AGM : oses-tu en manger?

Née de la « révolution verte », la technique transgénique contribue grandement à augmenter la productivité agricole. Au moyen de la biologie moléculaire, on transmet le ou les gène(s) d’une espèce vers une autre, changeant ainsi sa forme ou ses caractéristiques. Les aliments utilisant de telles matières premières sont appelés « aliments génétiquement modifiés » (AGM). Depuis que les États-Unis cultivent sur une grande surface des plantes transgéniques, soit depuis 1996, la vitesse de propagation des AGM dépasse l’imagination humaine. En 1996, la superficie cultivée en plantes transgéniques était de 1,7 million d’ha dans le monde ; en 2000, elle s’est élevée à 44,2 millions d’ha, et en 2002, elle a grimpé à près de 59 millions ! De ce total, la superficie cultivée de soja et de maïs représentait environ 80 %.

Quant à la Chine, la superficie dépasse 67 000 ha. La commercialisation de six plantes transgéniques est autorisée : le soja, le maïs, le colza, la tomate, le poivre et le coton. Mais en général, les produits du coton transgénique ne sont pas utilisés en alimentation.

Le 20 mars 2002, la Chine a mis en application les « Réglementations sur la gestion des produits agricoles génétiquement modifiés » et les mesures relatives. En vertu des « Réglementations », les aliments transformés directement à partir d’AGM doivent être étiquetés comme tels. Le 1er juillet 2002, le ministère de la Santé a publié les « Mesures de gestion hygiénique des aliments génétiquement modifiés », stipulant que les produits alimentaires (matières premières et produits dérivés) contenant des AGM doivent être étiquetés.

Or, un an après l’entrée en vigueur de ces documents législatifs, quatorze marques d’huile de soja transgénique en vente à Beijing n’étaient pas encore identifiées, jusqu’à ce que le Bureau de l’agriculture de Beijing les dénonce. Les autorités compétentes ont suspendu les activités commerciales et demandé qu’on obtienne un label dans le délai imposé. La raison de ne pas étiqueter ? La plupart des producteurs craignent que les consommateurs n’acceptent pas les aliments génétiquement modifiés.

Dès le début, on entend deux voix à l’égard de la sécurité des AGM ; l’une insiste sur leur innocuité, l’autre ne cache pas ses soupçons. Alors, les AGM sont-ils nocifs ou non à l’homme ? Est-il nécessaire d’étiqueter ces produits ? L’identification est-elle une discrimination ? La récente dénonciation a soulevé de nouveaux débats.

Les AGM sont sains

Xu Haibin, directeur de l’Évaluation de l’influence sur la santé de l’Institut de recherche sur la sécurité des aliments, du Centre national de contrôle et de prophylaxie des maladies : Je pense que les aliments transgéniques sont consommables. Seulement il faut généraliser les connaissances en matière d’AGM, car beaucoup de gens, même les médias, ne connaissent pas bien les AGM. En réalité, des évaluations strictes de la sécurité montrent qu’ils sont sains. En ce qui concerne le soja transgénique, il a été confirmé sain après avoir subi des évaluations dans le pays d’origine. Si l’huile à salade contient du soja transgénique qui a été soumis à de strictes évaluations de sécurité, elle est saine. En réalité, actuellement, le gène cloné est principalement le gène d’expression de protéines, tandis que peu de marques d’huile à salade contiennent des éléments transgéniques.

Des amis à moi et des experts revenus de l’étranger me disent qu’ils ont mangé des AGM. L’étiquetage des AGM rend l’identification très facile. Les consommateurs peuvent choisir selon leur goût.

Chen Zhangliang, recteur de l’université d’Agriculture de Chine : Je soutiens fermement l’AGM. On consomme des aliments génétiquement modifiés depuis six ans aux États-Unis et trois ans en Chine. Personne n’a connu de mauvais résultat. En Chine, 50 % du soja est du soja transgénique importé, principalement des États-Unis et de l’Argentine. Et ce soja est essentiellement utilisé pour son huile. L’huile de soja, le fromage de soja et le lait de soja sont tous transgéniques, et nous en consommons toujours, mais aucun problème n’a surgi.

Pr Lin Zhongping, du Laboratoire national principal pour l’ingénierie génique des protéines et des plantes, de l’Université de Beijing : À mon avis, la consommation n’apporte aucune nocivité. Il n’existe pas de problème de sécurité dans les aliments transgéniques actuellement sur le marché. Leur innocuité pour la santé humaine a été confirmée après de nombreux tests. Mais certains experts et consommateurs pensent qu’il faut assez longtemps pour déterminer leur sécurité. Je pense personnellement qu’il est impossible qu’un produit n’ait aucun effet secondaire. L’huile de soja est un produit à base de soja génétiquement modifié. Il est difficile encore de dire si l’on pourra identifier des éléments génétiquement modifiés. Seulement, on peut affirmer que ces éléments génétiquement modifiés ne sont pas en forme d’huile, et les gènes extrinsèques du soja n’entrent pas dans l’huile ainsi produite. Si l’on est doté de technique avancée, on peut obtenir des éléments résiduaires de gènes transgéniques dans l’huile, mais très peu.

Prenons l’exemple du riz et du blé. Il est difficile de nier qu’ils soient pollués par des insecticides. Les grains pollués sont néfastes à la santé, même si la teneur en insecticides est inférieure aux normes. Mais on continue d’en consommer. En plus, les individus ont des réactions différentes, certains sont allergiques, d’autres ont des éruptions cutanées. À en juger par les études, on n’a pas découvert plus de nocivité dans les AGM que les autres. Les AGM ont été lancés sur le marché après de nombreux tests (y compris de toxicité). On trouve des milliers d’AGM sur le marché étatsunien, mais aucun cas d’atteinte à la santé n’a été révélé.

Si les autorités exigent l’étiquetage, c’est qu’elles tiennent compte du droit à la connaissance de la vérité du public. Beaucoup de gens savent qu’il y a maintenant des aliments transgéniques. Mais leurs avis sont partagés vis-à-vis de ces aliments. Donc, le public a le droit de choisir, et ce droit doit être respecté.

Il existe des risques de sécurité

Wang Lianzheng, chercheur et directeur honorifique de la Commission académique de l’Académie d’agriculture de Chine : J’apprécie l’étude de la technique transgénique, mais je suis soucieux de la sécurité. Maintenant, nombreux sont ceux qui ont une psychologie de la chance ; ils se basent sur le fait que les États-Unis produisent depuis sept ou huit ans le soja génétiquement modifié et n’ont pas connu d’accident. En réalité, la sécurité de consommer des AGM reste encore un inconnu pour le moment.

Wang Jie, employée du Bureau de sécurité biologique de l’Administration nationale de la protection de l’environnement : Bien qu’on n’ait pas encore trouvé de cas de nocivité, cela ne veut pas dire qu’ils sont sains. Peut-être la nocuité demande-t-elle un certain temps pour apparaître. Comme la tétracycline dont les effets secondaires ont été repérés postérieurement, c’est-à-dire les dents « de tétracycline ». La streptomycine, aussi, a été trouvée responsable de plusieurs cas de perte d’ouïe. Les aliments transgéniques présenteraient ce même problème. Il est aussi probable qu’un aliment cause des problèmes, un autre non. Et l’hérédité pourrait influencer plusieurs générations. On doit accorder une grande considération à des risques potentiels.

Wu Ming, lecteur : Je ne suis pas sûre au sujet de la consommation des aliments transgéniques. Certains scientifiques ont résumé la nocuité « éventuelle » en trois points : 1. La toxicité contenue dans les cultures génétiquement modifiées pourraient causer l’intoxication aiguë ou chronique ou seraient coupables des cancers, des malformations et des mutations. 2. Les matières immunitaires ou sensibilisantes pourraient provoquer la métamorphose ou l’allergie du corps humain. 3. Le changement des principaux éléments nutritifs, des oligo-éléments et des facteurs anti-nutritifs pourraient abaisser la valeur et l’équilibre nutritif des aliments. J’estime relativement objective l’évaluation de la sécurité des AGM, mais c’est une proposition que l’on est encore incapable de juger catégoriquement.