POLITIQUE
Les relations internationales dans le temps
Les cinq principes de la coexistence pacifique promulgués il y a cinquante ans sont-ils encore d’actualité?
PAN TAO
Les
Cinq Principes de la coexistence pacifique constituent le noyau de la diplomatie
du gouvernement chinois. Depuis un demi-siècle, les dirigeants chinois
ont souvent rappelé les principes sur d’innombrables plates-forme,
les rendant ainsi familiers à la communauté internationale.
Dès juin cette année, le gouvernement chinois mène une série d’activités en l’honneur du 50e anniversaire des Cinq Principes. L’Institut de politique étrangère du peuple chinois tiendra un symposium 13 juin, auquel sont invités de hauts fonctionnaires étrangers et nationaux et d’éminents spécialistes pour discuter de la signification historique et actuelle des Cinq Principes de la coexistence pacifique.
À la fin de 1953, rencontrant la délégation de l’Inde venue discuter du problème du Tibet, le premier ministre Zhou Enlai avait proposé les Cinq Principes, qui seraient ensuite inscrits dans l’Accord entre la République populaire de Chine et la République de l’Inde sur le commerce et les échanges entre la région du Tibet de Chine et l’Inde. Par la suite, les principes ont connu quelques amendements et sont devenus ce qu’ils sont aujourd’hui : respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non-agression mutuelle, non-ingérence dans les affaires d’autrui, égalité et bénéfice mutuels, et coexistence pacifique. « Respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » est le cœur des Cinq Principes. « Non-agression mutuelle, non-ingérence dans les affaires d’autrui » visent à assurer la coexistence pacifique. « Égalité et bénéfice mutuels » est la condition de réalisation, et le dernier principe, la coexistence pacifique, est le but et l’inévitable résultat de l’application des Cinq Principes. Ces principes ont été formulés par le gouvernement de la Chine dans le but de traiter les relations avec des pays voisins dont le système social est différent du système chinois. Plus tard, ils sont devenus les normes de la Chine dans le développement de relations amicales et coopératives avec tous les autres pays du monde.
La proposition des principes démontrait la maturité diplomatique du gouvernement de la République populaire nouvellement établie, consciente que sur cette base, les relations d’État à État seraient plus stables et contribueraient au développement sain de la communauté internationale. Pendant cinquante ans, les Principes ont guidé la diplomatie chinoise et élevé son prestige international.
Aussi, les Principes ont-ils suscité la reconnaissance étendue du monde, surtout d’un grand nombre de pays en développement. Les Cinq Principes ont été inscrits dans plusieurs documents et accords internationaux, devenant la norme qui guide les relations internationales, et contribuant largement à la paix et au développement du monde.
Les Cinq Principes de coexistence pacifique sont aussi opportuns aujourd’hui qu’au moment de leur conception. Ils reflètent l’esprit de la Charte des Nations unies et guident les relations normales des pays autant qu’ils aident à résoudre les disputes. L’esprit de la Charte des Nations unies est présent dans les normes d’égalité, de souveraineté, de solution pacifique des disputes internationales et du non-recours mutuel à la force ou aux menaces de recours à la force, et la non-ingérence dans les affaires internes des autres pays. L’histoire a prouvé que des pays de différents systèmes sociaux, différentes valeurs et de différents niveaux de développement peuvent coopérer amicalement et se développement en commun s’ils suivent ces principes, sans quoi des affrontements et mêmes des conflits ne manqueraient d’apparaître.
Longue histoire
On
trouve des traces des Cinq Principes dans l’ancienne Chine. Durant la
période des Royaumes combattants (475-221 av. notre ère), le grand
philosophe chinois Confucius exprima le concept de « maintenir l’harmonie
malgré la différence » et de la « valeur de l’harmonie
», tandis que Mo Zi, un autre philosophe, proposa l’« amour
universel » et la « non-agression », qui ont été
absorbés par les dynasties chinoises subséquentes.
Le Cinq Principes sont en fait l’héritage et le résumé de ces grandes pensées. Maintenir ces principes basés sur l’essence de la tradition chinoise montre que la Chine est une grande puissance hautement civilisée. Les Principes correspondent à l’esprit démocratique des relations internationales contemporaines et aux intérêts fondamentaux des divers pays du monde. Depuis la fin de la guerre froide, la Chine, la Russie et la France ont respectivement insisté sur ces principes dans leurs déclarations bilatérales.
En fait, les Cinq Principes de coexistence pacifique sont devenus l’arme ultime des pays en développement dans leur lutte contre la politique du pouvoir et l’hégémonisme, jusqu’à aujourd’hui. Après la guerre froide, les Cinq Principes ont fait face à de nouveaux défis. L’hégémonisme et la politique du plus fort ont lancé les idées de « néo-ingérence » comme de « droits humains supérieurs à la souveraineté », de « souveraineté limitée » et de « souveraineté dépassée » pour faire obstacle aux principes de « respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » et de « non-ingérence mutuelle ». Parallèlement, le développement rapide de la mondialisation a entrainé de nombreux problèmes mondiaux sans précédent, avec des menaces à la sécurité traditionnelles entrecroisées aux menaces à la sécurité non traditionnelles, la montée pernicieuse du terrorisme, et l’élargissement de l’écart Sud-Nord. Il est clair que la « non-ingérence » influence les principes de coexistence pacifique.
Actuellement, la souveraineté d’un État est encore la pierre d’achoppement de la politique internationale et il est évident qu’un pays sans souveraineté ne peut protéger les droits humains de sa population. Comme la mondialisation a le plus grand impact sur les pays en développement, il est particulièrement urgent pour eux de sauvegarder leur souveraineté. La volonté de certains pays d’accorder la priorité aux droits humains sur la souveraineté repose sur leurs propres intérêts. Toutefois, de nouvelles menaces à l’humanité se répandent et il est essentiel que la communauté internationale travaille en étroite collaboration. Face aux désastres humains, plusieurs pays requièrent l’ingérence pour arrêter des atrocités. Mais cela ne veut pas dire qu’un pays soit prêt à accepter n’importe quelle force. Une telle interférence devrait avoir une base légale et être autorisée par les Nations unies, l’organisation gouvernementale de la plus haute instance au monde. L’ONU devrait formuler des critères stricts et des règles pour l’intervention.
Des principes convenant au monde moderne
Les
Cinq Principes, basés sur le respect de la souveraineté des États,
n’empêchent jamais les efforts conjoints pour maintenir la paix
mondiale et promouvoir la prospérité.
Il est évident que les Cinq Principes ont des caractéristiques d’ouverture et de tolérance. Le gouvernement chinois a essayé de les développer et de les enrichir pour qu’ils répondent aux besoins du monde en changement. Son appel à la diversité des cultures repose justement sur la théorie des Cinq Principes. Dans le monde actuel, les pays de différents systèmes sociaux et cultures, religions, niveaux de développement économique continueront de coexister encore longtemps.
Le diversité conduit au développement de la civilisation humaine, chaque culture apprenant d’une autre et toutes réalisant en commun le développement.
Le gouvernement chinois met aussi l’accent sur le multilatéralisme qui vise à sauvegarder et renforcer le rôle des Nations unies et ceci est justement une application des Cinq Principes dans de nouvelles circonstances. Dans les relations internationales actuelles, la lutte se poursuite entre unilatéralisme et multilatéralisme. Le second tend à promouvoir la démocratie dans les relations internationales, une façon efficace de traiter les menaces et défis mondiaux et régionaux. Les pays doivent sauvegarder activement l’autorité des Nations unies dans les affaires internationales. Le problème de l’Irak prouve encore une fois que l’espoir d’un monde en paix repose sur les Nations unies hautement efficaces, unifiées et fortes.
Le « nouveau concept de sécurité » que le gouvernement chinois prône ces dernières années est un complément significatif des Cinq Principes dans le domaine de la sécurité internationale. Il a été proposé pour faire face aux menaces non traditionnelles à la sécurité comme le terrorisme, la pollution de l’environnement et les crises économiques autant que pour traiter les menaces traditionnelles comme les disputes territoriales et les affrontements nationaux. Il repose sur la confiance mutuelle, les avantages réciproques, l’égalité et la coopération et son but est de créer un environnement international stable et pacifique. Selon de tels principes, les organisations régionales et non gouvernementales peuvent jouer un rôle important dans le maintien de la paix régionale et mondiale.
Dans le cadre de la mondialisation, le gouvernement chinois a récemment proposé un concept de développement scientifique orienté vers l’humain, concept résultant de l’évolution du principe d’égalité et d’avantages mutuels. L’élargissement de l’écart entre les riches et les pauvres et le déséquilibre du développement économique sont actuellement la source de diverses menaces. Seulement quand on aura réalisé le développement soutenu et coordonné dans les divers pays pourra-t-on prétendra à l’ordre économique et la mondialisation économique juste au bénéfice du monde entier.