La Chine ne permettra pas que l’enseignement
devienne une industrie à but lucratif
TANG YUANKAI
Hu
Yin est un garçon de 6 ans qui entrera à l’école
primaire en septembre, mais ses parents ont déjà commencé
à ramasser ses frais de scolarité pour l’université!
D’abord, ils essaient de faire entrer leur fils dans une école renommée de Beijing. Bien qu’ils aient quelques connaissances qui peuvent leur rendre service, ils doivent payer 80 000 yuans, soit 10 000 USD pour le « choix d’école ». C’est évidemment une grosse somme pour ce couple dont le revenu mensuel est de 8 000 yuans.
« Cette somme n’est qu’une base à laquelle s’ajoute un montant encore plus important pour le soi-disant soutien financier », dit Hu Yu, père de Hu Yin. Son frère a déjà versé 60 000 yuans pour envoyer son enfant, à qui il manquait six points, dans une école secondaire renommée, soit 10 000 yuans par point.
« Cependant, ce qui nous préoccupe le plus, c’est de trouver quelqu’un pour nous servir d’intermédiaire et verser cette somme. Une bonne école a nombre d’inscriptions très limité pour la demande. Auparavant, il suffisait qu’un enfant puisse faire ses études, mais maintenant, la compétition pour l’emploi est si acharnée qu’on recherche les écoles fameuses à tout prix, même s’il faut emprunter de l’argent aux parents ou aux amis », déplore Hu Yu.
L’éducation est déjà devenue la plus importante dépense des familles chinoises. Les frais irrationnels pour le choix d’une bonne école primaire ou secondaire ont déjà porté atteinte aux intérêts de plus de 300 millions d’enfants chinois et de leur famille. Selon les statistiques conservatrices de certains pédagogues, les frais irrationnels relatifs à l’éducation primaire et secondaire totalisent presque 200 milliards de yuans!
À la fin de 2003, un reportage intitulé « L’enseignement primaire et secondaire est l’une des dix industries à profits les plus exorbitants de Chine » a été publié dans divers importants journaux nationaux. Après la propriété immobilière et foncière qui se classe au premier rang à ce sujet, les frais irrationnels ont fait passer l’éducation de la dernière place en 2002 à la deuxième en 2003!
Au début de cette année, le ministre de l’éducation, Zhou Ji, a fait entendre à l’occasion d’une conférence de presse tenue par le Bureau d’information du Conseil des affaires d’État que sur les 850 millions de yuans de frais irrationnels découverts, 639 millions ont été restitués aux familles des élèves; 2 488 personnes qui en étaient responsables ont été pénalisées, dont 359 directeurs et proviseurs qui ont été destitués.
En
fait, le traitement de la perception abusive des frais d’éducation
que la Chine a effectué l’année dernière est l’un
des plus sévères de la dernière décennie. Mais l’attaque
rigoureuse du gouvernement central a rendu ce phénomène plus furtif
qu’atténué, et les départements concernés
ont plus de difficulté à prendre des mesures efficaces.
Actuellement, la Chine compte plus d’un million d’établissements d’enseignement pour quelque 318 millions d’élèves, dont ceux qui sont au niveau de l’instruction obligatoire dépassent 190 millions. Ils constituent le plus stable groupe de consommateurs d’éducation que certains départements sociaux se disputent.
Dans certaines régions rurales, à cause d’un manque d’organisation des unités de base, les élèves deviennent un canal stable dont les autorités locales profitent pour la perception de divers frais, voire même de l’amende pour le non respect de la planification familiale et des fonds pour la construction de routes.
Le ministre Zhou Ji attribue la perception abusive à l’insuffisance grave du financement gouvernemental dans l’enseignement. Selon lui, le financement est le principal moyen de résoudre la contradiction entre les bonnes ressources de l’éducation et la demande croissante du peuple à l’égard de l’instruction.
Il est à noter que l’investissement dans l’enseignement a connu une croissance rapide durant les cinq dernières années, passant de 2, 5 % du PIB à 3, 41% l’année dernière. Bien que l’investissement ne cesse d’augmenter avec la croissance considérable du PIB, il accuse encore un écart important par rapport aux pays développés, étant inférieur même au niveau moyen des pays en voie de développement et à l’objectif de 4% du PIB proposé dans le « Programme de réforme et de développement de l’éducation en Chine ». Pour atteindre le niveau moyen des pays en voie de développement, la Chine doit investir encore 80 à 100 milliards de yuans. Par ailleurs, la croissance des fonds budgétaires destinés à l’enseignement ne satisfait pas aux besoins de l’enseignement ; l’ajout a été principalement consacré à la masse salariale. Les fonds pour la dépense publique des écoles n’ont pas connu une augmentation rapide, s’en tenant parfois à une croissance zéro dans des écoles primaires et secondaires de régions rurales. Il en résulte une perception abusive de la part des autorités locales.
Selon l’article 54 de la Loi sur l’éducation, le rapport entre les fonds budgétaires pour l’éducation et le PIB doit augmenter en proportion du développement de l’économie nationale et de la croissance des recettes financières de l’État. C’est pourquoi les gouvernements à divers échelons doivent augmenter leurs dépenses financières pour l’éducation avec la croissance du PIB. Mais le déséquilibre du développement économique a fait que certains districts accusent longtemps un budget déficitaire et qu’ils sont dans l’impossibilité d’investir dans l’enseignement. Selon les statistiques, durant les années 1990, le budget déficitaire à l’échelon du district s’est élevé à plus de 40 %, et voire même à 60 % dans les régions centrales et occidentales. Si l’on respecte totalement la Loi sur l’éducation obligatoire en exonérant de frais scolaires et divers autres frais les élèves issus de familles pauvres, l’affectation supplémentaire à l’enseignement obligatoire dans les régions rurales du centre et de l’ouest atteindra 3 milliards de yuans. En tenant compte de la somme engagée pour généraliser l’enseignement obligatoire de neuf ans dans les régions où ce n’est pas encore chose faite, la brèche totalisera 37 milliards de yuans. C’est un lourd fardeau pour la Chine qui a un budget total de 150 milliards de yuans seulement pour l’enseignement obligatoire. Du fait que la population chinoise qui reçoit l’éducation obligatoire ne cesse d’augmenter, le gouvernement est dans l’impossibilité de poursuivre l’enseignement obligatoire sans prendre des mesures énergiques, par exemple le transfert du paiement en vue d’augmenter l’investissement. En réalité, la Loi sur l’enseignement obligatoire stipule explicitement que « l’État est chargé de subventionner les régions qui manquent de moyens financiers pour l’application de l’enseignement obligatoire ».
« Actuellement, l’investissement du gouvernement dans l’enseignement est insuffisant, et les fonds budgétaires réellement utilisés dans l’enseignement connaissent aussi un écart par rapport aux prévisions statistiques », dit Mme Liang Wanqing, vice-proviseur et professeur hors classe de l’école secondaire Binlang à Xiamen. Selon elle, pour bien gérer une école, il faut aussi un bon équipement en plus d’argent pour les dépenses courantes. « Alors, si les fonds budgétaires sont insuffisants ou ne sont pas encore affectés, certaines écoles perçoivent divers frais des élèves sous différents prétextes », dit elle.
Pour résoudre le problème du manque d’investissement gouvernemental dans l’enseignement, certains ont proposé l’industrialisation de l’enseignement en vue de profiter du marché pour réaliser l’affectation des ressources de l’enseignement. Mais le ministre Zhou Ji a précisé que le gouvernement chinois n’a jamais eu l’idée de lancer une telle politique. Selon lui, l’enseignement est par nature une utilité publique sublime, et cela est explicite dans la Loi sur l’éducation de la République populaire de Chine. Les gouvernements à divers échelons doivent donc éviter d’utiliser la notion de commercialisation de l’enseignement lors de l’élaboration des politiques sur l’enseignement et l’économie. « Il ne faut pas confondre l’enseignement et d’autres secteurs. Si le gouvernement encourage la commercialisation de l’enseignement, il en résultera l’engouement pour la maximisation des bénéfices de l’investissement. Cela produira un effet néfaste sur la fonction sociale de l’enseignement et affaiblira le rôle du gouvernement dans le macro-contrôle et la garantie de l’équité sociale », dit-il.
Bien que le gouvernement central n’ait jamais songé à commercialiser l’enseignement, plusieurs autorités locales considèrent l’enseignement comme une industrie à gros profits, et sa commercialisation apparaît même dans des documents officiels des assemblées populaires locales ou des gouvernements locaux, lesquels espèrent que les écoles réaliseront des bénéfices intéressants afin de combler le déficit budgétaire.
Certains experts ont indiqué que la commercialisation a poussé l’enseignement chinois dans une nouvelle voie: au lieu de recourir aux donations ou à l’établissement de certaines fondations, les entreprises et les individus investissent directement dans l’enseignement sous forme financière ou matérielle. Mais l’investissement suppose certainement une récompense. En insistant trop sur l’autogestion et le gain de l’enseignement, on atténuera certainement son utilité publique.
Selon Qiao Xinsheng, professeur de l’université des Sciences financières, économiques, politiques et juridiques de la Chine du Centre-Sud, il est impératif que l’État utilise le moyen financier pour subventionner l’enseignement obligatoire dans les régions sous-développées, procédant à une planification générale des fonds budgétaires destinés à l’enseignement, matérialisant les diverses obligations gouvernementales stipulées par les lois, établissant un système d’octroi des fonds sur la base de l’amélioration de l’enseignement élémentaire. Il a proposé que l’Assemblée populaire nationale établisse une commission de planification de l’enseignement, laquelle serait chargée de l’octroi des fonds et de l’évaluation de leur utilisation.
Le ministre Zhou Ji a indiqué que le gouvernement chinois s’efforce de porter les fonds budgétaires destinés à l’enseignement à 4 % du PIB. Selon lui, le « Plan d’action sur le renouveau de l’enseignement entre 2003 et 2007 » élaboré par le ministère de l’Éducation et adopté par le groupe de direction de l’enseignement, des sciences et techniques de l’État a avancé qu’il faut établir un système de finances de l’enseignement qui s’adapte au système des finances publiques, renforcer la responsabilité des gouvernements à divers échelons à l’égard de l’investissement dans l’enseignement, et assurer l’augmentation des fonds budgétaires octroyés par le gouvernement et qui doit être supérieure à celle des recettes de finances courantes, l’augmentation progressive des dépenses de l’enseignement par élève et l’augmentation du salaire des enseignants et des frais d’utilité publique par élève.
Le ministre Zhou a aussi souligné que l’année dernière, le gouvernement central a tenu la première réunion de travail pour l’enseignement dans les régions rurales. Cette réunion a fixé deux positions stratégiques : l’enseignement à la campagne doit être développé en priorité dans l’ensemble des causes des régions rurales, et occupe la première place dans l’enseignement national. Une série de mesures ont été prises, des dizaines de milliards de yuans de fonds spéciaux ont été investis.
Quant à l’enseignement non obligatoire, le gouvernement déterminera une proportion plus rationnelle entre les dépenses du gouvernement et les frais des bénéficiaires de l’éducation. « Il faut élargir les canaux de réunion des fonds, établir un mécanisme d’encouragement à l’investissement social et aux donations dans l’enseignement, instaurer un système d’assistance à l’accès à l’enseignement obligatoire des élèves issus de familles pauvres tant dans les villes que dans les campagnes. Dans les établissements d’enseignement supérieur, il faut consacrer davantage d’efforts à l’amélioration du système de gestion des prêts bancaires destinés à la garantie de la scolarisation, permettre aux élèves issus de familles pauvres de poursuivre leurs études par divers moyens tels que la distribution de bourses, le partage du temps études-travail, les indemnités allouées en cas de difficultés spéciales, l’exonération de frais scolaires, etc. Les groupes sociaux et les individus sont encouragés à subvenir aux besoins des élèves issus de familles pauvres. »
« Nous allons développer d’une manière plus poussée les écoles privées pour répartir équitablement le coût d’enseignement, mais cela est tout à fait différent de l’industrialisation de l’enseignement », dit le ministre Zhou Ji.