ÉCONOMIE
Reconnaître le mérite
Les partenaires commerciaux de la Chine demandent qu’on récompense les réalisations du pays dans la restructuration économique, pour le bénéfice mutuel.
WU ZONGZHI
La
Chine pratique l’économie de marché; c’est ce que
pensent la plupart des Chinois, citant les remarquables changements advenus
dans l’économie nationale depuis deux décennies.
La Nouvelle-Zélande a officiellement reconnu le statut d’économie de marché à la Chine (SÉM), qui est entré en vigueur le 14 avril. C’est une percée des efforts de la Chine pour gagner la confiance des membres de l’OMC.
Le premier ministre Wen Jiabao a hautement apprécié cette reconnaissance de la part de la Nouvelle-Zélande.
Mais le 14 avril n’a pas apporté que de bonnes nouvelles. Le département du Commerce des États-Unis a finalisé le même jour son rapport sur le dumping des téléviseurs chinois sur le marché étatsunien et annoncé qu’il flanquerait une taxe à l’importation entre 4,35 et 78,45 % sur les téléviseurs produits en Chine. Selon les experts, cette réaction résulte du fait que les États-Unis rejettent le SÉM pour la Chine.
Le SÉM a longtemps représenté un goulot d’étranglement dans les relations étrangères de la Chine. Selon le protocole d’adhésion de la Chine à l’OMC, tout comme selon l’accord sino-américain sur le sujet, les autres membres ont le droit de traiter la Chine comme non-ÉM jusqu’à quinze ans après son entrée dans l’OMC.
Dans les enquêtes sur le dumping, une fois qu’un pays est étiqueté non-ÉM, on ne tiendra pas compte du prix des produits exportés par les pays non-ÉM et, au contraire, utilisera les coûts d’un pays substitut pour mesurer la soi-disant « valeur normale » des produits et la gravité du dumping. La justification de l’action réside dans le fait que dans un pays non-ÉM, les ressources sont monopolisées par l’État, et les entreprises sont habituellement menées par le gouvernement ou sujettes à son intervention. Il en résulte que les prix sont trop artificiels pour refléter la valeur normale des produits finis. Une fois ces produits exportés, ils causent des torts aux industries locales.
Vu la grande disparité de prix entre la Chine et le pays précédemment désigné comme cible des enquêtes antidumping, les règles relatives ont montré d’alarmants préjugés contre la Chine et exagéré les dommages. Des mesures punitives continuent d’obstruer l’exportation chinoise.
Par
exemple, l’Union européenne a choisi Singapour comme substitut
des fabricants chinois de téléviseurs après 1993, bien
que le coût de sa main-d’œuvre soit vingt fois plus élevé
que celui de la Chine. La conclusion est prévisible : jusqu’à
maintenant, les entrepreneurs chinois ont perdu presque toute leur part du marché
européen de téléviseurs.
La pire conséquence de cette discrimination est que la Chine a perdu son autodéfense dans les accusations de dumping, selon un observateur anonyme.
Comme les gens d’affaires chinois ne gagneront aucun procès lié au SÉM dans le cadre actuel de l’OMC, davantage d’accusations antidumping contre les produits chinois produiront un cercle vicieux. À la lumière des statistiques de l’Institut national de recherche sur de l’OMC relevant de l’université du Commerce et de l’Économie avec l’étranger de Beijing, la Chine est devenue la cible mondiale no1 de l’antidumping avec plus de 600 accusations à son dossier en février 2004.
L’expert chinois souligne que le refus du SÉM pour la Chine a affaibli ses efforts et réalisations dans la construction du SÉM au cours des dernières décennies, et terni l’image de la Chine dans la communauté internationale. Il est illogique que la Chine demeure une non-ÉM après sont accession à l’OMC en décembre 2001, poursuit l’expert.
Selon lui, la demande de la Chine de voir son SÉM reconnu par ses partenaires vise un traitement juste dans les liens commerciaux, qui exprime une forte opposition au recours abusif aux mesures antidumping autant que l’expansion du commerce discriminatoire.
En 2004, les dirigeants chinois ont plusieurs fois réitéré leur demande.
Lors de sa rencontre avec le vice-président des États-Unis, Dick Cheney, en avril, le premier ministre Wen Jiabao a formellement soulevé la question de la Chine comme SÉM à part entière. Les États-Unis sont maintenant le plus grand partenaire commercial de la Chine.
Toujours
en avril, la Commission conjointe Chine-États-Unis sur le commerce a
décidé d’établir un groupe de travail pour débattre
de cette question, incluant les irrégularités entre la Chine et
les économies de marché normales, de même que des mesures
et méthodes administratives chinoises susceptibles de déranger
l’ordre du marché et le commerce bilatéral. Le département
du Commerce des États-Unis a annoncé le 3 mai qu’il tiendrait
une audience sur le SÉM de la Chine au début de juin et a demandé
au peuple de diffuser ses opinions et suggestions à cet effet.
À la fin d’avril, le ministre du Commerce d’Australie, Mark Vaile, a visité Beijing. En réponse à la demande de la Chine qu’on reconnaisse son SÉM, Vaile a dit à son homologue chinois, Bo Xilai, que l’Australie reconnaîtrait ce statut après une étude de faisabilité sur le libre commerce bilatéral.
La Chine est actuellement le troisième partenaire commercial de l’Australie. En octobre dernier, les deux gouvernements ont signé un projet de commerce et coopération économique durant la visite du président Hu Jintao en Australie. Dans ce cadre, on prévoyait terminer l’étude de faisabilité sur le libre commerce bilatéral en octobre 2005. Mais lors de son récent voyage à Beijing, Vaile a indiqué que le rapport serait terminé dès le premier semestre de l’année prochaine.
Le ministre a admis qu’il existe certaines controverses entre les deux parties au sujet du SÉM de la Chine, comme l’accès au marché, la transparence des mesures et la compétitivité. « Un consensus peut être atteint par les hauts dirigeants sur une base de confiance mutuelle », a noté Vaile.
Le ministre du Commerce de Chine a insisté, lors d’une conférence de presse le 27 avril, sur l’établissement par la Chine d’un système d’économie de marché après plus de 20 ans de réforme et d’ouverture. Après son adhésion à l’OMC, la Chine a remarquablement poursuivi son ouverture au monde extérieur et, sur cette base, demandé aux autres membres de lui accorder un traitement juste et égal. La plupart des pays ont posé des gestes encourageants, disait le conférencier, ajoutant que la Chine demeure optimiste en ce qui concerne sa reconnaissance de SÉM par l’Australie.
La Chine a aussi porté le sujet devant l’Union européenne. Le 16 avril, le président de la Commission européenne, Romano Prodi, a dit à Beijing que la direction générale de sa commission pour le commerce rendrait ses premières conclusions à la fin de juin 2004.
Selon Arancha Gonzalez, porte-parole du commissaire commercial de l’UE, Pascal Lamy, la Chine a fourni son premier rapport global sur son économie de marché à la demande de l’UE l’an dernier. Après un examen attentif de ce rapport, l’UE a encore élaboré une longue liste de questions, et demandé à la Chine d’y répondre.
« La réponse est un document très volumineux », a dit le porte-parole, promettant une réponse de l’UE après étude.
Un expert du ministère du Commerce de Chine a dit que le rapport chinois englobe tout ce que le l’UE demandait. Il est satisfaisant dans l’ensemble, ce qui ne veut pas dire qu’on soit satisfait du développement de l’économie de marché de la Chine.
Les résultats annoncés par Prodi avant le 30 juin seront-ils positifs ou négatifs? On se refuse à faire des prédictions. Des observateurs ont averti la Chine de garder son calme, persuadés qu’il y aura plusieurs éléments défavorables dans le processus. Un problème semblable se retrouve dans la décision de lever un embargo de quinze ans sur les armes contre la Chine, décision retardée par le manque d’unanimité interne.
Selon Lamy, ce n’est qu’après approbation du Conseil européen que les procédures antidumping taillées pour les pays à économie de marché seront appliquées à la Chine. La dimension du secteur étatique et le niveau d’intervention de l’État dans le marché seront examinés, surtout dans les domaines de la finance et de l’assurance. De plus, l’UE vérifiera si la Chine a strictement respecté la règle que les prix et les coûts des produits soient fixés par le marché. Si les conclusions de toutes ces études sont satisfaisantes, a dit Lamy, l’UE pourra convaincre ses membres que la Chine mérite le SÉM.
Des experts commerciaux chinois font remarquer que l’aspect technique achevé le 30 juin ne signifie pas une décision finale à cette date. La Commission européenne ne peut parler au nom du Conseil européen. Toutefois, si le rapport n’est pas décisif, il sera indicatif.
Premièrement, la reconnaissance par l’UE – un pilier dans l’arène économique mondiale – du SÉM de la Chine jouera un rôle exemplaire face aux États-Unis et à d’autres pays. Cela signifie que vingt ans de réforme et d’ouverture de la Chine commencent à être reconnus par les pays occidentaux développés.
Deuxièmement, la reconnaissance donnera un élan certain aux liens commerciaux de la Chine avec l’UE. Sur cette base, l’UE calculera plus correctement le coût de production en Chine et mènera les enquêtes concernant le dumping de la Chine de façon plus « transparente, pratique et juste ». Le climat d’affaires de la Chine s’améliorant, le commerce Chine-UE brillera davantage.
Le volume commercial sino-UE a touché 100 milliards d’euros l’an dernier, faisant de l’UE le deuxième partenaire commercial de la Chine. Depuis que, le 1er mai, les membres de l’UE sont passés de 15 à 25, l’UE est montée au premier rang.
Malheureusement, la Chine est aussi tombée victime des procès antidumping de l’UE, près d’une centaine depuis 1979, seconds par le nombre seulement aux investigations des États-Unis en la matière. Presque tous les domaines d’exportation Chine-UE sont couverts, une valeur de 4 milliards de USD.
Dans le Communiqué conjoint Chine-UE qui a suivi la visite du premier ministre Wen Jiabao au siège de l’UE à Bruxelles en mai, la partie chinoise a réitéré sa requête d’une solution rapide au problème de reconnaissance de son SÉM.
Le premier ministre Wen a insisté sur la place importante de la Chine dans le commerce extérieur, et dit que le SÉM de la Chine est bénéfique au développement des deux côtés. « J’ai confiance en une solution rapide parce que je crois que l’UE et la plupart de ses membres ont une attitude positive face à cette question », a dit Wen.
En réponse, le président Prodi a dit que le traitement du SÉM de la Chine est aussi un objectif de l’UE pour l’avantage mutuel, et confirmé qu’une première réponse, sans préjudice au résultat final, sera donnée à la Chine à la fin de juin.