La Chine fait un pas de géant

Les vols dans l’espace lunaire sont en voie de devenir réalité, car la Chine lance la première phase d’essai.


LU PI

Dans une ancienne légende chinoise, Chang’e s’était envolée de la Terre à la Lune. Son nom convient donc très bien au premier projet de sondage lunaire du pays, le projet Chang’e, et le premier satellite de sondage, le Chang’e no 1, devrait être prêt en 2007. La Commission des sciences, technologies et industrie de défense nationale a récemment annoncé cette nouvelle, et confirmé que Luan Enjie, directeur de l’Administration nationale, agira en tant que directeur général du projet. L’État versera 1,4 milliard de yuans (170 millions de USD) dans la première phase du projet.

Le projet Chang’e

Selon le programme, le projet traversera trois phases avant le lancement vers la Lune. Le processus entier devrait demander douze ans. La première phase mettra un satellite en orbite lunaire; la deuxième verra un détecteur à alunissage en douceur explorer la surface de la Lune, et dans la troisième, un robot rapportera sur Terre des spécimens de sol lunaire. Chacune des étapes représente un pas de géant.

L’échéancier détaillé devrait être à point en septembre 2004. La recherche et le développement du premier produit d’essai et les expériences relatives du satellite de sondage sur la Lune se réaliseront avant la fin de 2005. Le plan, la fabrication, l’installation générale, les expériences en laboratoire et sur le terrain du satellite de sondage prendront fin avant décembre 2006, et en 2007, le Chang’e no 1 sera lancé.

Le satellite Chang’e no 1 transportera 24 pièces d’équipement, comme des appareils photo à trois dimensions, des instruments de sondage et un détecteur de particules solaires à haute énergie. Toujours selon les prévisions, le poids du satellite sera de 2 350 kg, avec une charge utile de 130 kg, et il se maintiendra en orbite pendant un an.

La fusée chinoise Longue Marche 3A servira de transporteur pour le lancement. Le centre de lancement de satellites Xichang, au Sichuan, sera le site de départ. La transformation complète requise sera effectuée au centre afin d’accomplir la mission désignée.

Actuellement, on est en train de planifier les deuxième et troisième phases. Ouyang Ziyuan, scientifique en chef du projet de sondage lunaire de Chine et académicien de l’Académie des sciences de Chine, a dit que la seconde phase comprendra le lancement d’un engin à alunissage en douceur en 2012, lequel atteindra la Lune avec un véhicule à son bord pour mener une recherche sur la surface et sonder les ressources de la Lune. Il fournira également des données pour choisir l’emplacement d’une base lunaire. Le vaisseau transportera entre autres des instruments sismiques et un télescope. Les premiers serviront à mesurer les « tremblements de lune » et à déterminer la structure interne par l’étude des mouvements sismiques. Le second permettra d’observer divers éléments cosmiques, et de sonder l’espace entre la Terre et la Lune. En même temps, l’engin à alunissage en douceur et le véhicule lunaire sont équipés d’instruments visuels, ce qui signifie que les scientifiques au sol pourront s’assurer que chacun des deux supervise le travail de l’autre

Ouyang a dit que parce que parce que la Lune n’a ni atmosphère ni air, l’engin doit alunir en utilisant une fusée de freinage. La Chine a fait de grandes percées dans cette technologie. « Après l’alunissage, l’engin déroulera automatiquement une échelle étroite qui permettra au véhicule lunaire de descendre sur la surface de la Lune. La méthode d’alunissage du véhicule est semblable à celle du véhicule étatsunien. « Courage », a-t-il ajouté.

La troisième phase consiste à lancer une capsule de petite taille pour ramasser des échantillons et les rapporter au laboratoire terrestre.

Une fois l’essai de vol non habité complété, un vol habité deviendra l’objectif suivant. De plus, on construira une base lunaire, en commun avec d’autres pays, selon l’état du développement international des essais lunaires à ce moment-là et les conditions nationales de la Chine, comme la puissance nationale. Cette phase, qui s’achèvera en 2020, permettra à la technologie chinoise de l’espace d’atteindre un nouveau palier.

Selon Luan Enjie, après la réalisation de la première phase et si les deux suivantes se passent bien, on sera en avance sur l’échéancier.

Quatre grands objectifs scientifiques

La première phase du projet Chang’e comporte les quatre objectifs suivants.

1. Tracer le « portrait » de la Lune et obtenir des images tridimensionnelles de sa surface. Diviser les types et structures de sol lunaire et commencer à élaborer des cartes de la géologie et des structures afin de fournir une référence et des bases d’alunissage en douceur. Le vol du Chang’e no 1 autour de la Lune non seulement couvrira la surface totale mais aussi des parties des pôles nord et sud dont on ne s’est jamais encore occupé.

2. Trouver des éléments utiles à la surface de la Lune et les analyser, compiler sommairement une carte de la répartition de ces divers éléments. La Chine espère étendre le nombre des éléments utiles à quatorze, de cinq que les États-Unis ont établis, et mènera des évaluations à la surface de la Lune.

3. Trouver les caractéristiques du sol lunaire et évaluer la profondeur, de même que la quantité d’hélium 3.

4. Inspecter l’espace environnemental entre 40 000 km et 400 000 km de la Terre, enregistrer les données des vents solaires primitifs et étudier l’impact de l’activité solaire sur la Terre et sur la Lune.

Les trois premiers objectifs concernent la Lune elle-même, et le dernier met l’accent sur l’envoi du Chang’e vers la Lune et concerne donc l’étude de l’espace entre la Terre et la Lune.

De plus, le système d’ingénierie de sondage, composé de cinq systèmes importants – systèmes de satellite, de fusée porteuse, du site de lancement, de sondage et contrôle et d’application au sol – accomplira les tâches suivantes.

- Recherche, développement et lancement du premier satellite lunaire de la Chine;

- Maîtrise sommaire de la technologie de sondage;

- Première exploration scientifique de la Lune;

- Formation pour l’essentiel d’un système d’ingénierie de l’espace.

Garantie technologique

La première phase est un projet accompli par la Chine seulement et avec ses propres technologies, produits et plans. Récemment, des pays d’Europe et d’Amérique ainsi que des scientifiques russes ont exprimé le désir de coopérer et d’échanger avec la Chine dans l’exploration de l’espace. Un officiel de l’Administration nationale de l’espace a dit qu’il y aura de plus en plus de coopération internationale après les deuxième et troisième phases.

Actuellement, la Chine possède la capacité d’atteindre la Lune, ou peut lancer un satellite sur orbite géostationnaire à partir de la Terre, lequel va ensuite accélérer pour atteindre la Lune. Tout cela peut être accompli actuellement. Il n’y a pas de problème avec la fusée, le satellite et les instruments.

Le développement chinois de l’espace et l’expérience cumulée depuis plus de 40 ans, en particulier le lancement d’un vol habité en octobre 2003, ont pavé la voie au projet Chang’e. Le satellite Chang’e no 1 sera transformé sur la base du Dongfanghong 3 de Chine, tandis que la fusée porteuse sera fabriquée selon le modèle Longue marche 3A. Quant au système de sondage et contrôle, le réseau actuel et le réseau de contrôle astronomique de l’Académie des sciences de Chine fourniront les services pour le lancement et le fonctionnement du satellite de sondage lunaire.

Une décennie de délibérations

En 1978, le Dr Zbibiniew Brezinski, alors conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter des États-Unis, a présenté le modèle lunaire 1-g au gouvernement chinois lors de sa visite en Chine. Par la suite, l’Académie des sciences de Chine a rassemblé des experts de tous les coins du pays pour étudier l’échantillon 0,5-g. En même temps, les experts poursuivaient la recherche à l’aide de météores lunaires.

C’est en 1994 que la Chine a entrepris les projets de vol habité. À ce moment-là, des scientifiques ont proposé de lancer un satellite de sondage lunaire au moyen de la fusée Longue marche 2F, basée sur le modèle 2E, et de développer un programme simple de sondage lunaire. Mais comme la Chine manquait alors d’objectifs scientifiques d’exploration à long terme et en profondeur, ce programme n’a jamais décollé.

Au fur et à mesure du développement, et du renforcement de la puissance nationale, il est devenu naturel pour la Chine de mener un sondage lunaire à partir du début, après avoir développé les programmes de satellites et de vol habité.

Depuis 1999, les experts de la Commission des sciences, technologies et industrie de défense nationale ont systématiquement reconfirmé l’objectif scientifique du sondage lunaire. Depuis 2000, la Commission a réuni des ingénieurs et scientifiques pour élaborer le programme technologique du projet. Après deux ans d’efforts, on a obtenu un programme basé sur la capacité actuelle de la Chine, approuvé en janvier 2004 par le Conseil des affaires d’État.

Luan Enjie, directeur général du projet, a dit que comme la Chine n’a pas actuellement la capacité d’alunir, il est impossible d’établir un échéancier définitif. Une fois les trois tâches de vol inhabité complétées, le programme d’alunissage d’un vol habité sera étudié et des dates fixées. La base lunaire sera construite en collaboration avec d’autres pays.

D’énormes retombées

L’investissement total dans la première phase est de 1,4 milliard de yuans (170 millions de USD), l’équivalent du coût de 2 km de métro à Beijing. Le budget a été scientifiquement vérifié et confirmé.

Luan croit que le projet Chang’e n’apportera pas de revenus directs, mais qu’il engendrera des avantages à longue portée pour la Chine, un pas de géant dans la science de l’espace et le développement technologique.

Le sondage lunaire haussera le développement général de la technologie de pointe en Chine, surtout en astronomie, information, technologie optico-électronique et application spatiale. Il favorisera l’innovation et le développement des sciences de l’espace, de la vie et de la matière.

Plus qu’un simple voyage sur la Lune, le sondage lunaire permettra à d’autres projets scientifiques et technologiques dans des domaines majeurs d’avancer.

De plus, la Lune possède diverses ressources uniques dont a besoin le genre humain. Ses minéraux et son énergie sont un complément et une réserve pour la Terre, et auront une importance dans le développement soutenu de la Planète. L’hélium 3 du sol lunaire est un nouveau type de combustible propre, hautement efficace, sain et bon marché. Il peut changer la structure énergétique de la société humaine. Un gramme d’or coûte 11 USD, tandis qu’un gramme d’hélium coûte 400 dollars. L’hélium 3 de la Lune peut satisfaire les besoins de l’humanité pendant plus de 10 000 ans. Des statistiques scientifiques montrent que 100 tonnes d’hélium 3 peuvent répondre aux besoins du monde entier pendant un an, et 10 tonnes, à ceux de la Chine pendant la même période. La recherche sur le contenu et la répartition de l’hélium 3 sur la Lune dans le cadre du projet lunaire de la Chine jettera une base solide à l’utilisation par l’homme de l’énergie nucléaire lunaire dans l’avenir.