Les capitaux privés et collectifs ont accès
à l’industrie de l’assurance
TANG YUANKAI
«
Depuis 2003, environ 10 milliards de yuans de capitaux privés et collectifs
(approximativement 1,25 milliard de USD) ont tenté d’entrer dans
l’industrie de l’assurance », a affirmé un analyste-expert.
En février dernier, lors de la « Réunion nationale sur les assurances », le président de la Commission chinoise de gestion et de surveillance de l’assurance (CCGSA) Wu Dingfu a exprimé que la commission encourage autant que possible les compagnies d’assurance à collecter des fonds par de multiples canaux pour augmenter leur capital, sauf les cas interdits par les lois en vigueur. Cela signifie que les capitaux non gouvernementaux pourraient entrer dans les compagnies d’assurance au moment où celles-ci accroissent leurs actions.
Depuis quelques mois, la CCGSA a renforcé la surveillance et la gestion de la capacité de paiement des compagnies d’assurance, qui dépend directement de leur actif tandis que les capitaux populaires constituent une force importante d’augmentation de la capacité de paiement des compagnies d’assurance.
L’an dernier, le group Shide, spécialisé dans les matériaux de construction chimiques, à capitaux privés, s’est emparé de 10 % des actions de la compagnie d’assurance Taipingyang, devenant l’un de ses dix grands actionnaires. « En recourant à la collecte de fonds, notre société a une capacité de paiement beaucoup plus forte », a affirmé Wang Guoliang, son président.
À présent, dans le cadre des politiques existantes, les capitaux populaires ont trois façons d’accéder à l’industrie de l’assurance : participation à l’occasion de l’augmentation des actions, succession des actions de la main des détenteurs d’actions étatiques et fondation d’une compagnie d’assurance à capitaux privés ou collectifs.
Selon Wu Dingfu, la CCGSA révisera les « Règlements provisoires sur la participation aux compagnies d’assurance sous forme d’actions », pour créer les conditions favorables à l’absorption de toutes sortes de fonds dans le secteur. Plusieurs signes montrent que l’industrie de l’assurance se développe à une vitesse surprenante.
À ce point, les préparateurs de la compagnie d’assurance-vie Minsheng peuvent en dire long, car la « gestation » de cette société a duré huit longues années. En décembre 1994, elle avait déjà déposé une demande auprès du département compétent pour fonder une compagnie d’assurance-vie basée sur des capitaux privés, mais elle a dû attendre jusqu’au 24 octobre 2000 pour démarrer les préparatifs de la compagnie. Selon la réponse de la CCGSA, les Chinois sont autorisés à faire des opérations d’assurance seulement quand ils mettent sur pied une compagnie en commun avec un assureur étranger en territoire chinois, et avec un an de préparatifs. Ainsi, on s’est mis à la recherche d’un investisseur étranger. En septembre 2002, la CCGSA a soumis un rapport au Conseil des affaires d’État, demandant d’assouplir la restriction d’ouverture d’une compagnie d’assurance à capitaux mixtes avec un assureur étranger qui répond aux conditions requises en proposant trois solutions de choix, dont la participation de capitaux étrangers sous forme d’actions. Le même mois, le Conseil des affaires d’État a ratifié cette solution. Minsheng a accéléré ses préparatifs. Après avoir fixé une compagnie de Singapour comme coopérateur, Minsheng a ouvert ses portes en juin 2003. Parmi ses plus de vingt actionnaires, les entreprises privées en représentent 90 %. Du capital social de 800 millions de yuans (environ 100 millions de dollars), les capitaux privés dépassent 80 %.
Des
spécialistes analysent que l’énorme espace de croissance
attire le plus des capitaux populaires. Ces dernières années,
les recettes de primes se sont maintenues à un taux de croissance d’entre
30 et 50 %. En 2003, le montant total des avoirs des compagnies d’assurance
chinoises était de l’ordre de 912,3 milliards de yuans (à
peu près 114 milliards de dollars), contre 649,4 milliards de yuans en
2002.
Selon des statistiques partielles, les primes des compagnies d’assurance à capitaux non gouvernementaux représentent au moins 7,4 % du total. Ping’an, Xinhua et Sinosafe où les capitaux privés représentent une part assez élevée ont gagné 23,4 % du total des primes du pays.
Les résultats performants de Minsheng ont fait un bon effet modèle. Selon Wang Yaohua, directeur général de Minsheng, dans les trois premiers mois de 2003, les quatre succursales de Beijing, Nanjing, Hangzhou et Shijiazhuang ont rapporté 345 millions de yuans en primes, 5 millions de plus que le montant fixé par le Conseil d’administration de Minsheng. « Dans la conjoncture de compétition acharnée, il est difficile pour une compagnie naissante de réaliser cet exploit ! »
« Pourtant, nous en tenant au principe de coût de revient et risques faibles, grande vitesse de croissance et haut rendement, nous avons atteint notre but », a ajouté Wang avec fierté.
Minsheng a mis en marché plus de trente produits dont certains ont accusé un chiffre d’affaires montant en flèche. Selon l’enquête d’un département concerné, c’est bien la nature d’« économie privée » de Minsheng qui a attiré les consommateurs. En comparaison avec des compagnies d’assurance étatiques, les produits de Minsheng couvrent un plus large éventail de maladies, leur prime est plus faible, leur période assurée plus longue, et comportent une restitution de primes à l’expiration du contrat sur certains produits. Ainsi, peut-on choisir différents produits. Ceux qui achètent plusieurs produits ou renouvellent leur contrat jouissent de conditions plus avantageuses. En outre, l’« assurance contre les accidents de la route » est destinée pour la première fois en Chine au conducteur et aux passagers en voiture privée ; cette opération inclut aussi le secours aux voyageurs sur le territoire chinois et les soins médicaux qui en découlent... Tout cela est évidemment séduisant. Cette année, Minsheng applique son premier plan d’exercice complet et vise une augmentation nette de 200 %. À la fin de février, les quatre succursales avaient gagné 200 millions de yuans en primes.
Minsheng prévoit tisser un réseau national en cinq à sept ans pour porter le nombre de succursales à vingt. D’ici cinq ans, sa part de marché devrait être de 2 % dans l’assurance-vie ; en huit à dix ans, les recettes de primes atteindraient le niveau moyen et même supérieur des compagnies d’assurance nationales, et finalement la société sera cotée en Bourse. Son objectif à long terme est de se développer en un groupe de service financier moderne, international, spécial et multidisciplinaire.
En effet, Minsheng rencontre une occasion rarement propice à son développement : le soutien du gouvernement central à l’économie privée, et aussi le soutien de la CCGSA.
Comme Minsheng, nombreux sont les capitaux populaires qui veulent partager le gâteau des assurances par de multiples moyens. Sino Life Insurance Company Ltd. dont le siège est à Shanghai, par exemple, a déclaré son entrée en service le 18 novembre 2003. Mais avant cela, deux sociétés d’investissement de Beijing à capitaux privés ont participé à Ping’an ; 59 % des actions étatiques de Hua’an sont cédées à une compagnie privée, portant la proportion de ses capitaux privés à 83 %, devenant la première compagnie chinoise d’assurance-propriété dont la majorité des capitaux sont non gouvernementaux.
Dans le passé, l’industrie de l’assurance était dominée par les compagnies d’État. Les trois magnats de l’assurance-propriété détenaient une part de marché de 94,8 %, et les trois magnats en assurance-vie, de 91,1 %. Dans certaines régions, les opérations étaient même monopolisées par l’un d’entre eux. Avec l’arrivée des capitaux étrangers et des compagnies anonymes, les défauts de la cuirasse des compagnies d’État apparaissent : système retardataire et mécanisme rigide, ce qui a gravement entravé leur développement. Les compagnies par action, pourtant, bien qu’existantes depuis peu, ont lancé un défi aux compagnies d’État. Une structure à multiples couches avec la participation des capitaux privés est favorable à l’amélioration de la structure d’administration par la personne morale, à l’innovation dans le système des compagnies d’État et à la stimulation d’un développement sain et rapide des opérations d’assurance.