L'écart de revenu entre les villes et les campagnes
chinois arrive en tête du monde
L'écart de revenu se creuse entre les villes et les campagnes ces dernières années en Chine et il s'agit du plus grand écart du monde si l'on y ajoute les facteurs non monétaires tels que la protection sociale en matière de soins médicaux, d'éducation et de chômage, a révélé l'Institut d'économie de l'Académie des sciences sociales de Chine dans un rapport d'enquête nationale, fruit de plusieurs années d'efforts.
Selon ce rapport, la proportion des revenus par habitant en zone urbaine et rurale est passée de 2,8 en 1995 à 3,1 en 2000. Les chercheurs estiment cependant que ce n'est pas toute la vérité.
Les revenus disponibles des ménages urbains, selon ce rapport, n'incluent pas les diverses allocations en nature dont ils bénéficient, comme par exemple, les soins médicaux gratuits accessibles à une bonne partie de citadins n'existent pas dans les régions rurales. Les écoles secondaires et primaires dans les villes peuvent obtenir beaucoup de subventions de la part des finances publiques, tandis que pour les écoles rurales, les subventions sont très modestes et les paysans se voient parfois obligés de réunir eux-mêmes des fonds pour ouvrir des écoles. Les ménages urbains bénéficient de pensions de retraite, de l'assurance-chômage et du minimum vital, ce qui est impensable pour les ménages ruraux.
Si l'on prend en considération tous ces facteurs, l'écart de revenu entre villes et campagnes pourrait être 4 ou 5, voire 6 fois plus élevé, a indiqué Li Shi, chercheur à l'Institut d'économie de l'Académie des sciences sociales de Chine et l'un des responsables de l'enquête.
Si l'on considère seulement l'écart de revenu nominal, le chiffre du Zimbabwe est légèrement supérieur à celui de la Chine. Mais si on envisage tous les facteurs non monétaires susmentionnés, le cas de Chine est bien le record du monde.
Selon cette étude, l'élargissement de cet écart est dû à l'accroissement fulgurant des hauts revenus et non à l'aggravation de la situation financière des couches à faible revenu.
En 2002, le 1 % d'habitants au revenu le plus élevé dans le pays a obtenu 6,1 % des recettes totales de toute la société, soit une hausse de 0,5 % par rapport à 1995 ; le 5 % d'habitants à haut revenu a obtenu près de 20 % des recettes totales (+1,1 % par rapport à 1995) et la fortune de 10 % des habitants à revenu élevé représente 32 % des recettes de la société (+1,2 % par rapport à 1995).
Les habitants à haut revenu proviennent essentiellement des villes et non des régions rurales. Par rapport à 1995, la part du groupe d'habitants ruraux à haut revenu dans les recettes totales nationales a diminué en 2002.
Toujours selon cette étude, entre 1995 et 2002, le taux d'apport de l'écart de revenu entre villes et campagnes à l'égard de l'écart de revenu national a monté sensiblement, passant de 36 % à 43 %. Plus précisément, l'écart de revenu entre villes et campagnes est à l'origine des 2/5 de l'écart de revenu national, ce qui montre davantage que celui-là est très important, a indiqué Li.
A juger par le taux d'apport relatif des diverses régions à l'écart de revenu entre villes et campagnes, celui de l'Ouest du pays, le plus élevé, atteint 58,3 % et celui de l'Est, 37 %. Autrement dit, l'écart de revenu entre villes et campagnes est plus sensible dans les régions sous-développées.
Pour réduire cet écart, les chercheurs proposent dans leur rapport de mettre en place un marché de main-d'œuvre intégré offrant aux paysans plus d'occasions d'aller travailler dans les villes et leur permettant de jouir de l'égalité dans l'emploi, et de revenus et traitements équitables.
Ils proposent la forte exonération, voire la suppression totale, d'impôts et de frais divers dans les régions rurales. Dans le deuxième cas, le revenu par habitant des ménages ruraux devrait augmenter de 5,4 %, autrement dit, le fossé entre leurs revenus et ceux des citadins pourrait se réduire de 13 %. Autre proposition : les finances publiques financent l'éducation et les soins médicaux dans les régions rurales et la mise en place d'un tel système de protection sociale à plus grande échelle devrait contribuer à réduire l'écart de revenu entre villes et campagnes.
Le développement déséquilibré entre les villes et les campagnes a suscité l'intérêt majeur de la couche dirigeante en Chine. Le premier ministre Wen Jiabao a souligné, le 21 février, qu'il faut avoir une notion scientifique du développement et assurer le développement harmonieux des villes et des régions rurales, et veiller à ce que les villes donnent l'exemple aux régions rurales, que l'industrie favorise l'agriculture et que villes et campagnes se stimulent mutuellement et se développent de façon harmonieuse. Ainsi la polarisation des villes et des campagnes pourrait être surmontée.