage de moins de 30 m².

Il y a cinq ans déjà, Guo avait l’intention d’acheter un logement à prix modéré (LPM). Mais les constructeurs immobiliers ont augmenté la superficie bâtie, ce qui a élevé le prix, et les promoteurs n’examinent pas strictement les conditions des acheteurs, les LPM construits pour les gens FMR sont achetés par ceux qui jouissent d’un haut revenu. Guo n’a toujours pas pu réaliser son plan.

Guo espère que le gouvernement améliorera les mesures concernées selon les résultats de l’enquête ; le prix des LPM baissera.

Construire des LPM

En 1998, la Chine a commencé à pratiquer la réforme du logement des salariés des villes et bourgs, selon laquelle la distribution à titre de bien-être est supprimée, et les salariés doivent acheter leur logement. Pour que de tels logements soient à la portée des citoyens urbains FMR, le gouvernement a démarré la construction de LPM.

Les LPM désignent les habitations ordinaires dont la construction est insérée dans le plan du gouvernement et dont le terrain est attribué par canal administratif, qui bénéficient des traitements préférentiels du gouvernement et qui sont réservées aux familles urbaines FMR.

Le gouvernement applique le principe suivant pour les citadins en matière de logement : les habitants FMR achètent un LPM et ceux à haut revenu, une habitation marchande.

En 1998, la ville de Beijing a commencé à mettre en marché des LPM. Ils doivent être entre 60 et 80 m², avec un prix de vente maximal de 4 000 yuans le mètre carré.

Selon des dispositions de Beijing, seuls les citadins qui n’ont pas de logement ou ceux qui ont un logement mais dont la superficie n’atteint pas le seuil de 12 m² par membre de la famille, et dont le revenu familial annuel est inférieur à 60 000 yuans ont le droit d’acheter un LPM.

Jusqu’ici, Beijing a mis en chantier 4,37 millions de m² de LPM.

Les résultats prévus n’ont pas été obtenus

Or, le gouvernement n’a pas obtenu les résultats prévus. La superficie des LPM augmente, mais le montant total du prix de vente est hors de la portée des familles FMR. Beaucoup d’entre elles n’ont pas encore les moyens d’améliorer leurs conditions de logement.

À Beijing, la plupart des LPM achevés dépassent la superficie maximale de 80 m². Cela signifie qu’un LPM coûte au moins 300 000 yuans.

Dans des quartiers comme Tiantongyuan et Huilongguan, la plupart des maisons vendues dépassent 100 m², certaines atteignent même 400 m².

Selon le « Rapport d’étude sur la qualité de vie des habitants » réalisé en 2002 par l’Académie des sciences sociales de Beijing, 48,6 % des travailleurs actifs gagnent 1 000 à 2 000 yuans par mois, 40,3 % moins de 1 000 yuans, et seulement 11,1 % gagnent plus de 2 000 yuans par mois.

Évidemment, il faut au moins vingt ans d’épargne sans manger ni boire pour qu’un habitant FMR puisse acheter un tel LPM. Le même rapport montre que 66 % des interrogés avaient l’intention d’acheter une maison, mais une intention irréalisable pour – en premier lieu – impuissance financière.

Alors, quelle est la superficie convenable d’une maison dite « économique et commode », comme indique son nom en chinois ? Selon des enquêtes, à Beijing, plus de 90 % des interrogés la voient inférieure à 100 m².

L’augmentation de la superficie d’un LPM a changé la structure des acheteurs. Originalement conçus pour les familles FMR, les LPM sont achetés en grande partie par des familles à haut revenu. À Beijing, un mètre carré de LPM ne coûte que la moitié, voire même le quart d’un mètre carré de maison marchande.

« On comprendra en faisant une tournée à Tiantongyuan ou à Huilongguan. Les habitants sont tous des gens à haut revenu qui entrent et sortent en voiture privée », se plaint Guo Yongyi.

Deux phénomènes bizarres sont apparus : les LPM sont si spacieux qu’ils ne semblent pas être construits pour des salariés ordinaires ; les acheteurs sont des riches tandis que les vrais salariés ne peuvent pas jouir des avantages des LPM.

« Méprisant le pouvoir d’achat des familles FMR, les constructeurs immobiliers augmentent arbitrairement la superficie, le luxe et le prix des LPM », dit Gu Yunchang, vice-président de l’Association chinoise de l’industrie immobilière.

Les causes

Selon l’analyse de Li Xiaolin, membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois au niveau municipal de Beijing, les exploitants immobiliers sont séduits par les projets de construction de LPM qui sont exemptés des frais de cession foncière et de plusieurs autres impôts. Le gouvernement impose que le profit maximal d’un projet de LPM ne dépasse pas 3 %. Les entrepreneurs, pour tirer un plus grand profit, construisent alors des appartements dépassant la superficie imposée. C’est pourquoi la superficie d’un LPM s’accroît.

Les habitants FMR attribuent les problèmes surgis à l’inefficacité du contrôle des services gouvernementaux. La mise sur pied des LPM en 1998 a été accompagnée et suivie de plusieurs dizaines de mesures et règlements concernés. Il est écrit dans les « Règlements supplémentaires de Beijing sur les problèmes concernant l’achat des LPM par les citadins », promulgués en 2002, que seuls les citadins à un revenu familial annuel inférieur à 60 000 yuans sont qualifiés pour acheter un LPM. Mais en réalité, la plupart des acheteurs ne répondent pas à cette condition. Pourtant, ils viennent acheter un LPM avec dans leur poche une attestation de « revenu familial annuel inférieur à 60 000 yuans ».

Les fonctionnaires des services concernés disent être au courant de ces problèmes mais qu’ils n’y peuvent rien, sauf dans les cas dénoncés.

Favoriser les familles FMR

Il va de soi que si ces problèmes ne sont pas résolus, l’intérêt des familles FMR en ce qui concerne le logement ne sera pas assuré. Le 3 mars, le ministère de la Construction, la Commission d’État pour le développement et la réforme et le ministère du Territoire et des Ressources naturelles ont émis conjointement une circulaire exigeant de onze provinces et municipalités, dont Beijing, le Hebei et le Shandong, qu’elles mènent une enquête sur les LPM.

L’enquête concerne l’offre de terrains depuis 1998, le contrôle des prix des LPM, la demande d’achat, la procédure d’examen et l’application, l’estimation de la demande, l’offre planifiée et les mesures concernées pour les cinq prochaines années, les conseils et suggestions.

Selon le ministère de la Construction, les bénéficiaires des LPM seront strictement contrôlés afin que soient favorisées les familles FMR. La superficie sera maintenue au-dessous de 120 m², les habitations luxueuses et les appartements à deux étages seront complètement interdits. Le ministère s’empresse d’élaborer de nouvelles mesures de gestion des LPM.

Le gouvernement, après avoir vérifié les gains de la famille qui soumet une demande, lui délivre un permis d’achat avec lequel elle peut acquérir un seul appartement ; les entrepreneurs immobiliers ne peuvent vendre directement ni à leur gré aux demandants.

Dans les cinq ans à venir, Beijing mettra en chantier 3 millions de m² et achèvera 2 millions de m² par an.