La Chine : réduction de l’exportation de coke

La réduction du coke en stock et la stratégie de développement soutenu demandent au gouvernement chinois d’évaluer de nouveau les conséquences de la pollution grave et de la haute consommation de ressources énergétiques non-renouvelables.

LAN XINZHEN

Le Shanxi est la province la plus polluante.
Photo Lü Xiaoyu

Le 24 mai, le ministère des Finances et l’Administration nationale des affaires fiscales ont lancé conjointement une circulaire d’urgence demandant de cesser le remboursement des droits de douane concernant la taxe sur la valeur ajoutée du coke, du semi-coke et du charbon à coke exportés. Il s’agit d’une nouvelle mesure du gouvernement chinois pour réduire l’exportation du coke.

Au début de cette année, la Chine a diminué le quota d’exportation à 9 millions de tonnes au lieu de 12 millions en 2003, soit une réduction de plus de 26 % ; et le taux de restitution d’impôt à l’exportation est passé de 15 % à 5 %. De janvier à février, la Chine a exporté 1,45 million de t de coke, soit une diminution de 49 % par rapport à la même période de l’année précédente.

La Chine exporte son coke vers 51 pays et régions, au premier rang du monde. Le volume de ses exportations a augmenté de plus de 600 t en 1986 à 14,72 millions en 2003, ce dernier chiffre représentant 60 % du total des exportations mondiales. Environ 80 % des importations de coke de l’Inde, de l’Italie, de l’Allemagne et du Brésil venaient de la Chine.

Pourquoi la réduction

« La limitation de l’exportation de coke est une mesure prise par la Chine pour faire face à l’insuffisance d’approvisionnement en énergie et exercer un contrôle macro-économique », a dit Zhao Jinping, chef adjoint du département de commerce extérieur du Centre de recherches sur le développement du Conseil des affaires d’État.

Avec le développement de l’économie, l’approvisionnement en énergie tend à l’insuffisance ces deux dernières années en Chine. En 2003, le stock de charbon du pays a diminué dans de fortes proportions jusqu’à percer la ligne de sûreté (100 millions de t) pour atteindre 98 millions de t à la fin d’avril dernier, soit une réduction de 23,15 millions de t (-20 %) par rapport à la même période de 2003. Il s’agit du plus petit stock depuis 20 ans.

En tant que grand pays producteur de charbon, la Chine a produit, au cours des quatre premiers mois de cette année, 530 millions de t de charbon brut, soit une augmentation de 80,01 millions de t (+17,8 %). Malgré la production élevée, elle ne peut pas satisfaire à la demande croissante de la consommation.

En été de 2003, le réseau électrique de la Chine de l’Est a connu une insuffisance, de sorte que dans certaines régions du Zhejiang, du Jiangsu et de Shanghai, l’alimentation en électricité a été restreinte. On prévoit que cette année ces provinces et ville manqueront d’au moins 7 millions de kW.

Ainsi, le prix du charbon destiné à la production d’électricité a-t-il grimpé d’environ 10 % pendant le premier trimestre par rapport à la même période de l’année précédente.

Ces deux dernières années, l’accroissement rapide de la production d’acier a entraîné l’augmentation de la consommation de coke. Selon les données publiées le 26 avril par l’Association de l’industrie de l’acier et du fer de Chine, en 2003, on a investi 142,7 milliards de yuans dans l’industrie de l’acier et du fer, soit 96,6 % de plus qu’en 2002 ; le premier trimestre de cette année a connu un investissement de 3,5 milliards de yuans, une augmentation de 107,2 % par rapport à la même période de l'année dernière. On prévoit que cette année la Chine aura besoin de plus de 150 millions de t de coke.

Les données de l’Association de l’industrie du coke de Chine montrent que la production globale du pays en 2003 a atteint 138,79 millions de t, dont 14,72 millions de t pour l’exportation. Du fait d’une exportation importante, le coke sur le marché intérieur du pays est « plus cher que l’or ». Actuellement, son prix a atteint 1 300 yuans la tonne contre 300 il y a deux ans.

À cause de la réduction du stock, en 2003, des cokeries ont été obligées d’importer plus de 2 millions de t de charbon brut destiné à la cokéfaction à un prix plus élevé que celui du marché intérieur. L'Association de l'industrie de l'acier et du fer de Chine prévoit qu’en 2004, la Chine devra importer environ 8 millions de t de charbon du genre, ce qui force le pays à réduire l’exportation.

« Le développement économique rapide nécessite une énergie suffisante. La Chine est incapable de satisfaire la demande des autres pays si l’approvisionnement en charbon est insuffisant dans le pays », dit Zhao Jinping.

La protection de l’environnement

La stratégie de développement soutenu est une autre cause importante de la réduction de l’exportation de coke. Le gouvernement chinois est conscient que tout en développant l’économie, on a aussi porté atteinte à l’environnement, et qu’il faut donc restructurer les entreprises à haute consommation d’énergie et à haut degré de pollution.

En 2003, le prix FAB du coke exporté a monté de 85 USD la tonne à 400 USD et celui du coke métallurgique a même atteint 630 USD. Une hausse si rapide a vivement stimulé la production du coke et l’investissement dans cette industrie.

À la fin de février 2004, la Chine comptait plus de 700 cokeries d’une certaine envergure et plus de 1 900 fours à coke de diverses dimensions, dont la capacité de production totale dépasse 178 millions de t. Rien qu’au Shanxi, la capacité de production annuelle nouvellement augmentée depuis 2003 a atteint environ 20 millions de t, sans compter celle des nouveaux petits fours. Actuellement, 78 fours à coke d’une capacité annuelle totale de 31,47 millions de t sont en construction et 55 d’une capacité de 27,3 millions de t sont projetés d’ici 2006.

Cependant, le problème de pollution se pose pour les gouvernements et les habitants. La poussière, l’oxyde de carbone et les gaz toxiques engendrés par la cokéfaction ont causé des maladies dont le cancer et la difformité du corps humain ; le goudron de houille et les eaux usées évacuées contiennent des matières toxiques et polluent la nappe d’eau souterraine ; et le bioxyde de carbone entraîne des « pluies acides » qui causent au moins 110 milliards de yuans de dommages chaque année.

La province du Shanxi est un grand producteur du charbon et sa production de coke est au premier rang national. L’exportation de coke du Shanxi représente 80 % de celle du pays et 48 % du commerce de coke du monde. Mais le Shanxi est aussi la province la plus polluante.

« Il faut donc restreindre le développement de l’industrie du coke et l’exportation », a indiqué Zhang Lianlian, chercheur à l’Institut d’économie énergétique relevant de l’Académie des sciences sociales du Shanxi.

Le gouvernement du Shanxi a décidé de fermer toutes les cokeries qui produisent par les moyens du bord. Parmi ces 1 500 cokeries, seules 221 sont mécanisées avec une capacité de production de 29,8 millions de t ; les autres ont des conditions de production rudimentaires et causent une très grave pollution.

Les pays de l’Union européenne, compte tenu de la protection de l’environnement, ont fermé ces dernières années un grand nombre d’entreprises de production de coke. La France a même fermé tous ses mines de charbon et importe le charbon et le coke dont elle a besoin.

Les gens du milieu ont indiqué que le fait que les pays développés importent en quantité du coke de la Chine signifie dans un sens le rejet de la pollution sur la Chine. Quant à la Chine, tout en vendant son coke, elle perd ses ressources non-renouvelables, la qualité de l’environnement et la santé du peuple.

Différend entre la Chine et l’UE

Le 28 mai, l’UE et la Chine ont conclu un accord au sujet du commerce de coke selon lequel la Chine exportera au moins 4,5 millions de t de coke à l’UE en 2004. Cet accord a permis d’apaiser le différend entre la Chine et l’UE sur le commerce du coke, qui a eu lieu au début de l’année.

Que la Chine ait réduit son quota d’exportation de coke depuis le début de l’année a fait apparaître une atmosphère tendue sur le marché international du coke et surtout une crainte des pays de l’UE qui importent depuis toujours du coke chinois.

Le 31 mars, Pascal Lamy, commissaire commercial de l’UE, a déclaré, dans sa lettre adressée à Bo Xilai, ministre du Commerce de Chine, que si la Chine ne lève pas les limites d’exportation du coke, l’UE présentera une requête à l’OMC.

Romano Prodi, président de l’UE, a demandé au premier ministre Wen Jiabao, lors de sa visite en Chine du 13 au 16 avril, de supprimer le plus tôt possible les limites d’exportation du coke.

Le 9 mai, l’UE a adressé une sommation à la Chine demandant de résoudre ce problème dans les cinq jours.

Le coke est indispensable à l’industrie sidérurgique. Le fait que la Chine, principal fournisseur de coke à l’UE, diminue l’exportation est une question vitale pour l’UE qui compte sur l’importation, d’où sa si vive réaction.

D’après Zhao Jinping, la protection appropriée des ressources est courante dans tous les pays. L’Australie aurait aussi l’intention de limiter ses exportations de coke. « L’application du quota d’exportation du coke par la Chine ne vise pas un certain pays ou une région particulière mais tous les pays du monde. Sous le contrôle d’ensemble par l’État, les entreprises décident elles-mêmes à quels pays et en quelle quantité elles exporteront leur coke », a dit Zhao.

Long Guoqiang, économiste, estime que l’application du quota d’exportation du coke est inévitable et efficace. Si le gouvernement chinois lève immédiatement le quota selon la demande de l’UE, cela causera probablement une chute rapide du prix du coke, une concurrence désordonnée, une anomalie de production et une pollution plus grave de l’environnement. « La meilleure solution est d’exporter de façon mesurée dans le cadre de la licence d’exportation. Cela favorisera non seulement le maintien de l’équilibre commercial des marchés national et international du coke et la stabilité de l’ordre commercial, mais aussi le développement sain et stable du commerce extérieur de la Chine », a-t-il dit.