Pénurie d’énergie en Chine

Depuis cet hiver, la Chine souffre d’un manque d’électricité général, de charbon et de pétrole. Pour assurer l’énergie ultérieure, le gouvernement chinois procède à un réajustement de son système énergétique et de sa stratégie. Dorénavant, davantage de capitaux étrangers afflueront vers l’industrie de l’énergie de Chine.

FENG JIANHUA

À partir du 1er janvier 2004, la Chine a annulé le quota d’importation du pétrole raffiné. Et à la mi-décembre dernier, « le prix du carburant », un composant du prix global d’un billet d’avion des lignes nationales, a augmenté de 3 points, pour répondre aux fluctuations du combustible réservé à l’usage aérien. Nous pouvons en tirer une conclusion : l’approvisionnement en pétrole n’est pas suffisant en Chine.

Certes, depuis octobre dernier, les provinces à court de pétrole s’amplifient des régions orientales et méridionales vers les régions septentrionales. Le Guangdong, l’une des premières provinces pour la consommation énergétique, compte au moins 5 000 postes de service d’essence dont 1 000 ne pouvaient assurer la gamme complète des combustibles à la fin d’octobre, et l’on voyait souvent des automobiles faire la queue pour le ravitaillement.

En tant qu’artère du développement économique, le pétrole occupe une place très importante en Chine dont la croissance économique est actuellement centrée sur l’industrie lourde. En 2003, la Chine a importé 100 millions de tonnes de pétrole, soit une augmentation de 20 millions par rapport à l’année précédente, devenant le deuxième importateur et consommateur de pétrole au monde, juste après les États-Unis.

La pénurie de pétrole générale préoccupe vivement le gouvernement chinois. Cependant, au manque de pétrole s’ajoute l’insuffisance d’électricité et de charbon. De juillet à septembre derniers, une canicule sans précédent a sévi en Chine. Des 31 provinces et régions autonomes du pays, 19 étaient obligées de couper fréquemment le courant pour contrôler la consommation. Contrairement à ce qu’on avait prévu, l’approvisionnement en électricité est devenu plus tendu à l’arrivée de l’hiver : presque toutes les provinces du pays ont dû procéder à des coupures.

À Changsha, capitale du Hunan, une grande partie de la population de 1, 5 million a vécu dans le noir pendant 24 heures alternant avec trois jours de consommation consécutifs. À Hangzhou, capitale du Zhejiang, même la signalisation à certains carrefours était éteinte pour diminuer la charge de réseaux électriques.

Selon la Commission nationale de contrôle de l’électricité, en 2002, la Chine a maintenu grosso modo l’équilibre entre l’offre et la demande dans l’ensemble du pays, tandis que certaines régions étaient à court. En 2003, l’électricité était insuffisante dans tout le pays, alors que certaines régions ont accusé une grave pénurie aux heures de pointe. On prévoit que cette situation demeurera encore sérieuse cette année et l’année prochaine, et que le manque d’électricité ne pourra être atténué qu’après 2006.

En Chine, la production d’électricité dépend principalement du charbon. Selon des reportages, le stockage du charbon dans les dix centrales thermiques du nord du pays et douze de l’est était descendu au-dessous de la ligne d’alerte, et certaines n’avaient qu’une quantité pour deux ou trois jours de production. En novembre dernier, dans les provinces du Shanxi, du Henan et du Shaanxi où la production du charbon est très importante, le prix a augmenté de 15 yuans la tonne. Pourtant, plusieurs centrales étaient incapables de s’en procurer à volonté en dépit de leurs moyens financiers.

Face à cette situation tendue, on commence à se demander si la Chine connaît une crise d’énergie. Les analystes du marché estiment qu’il est encore très tôt pour juger de l’approche d’une crise. Une chose est sûre : le gouvernement chinois nouvellement élu a commencé à prendre des mesures efficaces pour sécuriser la source d’énergie dans l’avenir. « À en juger par les circonstances actuelles, cette crise qui a surgi va devenir une occasion dont le gouvernement chinois pourra profiter pour construire une nouvelle stratégie à long terme », dit Liu Shijin, directeur du département de recherche sur l’économie industrielle du Centre de recherche sur le développement relevant du Conseil des affaires d’État.

L’impasse est due au prix irrationnel du charbon pour la production d’électricité

Le problème énergétique que la Chine affronte résulte de la situation tendue de l’électricité, qui provoque une réaction en chaîne pour l’approvisionnement en charbon et en pétrole. En Chine, la production d’électricité provient pour plus de 50 % de la consommation du charbon. Outre l’insuffisance de la capacité installée, la pénurie d’électricité est due dans une large mesure à la rupture de la chaîne de l’offre du charbon, rupture principalement causée par le prix irrationnel du charbon pour la production d’électricité.

Depuis longtemps, le charbon destiné à la production d’électricité ne peut être vendu aux centrales à un prix indicatif inférieur de 30 % à celui du marché. Du fait que 60 % de la consommation du charbon est consacrée à la production d’électricité, les entreprises de charbon qui assument elles-mêmes leurs profits et pertes supportent un lourd fardeau à cause de l’irrationalité du prix de vente.

En 2002, le prix à titre indicatif a été annulé par l’État. Grâce à la hausse du prix de vente, les entreprises de charbon ont réalisé un bénéfice supérieur de 80 % à celui de l’année précédente, et beaucoup ont redressé la situation déficitaire. Mais du fait que le prix de l’électricité est encore contrôlé par l’État, les centrales thermiques ont de la difficulté à affronter la hausse du prix du charbon.

Lors de la commande nationale de charbon pour l’année 2003 tenue à la fin de 2002, les centrales n’ont signé qu’avec les entreprises de charbon qui n’avaient pas augmenté leur prix des contrats représentant 40 % de l’approvisionnement, soit une quantité de 100 millions de tonnes, laissant une énorme brèche de 150 millions de tonnes qui entraîne directement la situation tendue actuelle.

L’insuffisance de l’offre d’électricité oblige certaines entreprises à utiliser leurs propres groupes électrogènes pour maintenir la production. Il en résulte une ruée sur le pétrole raffiné sur le marché. Certains patrons commencent à stocker du pétrole pour parer aux éventualités.

De plus, les défauts que présente le mécanisme pour déterminer le prix donnent le feu vert à la spéculation. Bien que la Chine ait permis une légère fluctuation du prix du pétrole raffiné à l’intérieur du pays, cette fluctuation est encore dans une large mesure sous le contrôle de l’État. C’est ainsi que le prix régi par ce mécanisme ne peut refléter correctement le rapport entre l’offre et la demande de pétrole à l’intérieur du pays et l’évolution du prix sur le marché international. Lors de la montée du prix en gros du pétrole raffiné due au changement du marché international, le gouvernement chinois n’a pas réajusté le prix de détail afin de maintenir la stabilité du marché intérieur. Les postes d’essence ont donc subi une chute rapide de leurs bénéfices de vente en détail.

« En prévision de l’augmentation du prix, il est évident que les producteurs modèrent la vente, qu’on crée des stocks en attendant la hausse dans le secteur de la circulation, et que les consommateurs font des achats excessifs. Dans ce cas, il est très difficile de juger correctement le rapport entre l’offre et la demande du pétrole, et le gouvernement a aussi du mal à procéder à un macro-contrôle », dit un analyste spécialisé dans les valeurs pétrolières.

Certains experts estiment que la tension énergétique générale en Chine résulte de la fragilité du système d’énergie contre les risques, non de l’insuffisance de la production et de l’offre de l’énergie. Les mesures actuellement en application ne sont pas totalement dépourvues de l’influence de l’économie planifiée ; donc l’apparition de ce problème inattendu est naturelle.

Nouvelle politique énergétique

Face à cette pénurie énergétique générale, le gouvernement chinois n’a pas tardé à appliquer une nouvelle politique énergétique dans la perspective internationale.

Il a déjà augmenté l’investissement qui ne cessait de diminuer dans l’électricité depuis les quatre dernières années, accélérant la construction de centrales et de réseaux électriques, et développant l’exploitation du charbon. En même temps, le gouvernement chinois a envisagé de résoudre la contradiction des prix de l’électricité et du charbon et de mettre en valeur le rôle du mécanisme du marché dans le système du prix de l’électricité, afin d’améliorer sans cesse les moyens de gestion du prix de l’électricité.

La pénurie du pétrole est le plus grave problème de la sécurité énergétique de la Chine. Le gouvernement prête donc une attention particulière à la sécurité du pétrole. Pour consolider le marché national du pétrole, la Chine intensifie sa réserve stratégique en vue d’atténuer les fluctuations éventuelles du prix. Tout en établissant le Bureau de l’énergie, le gouvernement chinois a spécialement fondé le Bureau national pour la réserve de pétrole, lequel projette d’investir 6 milliards de yuans dans la construction de quatre bases de réserve stratégique de pétrole aux quatre ports intérieur du pays. Après l’achèvement de la base déjà en construction, 10 millions de m3 de pétrole y seront stockés, soit 20 % de la production annuelle du champ pétrolifère de Daqing.

La Chine a démarré une nouvelle évaluation des ressources pétrolières et gazières. Selon Sun Wensheng, l’objectif de cette opération est de connaître précisément la situation des ressources pétrolières et gazières et de fournir un fondement scientifique à l’élaboration des importantes stratégies et du plan de développement économique. De plus, se rendant compte des défauts du mécanisme de formation des prix du pétrole raffiné, le gouvernement effectue une étude de révision du prix.

Ce qui attire actuellement la plus vive attention de la communauté internationale, c’est que les dirigeants au sommet accélèrent la stabilisation du marché national du pétrole tout en s’activant à intervenir dans le marché international par des moyens diplomatiques, parce que le gouvernement chinois sait bien qu’il est très important d’ouvrir de nouveaux canaux internationaux pour l’approvisionnement au moment où la production pétrolière du pays demeure inchangée.

Le 11 novembre 2003, la Société du pétrole maritime de Chine et la Société d’exploration pétrolière des Philippines ont signé la « Lettre d’intention sur l’exploitation conjointe des ressources pétrolières et gazières dans la mer de Chine méridionale».

Les occasions commerciales provenant de l’investissement dans l’électricité

Du fait que la pénurie énergétique est déjà un goulot d’étranglement qui fait obstacle au développement de l’économie chinoise, la Chine va certainement intensifier ses efforts pour accroître l’exploitation et l’importation d’énergie, et l’industrie sera un point chaud du financement. À en juger par les circonstances actuelles, l’investissement dans l’électricité apportera d’énormes occasions commerciales.

Selon les prévisions de la Société nationale du réseau électrique, l’industrie électrique maintiendra un taux de croissance annuelle de 6, 6 à 7 % dans les dix ans à venir. La forte demande nécessite un fort financement. Entre 2004 et 2020, la capacité installée augmentera de 30 millions de kW par an, nécessitant au total 120 milliards de yuans d’investissement.

Un rapport de recherche récemment publié par IEA montre que dans les trente ans à venir, les investisseurs privés et les gouvernements du monde entier devront investir 10 billions de USD dans l’industrie électrique, et celle de la Chine aura besoin de plus de 2 billions.

Face à l’énorme besoin de capitaux dans l’industrie de l’électricité, un fonctionnaire du Bureau de l’énergie de Chine récemment fondé a laissé entendre que la Chine va encourager les capitaux privés et étrangers à affluer vers l’industrie électrique, au lieu d’utiliser directement ses fonds budgétaires.

Certains experts pensent que du fait que le marché de l’électricité de Chine est encore en voie de développement, le risque d’investissement est beaucoup moins important que dans d’autres secteurs. À condition que le financement soit bien effectué, le taux de retour pourra atteindre 10 à 12 %. Actuellement, les capitaux étrangers sont déjà entrés dans l’électricité thermique, hydraulique et nucléaire ; ceux qui sont investis dans l’électricité nucléaire occupent une position prédominante avec une proportion de 55 %.

Du fait que le charbon est la principale ressource énergétique de Chine, la production d’électricité au moyen de charbon maintiendra une croissance stable au moins d’ici 2020. Mais avec l’intensification de la protection de son environnement, la Chine doit prendre au sérieux le coût en la matière en investissant dans les centrales thermiques. En même temps, les centrales thermiques qui ont pour avantage le court délai et la rapidité de l’efficacité méritent l’absorption des capitaux exclusivement étrangers et sino-étrangers.

En tant qu’énergie pure et de bonne qualité, l’électricité hydraulique doit être développée en priorité. Dorénavant, l’exploitation sera axée sur les sept fleuves, y compris le cours moyen du fleuve Jaune et du Yangtse, ainsi que les cours moyen et inférieur du fleuve Yarlung Zangbo. Vers 2020, la capacité installée des centrales hydrauliques s’élèvera à 200 millions de kW, soit une augmentation de plus de 100 % par rapport à aujourd’hui. Bien que les centrales hydrauliques soient un projet d’investissement à long terme qui consomme beaucoup d’argent, on peut les développer par la participation financière, l’achat d’actions et d’obligations.

En ce qui concerne l’électricité nucléaire, la Chine applique une politique de développement modéré à cause du besoin de capitaux, double de celui de l’électricité thermique. Mais le faible prix de revient de la production d’électricité nucléaire pourra apporter une rentabilité stable dans l’avenir.