ÉCONOMIE

Commencer un nouveau cycle de croissance

JAI KANG et FENG QIAOBIN

Au cours de l’exécution des politiques de macro-contrôle anticyclique entre 1998 et 2001, le PIB de la Chine a poursuivi sa croissance à un rythme moyen de 7% à 8 % par an, même excédant 8 % en 2002. En 2003, le taux de croissance du premier trimestre a abouti à 9,6 % ; par la suite, en dépit du choc du SRAS, durant les trois premiers trimestres il s’est maintenu à 8,5 %.

La situation prouve qu’à partir de 2002, la croissance du PIB de la Chine s’est stabilisée à plus de 8 % et l’opération économique est entrée dans un nouveau cycle ascendant. Pendant ce temps, l’investissement était vif, le prix a commencé à monter de même que l’indice de la confiance des entrepreneurs. Entre janvier et septembre 2003, l’investissement immobilier global de la société était de 3,04 billions de yuans, soit une augmentation de 30,5 % par rapport à la même période de l’année précédente ; le solde de la masse monétaire M-2 a augmenté de 20,7 % ; les prêts en yuans des institutions financières se sont élevés de 2,47 billions de yuans par comparaison au début de l’année, soit une hausse de 1,12 billion de yuans sur l’année précédente. Le profit des entreprises a évidemment augmenté, les indices de prix à la consommation se sont développés pendant dix mois consécutifs, et nous voyons une nouvelle vague de consommation où les voitures, l’immobilier, le tourisme et les télécommunications deviennent les nouveaux points chauds.

Ce qui mérite attention, c’est que l’investissement dépendant des capitaux financiers de l’État a été réduit. Analysant les ressources en capital, l’investissement provenant des fonds collectés par les entreprises elles-mêmes, du capital étranger et des prêts intérieurs a augmenté plus rapidement que l’investissement budgétaire. Une telle croissance prouve que la Chine a accompli des résultats réels par les opérations anticycliques durant six années consécutives, démontrant que l’investissement du gouvernement a propulsé l’investissement non gouvernemental, et de ce fait, fait entrer l’économie entière de la Chine dans l’orbite ascendante.

Par conséquent, nous pouvons dire que l’opération macro-économique de la Chine a passé le tournant de vallée à crête.

En outre, l’économie intérieure a été soutenue par le redressement économique mondial. La Réserve fédérale des États-Unis a confirmé dans un livre jaune publié le 26 novembre 2003 que l’économie étatsunienne est sortie de sa période de déclin de deux ans pour entrer dans une période de récupération prolongée et répandue. Le Japon et les pays d’Europe où l’euro est d’usage courant ont également amélioré leur situation économique stagnante. Le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres organismes financiers comme Morgan Stanley sont optimistes pour la situation économique mondiale en 2004.

Face aux grands changements de la situation économique, on a entendu différents points de vue. Certain croient qu’il faut rester vigilant devant l’éventualité d’un nouveau tour de surchauffe économique, parce que l’augmentation rapide de la masse monétaire et des prêts bancaires renfermerait un risque d’inflation. L’investissement répété en immobilier, en infrastructures électriques et en industrie d’acier laminé gonflerait les bulles économiques. Malgré la hausse des prix de l’énergie et du grain, les indices de prix à la consommation (excepté l’énergie et le grain) sont demeurés toujours négatifs, signifiant que la croissance surchauffée de l’investissement pourrait manquer du désir de consommation correspondant.

Cette façon de penser est normale. Logiquement, quand un cycle économique passe le tournant et tend vers la crête, le problème principal qui requiert de la vigilance consiste à empêcher et à réprimer la surchauffe. D’ailleurs, dans quelques domaines tels que l’immobilier et l’acier, l’investissement surchauffé existe. Mais nous ne pouvons pas en conclure que l’économie nationale a surchauffé et que des mesures devraient être prises pour contrôler l’inflation. Nous ne pouvons pas juger l’économie nationale de la Chine en termes de « froid » ou « chaud » simplement par des données, ou par la simple comparaison avec d’autres pays. Nous devons prendre une décision politique prudente pour la prochaine étape, en combinant les caractéristiques économiques de la Chine avec les contradictions et les problèmes courants qui doivent être résolus. Suivant l’approfondissement de la réforme et le processus accéléré de l’industrialisation, de l’urbanisation et de l’économie orientée vers le marché, de divers problèmes et contradictions ont produit des complications. Une série de problèmes, tels que « sannong » (agriculteur, région rurale et agriculture), le chômage, la consommation stagnante, la garantie sociale, l’environnement écologique, le progrès technologique et l’évolution industrielle, peuvent être résolus seulement au cours du développement. Le but stratégique de modernisation de la Chine peut être atteint seulement en éliminant graduellement la structure de « société à deux vitesses ».

Améliorer les politiques de macro-contrôle

Pour perfectionner des politiques macro-économiques, nous devons pleinement considérer les circonstances suivantes.

1. Il faut un certain temps à l’économie nationale pour atteindre son apogée après avoir dépassé son tournant, et pendant ce temps existe objectivement un potentiel de développement. Nous devons prendre les contre-mesures nécessaires pour traiter le phénomène de surchauffe et la construction répétitive favorisée par le gouvernement dans quelques secteurs.

2. En tant que plus grand pays en développement et entité économique « à deux vitesses », la Chine possède un espace d’accroissement incomparable au cours de la commercialisation, de l’industrialisation, de l’urbanisation et de l’informatisation. Ainsi, même dans la période de reflux économique des quelques années précédentes, son taux de croissance maintenait encore un niveau plus élevé. Ce phénomène particulier – forte croissance dans la déflation – est soutenu par les conditions spécifiques de notre pays et les facteurs contextuels spécifiques du développement. Une fois l’économie chinoise sortie de la dépression, elle peut accéder à un nouveau palier. À cet effet, nous devons prudemment transformer le taux de croissance potentiel en croissance véritable, au lieu de simplement suivre l’expérience d’autres pays en rajustant immédiatement les politiques macro-économiques.

3.Même dans le cas de remontée macro-économique, la Chine fait encore face à la grande pression de l’emploi, manifestant les contradictions accumulées au cours de l’approfondissement de la réforme. Surtout dans le contexte des problèmes « sannong », le problème de l’emploi se révèle plus incisif. Ainsi, l’atténuation du chômage et l’assurance de la sécurité sociale sont plus essentiels que l’allégement de l’inflation.

4. Le processus de la concurrence sur le marché est en réalité celui de la construction redondante et de la survie des plus aptes. Dans la pénurie d’approvisionnement, il est impossible de réaliser la promotion et l’optimisation de la structure industrielle. Nous devons nous opposer à la construction redondante sous des opérations du gouvernement. En outre, l’investissement courant principal de la Chine se concentre dans l’industrie chimique lourde, qui a besoin d’une grande quantité de capitaux. Car cette industrie connaît une longue période entre l’investissement et le rendement ; nous ne pouvons pas nous attendre à une réponse immédiate dans les indices de prix à la consommation.

En somme, dans la situation économique favorable actuelle, il existe des conditions de développement relativement rapide. Ainsi, il est impératif que nous mettions en application sans interruption des politiques financières et monétaires stables selon le principe d’élargir la demande intérieure, en vue d’accélérer le développement économique.

Il faut prendre des précautions contre une nouvelle vague d’inflation. À l’égard de la surchauffe et des problèmes structuraux en suspens, les contre-mesures suivantes sont suggérées:

Réajuster rationnellement les politiques financières proactives; réduire modérément l’émission de bons du Trésor à long terme ; les fonds des bons du Trésor devraient être principalement utilisés dans des projets à long terme et dans des projets en phase finale ; augmenter l’investissement dans la construction d’infrastructures pour l’agriculture et la santé publique, aussi bien que dans des projets publics concernant la protection écologique ; soutenir le développement de l’ouest du pays et les projets importants concernant la transformation de vieilles bases industrielles. Parallèlement, on prendra des mesures efficaces pour renforcer la surveillance et la gestion, ainsi que pour soulever l’efficacité d’utilisation des capitaux des bons du Trésor.

Améliorer et perfectionner la coordination des politiques monétaires et financières, et renforcer le réajustement et le contrôle de la masse monétaire.

Rationaliser les rapports entre la banque centrale et les organismes de crédit, d’une part, avec des départements financiers concernés et le système financier commercial, de l’autre; mettre en valeur le rôle d’orientation, de rayonnement des moyens de réajustement financiers tels que l’escompte et le prêt à bas intérêt, etc. ; introduire les capitaux non gouvernementaux dans des domaines d’investissement public.

Favoriser une nouvelle série de réformes fiscales et uniformiser l’impôt sur le revenu des entreprises nationales et étrangères, appliquer la réduction d’impôt.

Pour élargir la demande intérieure, il est impératif de perfectionner des mesures stimulant la consommation, d’améliorer les services publics, de soulever l’efficacité administrative et d’améliorer le milieu d’investissement.

Approfondir fermement la réforme et développer le rôle fondamental du mécanisme de marché afin de former un support institutionnel de plus en plus stable pour la croissance économique à long terme.