SOCIÉTÉ
Limiter les milliards
Le 11 juillet est la 15e Journée mondiale de la Population. Chaque année autour de cette date, tous les pays organisent diverses activités pour attirer l’attention populaire sur les problèmes mondiaux de la population. La Chine, avec 1,293 milliard d’habitants ou 21 % du total du globe, est le pays le plus peuplé du monde. La croissance rapide de la population a été efficacement maîtrisée grâce à l’application du programme de planification familiale depuis les années 1970. Les mesures de contrôle ont permis à la Chine d’atteindre la population de 1,1 milliard quatre ans plus tard que prévu, retardant de trois ans le nombre de 3 milliards pour l’Asie et de deux ans le nombre de 5 milliards d’habitants dans le monde. Selon les critères internationaux, la Chine est maintenant un pays à bas taux de natalité.
LI ZI
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| La Chine est le pays le plus peuplé du globe, ce
qui accentue les contradictions entre les ressources et l'environnement.
Il est donc essentiel de limiter l'augmentation du nombre. Photo: Dong Xuming |
Malgré l’efficacité, il existe des contradictions graves entre la planification et l’application, et le contrôle de la croissance de la population cause de grands soucis.
Quand Chen Guifang, une travailleuse mise à pied de l’arrondissement Pinggu de Beijing, a pensé à cultiver des fleurs comme gagne-pain, elle n’avait aucune idée de la tournure des événements. C’était un rêve, mais il lui manquait l’élément le plus important : l’argent. Apprenant cette nouvelle, et après une enquête approfondie, l’Association de planification familiale locale lui a offert 10 000 yuans (1 208 USD) comme fonds de départ pour l’aider à trouver un expert comme guide technique. Chen, très heureuse, n’avait pas besoin de plus d’encouragement et elle s’est jetée immédiatement dans l’action. Un an plus tard, elle avait gagné 40 000 yuans de sa culture de fleurs, et l’an dernier, 60 000 (7 246 USD). Chen est maintenant une des femmes les plus fortunées de son village.
Il y a environ 5 000 foyers comme celui de Chen dans la lointaine banlieue de Beijing, qui se sont enrichis depuis que la municipalité a mis sur pied le programme d’allègement de la pauvreté qui récompense les familles à enfant unique en offrant des prêts à celles qui adhèrent à la mesure gouvernementale d’« un enfant par famille » pour se lancer en affaires. Cette mesure a été bien reçue. Au cours des deux dernières années, 50 millions de yuans (6,2 millions de USD) ont été prêtés et 80 % des familles à bas revenu en ont bénéficié, secouant les chaînes de la pauvreté la même année.
En juin, la province du Yunnan a mis sur pied un projet semblable qui comprend récompenses, traitements de faveur, exemptions et subventions. Les récompenses sont de 1 000 yuans aux couples ruraux qui détiennent un certificat d’enfant unique. Le traitement de faveur consiste à accorder la priorité aux enfants ruraux uniques lors de leur inscription à l’école. L’exemption signifie la gratuité des manuels, effets scolaires et autres frais pour les enfants uniques durant leur période de scolarité obligatoire. Les subventions vont aux parents d’un enfant unique pour leur vieillesse, chaque année, de l’âge de 60 ans à leur décès.
Le Yunnan a ainsi changé l’ancienne méthode
de punition en respect total des droits légaux des fermiers, et aboutit
finalement à un style de vie amélioré pour les bénéficiaires.
Politique nationale de base
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La région autonome zhuang du
Guangxi a efficacement popularisé le contrôle des naissances
ces dernières années, obtenant un taux de naissance et de
croissance de la population plus bas que la moyenne nationale. Photo: Chen Ruihua |
Après la fondation de la Nouvelle Chine en 1949, on croyait à tort que plus un pays était peuplé, plus il était fort, ce qui a fait augmenter rapidement la population. Dans les premières années de la République populaire, la Chine avait une population de 548 millions. Pendant les vingt ans suivants, les naissances annuelles sont restées supérieures à 20 millions, une croissance moyenne annuelle de 2 %, avec plusieurs années à 2,5 %. Ces chiffres non seulement étaient plus hauts que la moyenne mondiale, mais ils dépassaient ceux de certains pays et régions en développement.
En tant que pays très peuplé, la Chine manque de ressources naturelles, et sa base économique et technologique est encore faible. Les calamités naturelles sont fréquentes. La rapide croissance économique et l’urbanisation accélérée ont entraîné une lourde pression sur les ressources naturelles et sur l’environnement. Bien que l’étendue terrestre du pays soit au 3e rang du monde, la terre arable par personne est inférieure à la moitié de la moyenne mondiale à cause de l’énorme population. Quelque 666 localités ont passé la ligne d’alerte de 0,053 ha de terre arable par personne établie par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Les autres ressources, comme l’eau douce, la forêt et la prairie, par habitant, sont le quart, le sixième et la moitié de la moyenne mondiale respectivement. Avec la croissance de population et le développement économique, les contradictions entre les ressources et l’environnement deviennent plus aiguës. Par conséquent, c’est une tâche urgente pour la Chine de limiter sa population totale.
Depuis les années 1970, la Chine a implanté la planification familiale qui est devenue une mesure fondamentale de l’État. L’expérience prouve que cette mesure est correcte : elle a ralenti la croissance de la population. À la fin des années 1990, la population et la planification sont entrées dans une nouvelle période stable de bas niveau de croissance, réalisant l’objectif de maintenir la population à moins de 1,3 milliard à la fin du XXe siècle.
Une recherche a montré que durant les 28 ans de 1971 à 1998, quelque 338 millions de naissances ont été évitées en raison de la planification familiale. En 1971, les femmes de Chine avaient un taux de parturition de 5,44 enfants. Si l’on n’était pas intervenu, la population du pays aurait atteint 1,845 milliard en 1998. Mais la Chine l’a limitée à 1,248 milliard.
Le rapport de recherche indique que dans la période 1971-1998, la population réduite a fait épargner aux familles 6,4 billions de yuans (7 730 milliards de USD) en frais de support des enfants et à l’État, 1 billion de yuans. Le total de 7,4 billions de yuans est près du PIB national de 1997.
Un représentant du Bureau national des statistiques a dit que le contrôle de la population a joué un rôle important dans la promotion de l’économie et le progrès social du pays, et haussé le niveau de vie du peuple, pavé la voie au développement soutenu, coordonné et général du pays, et contribué largement à alléger le poids de la population en croissance rapide sur le monde.
Une tâche difficile
Malgré trente années de planification familiale en Chine et d’énormes succès, il est très difficile de mener à bien cette politique.
Dans les régions rurales, le concept traditionnel de perpétuer des racines familiales en mettant au monde des garçons a longtemps regroupé les fermiers. Cela veut dire que si un couple a une fille comme premier enfant, il continuera de mettre au monde des enfants jusqu’à ce qu’arrive un garçon. Non seulement cette idée rend difficile l’application de la planification familiale mais cause la pauvreté de plusieurs familles.
Ces dernières années, grâce au développement économique et l’amélioration de la politique de planification familiale et l’application de mesures préférentielles, plusieurs fermiers à l’aise ont changé leur point de vue et commencé à appliquer consciencieusement la règle. La croissance de la population rurale est donc sous contrôle.
Toutefois, à mesure que l’économie croît, de nouveaux problèmes apparaissent. Des personnes riches des villes ont commencé à avoir davantage d’enfants. À Shanghai, certains pensent qu’avoir un enfant de plus que les autres est un symbole de haut statut, tout comme avoir une voiture dernier cri ou une résidence de luxe.
À la fin de l’année dernière, la rumeur courait à Shanghai que la politique de l’enfant unique serait abolie et que les couples pourraient avoir un second enfant. Plusieurs jeunes ménages commencèrent donc à se préparer pour une deuxième naissance. En fait, pour certains jeunes riches, un deuxième enfant est devenu un secret de Polichinelle. Les entrepreneurs de la ville, les propriétaires d’entreprises privées et des étudiants revenus de l’étranger de milieux à l’aise ont planifié avoir un deuxième et même un troisième enfant en assumant les amendes imposées par le gouvernement, ou d’aller à l’étranger donner naissance.
Au début de l’année, un sondage a montré que parmi les jeunes hommes et femmes de Shanghai, ceux qui avaient un haut niveau d’instruction et un bon revenu étaient très intéressés à avoir un second enfant. À Beijing, Guangzhou, Wuhan, Xi’an et dans d’autres villes, les cols blancs qui désirent un deuxième enfant dépassent de 34,6 % ceux qui n’en veulent qu’un.
Un sondage mené par le China Youth Daily montre que près de 80 % des détenteurs d’un doctorat ou d’une maîtrise à l’Académie des sciences de Chine et l’Académie est sciences sociales de Chine pensent qu’il est relativement correct pour un couple d’avoir deux enfants.
Les responsables de la planification familiale en Chine imposent des sanctions administratives et économiques à ceux qui excèdent le quota de naissances fixé. Les punitions administratives consistent à perdre son poste ou être dégradé et par le fait même voir son salaire réduit, et les sanctions économiques, à devoir payer un grosse somme comme « frais de soutien social », selon le montant décidé par les autorités locales. À Shanghai par exemple, le montant est basé sur le revenu en liquide moyen par personne de l’année précédant la naissance de l’enfant, puis multiplié par trois.
Dans ce cas, le revenu des habitants de Shanghai était en moyenne de 14 867 yuans en 2003, ce qui porte le « soutien social » payé par les parents d’un second enfant à environ 40 000 yuans en 2004. C’est une forte somme pour les familles à revenu moyen. De plus, les parents font face à des frais d’éducation plus élevés pour leur enfant « supplémentaire ». Ainsi, alors que les familles non fortunées ne peuvent se permettre d’avoir un enfant de plus, l’amende n’a aucun effet sur les entrepreneurs privés et d’autres personnes de la « nouvelle classe riche ».
Dans ces conditions, la tâche de planification familiale sera encore longue et ardue.
Nouveau problème de population
Même si la Chine pouvait crier victoire pour ses efforts de contrôle de la population dans les années 1990, des problèmes relatifs se sont aggravés, a dit Zhai Zhenwu, directeur de l’Institut de recherche sur la population de l’université Renmin de Chine.
Les experts croient généralement que le vieillissement de la population, la proportion des sexes, le déclin de la qualité de la population et la population flottante constituent les problèmes principaux.
Zhang Weiqing, directeur de la Commission nationale de la population et de la planification familiale, a dit que l’environnement au pays et dans le monde subit des changements radicaux. De plus, avec l’éveil des masses et leurs nouvelles exigences, la Chine fait face à neuf contradictions et à des problèmes d’application de son programme de planification familiale.
1. Le bas taux de naissance demeure instable. La marge est encore grande entre la politique actuelle de contrôle des naissances et le désir d’avoir plus d’enfants. Le souci général face aux problèmes de population est mince, et autant les conseils que les sanctions administratives sont relativement faibles.
2. La population continue d’augmenter. Dans les deux prochaines décennies, la population chinoise connaîtra une augmentation nette de 10 millions. Selon le taux moyen de fertilité de 1,8, le taux de croissance zéro n’apparaîtra qu’une fois que la population aura atteint 1,486 milliard en 2034. Toutefois, en faisant un calcul plus complexe qui tient compte de certains facteurs flexibles et selon un taux de fertilité de 2 %, la population de la Chine atteindra 1,557 milliard en 2043, point du zéro de croissance. C’est une augmentation de 300 millions à partir d’aujourd’hui.
3. La qualité générale de la population est basse. Actuellement 4 à 6 % des bébés qui naissent chaque année ont des tares, soit entre 800 000 et 1,2 million. Des 60 millions de personnes handicapées du pays, 12 millions sont mentalement déficientes. Environ 60 millions affectées de maladies régionales sont réparties dans les 1 800 districts ou villes du pays. De plus, il existe des problèmes évidents dans la santé générale physique et mentale, l’éducation et l’éthique. Pour le développement humain, la Chine se classe au 140e rang du monde, et est donc un pays à bas niveau de ressources humaines.
4. Les contradictions dans la structure de la population sont graves. La disproportion des sexes continue d’augmenter. Dans le groupe d’âge 0 à 9, il y a 12,77 millions de garçons de plus que de filles. Des problèmes sociaux éclateront si la tendance se poursuit. Le vieillissement de la population s’accentue. Les citoyens de plus de 65 ans représenteront 11,8 % de la population totale du pays en 2020 et 25 % au milieu du siècle. Notamment, la proportion de personnes âgées dans les régions rurales est plus élevée que dans les régions urbaines. En général, les pays développés entrent dans la « société grisonnante » quand leur PIB par personne atteint 10 000 USD, mais la Chine y est entrée avec un PIB de moins de 1 000 USD. Il en résulte que les soins de santé et la sécurité sociale des citoyens chinois âgés fait face à un défi crucial.
5. La pression de l’emploi est lourde. En 2020, la population en âge de travailler dépassera 900 millions, 300 millions de plus que la force de travail totale des pays développés. La force de travail urbaine s’accroîtra de près de 10 millions de personnes par année, et le surplus de main-d’œuvre rurale dépassera 200 millions. L’énorme population et la population flottante désordonnée créeront une grave situation de chômage et des problèmes d’administration sociale.
6. Les systèmes de santé publique et de prévention des épidémies sont faibles. Quelque 80 % des ressources de santé et des soins médicaux de la Chine sont concentrés dans les villes. La dépense rurale par personne pour la prévention des maladies et les soins de santé n’était que de 12 yuans (1,4 USD) en 2000. Environ 300 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Plus de 100 millions de personnes ne disposent pas de services médicaux opportuns. Il y a quelque 120 millions de porteurs du virus de l’hépatite B. Le sida se répand rapidement, et 80 % des personnes affectées vivent dans les campagnes. Il y a donc un grand danger d’épidémie de sida et de VIH.
7. Un nouveau type de groupe désavantagé prend forme. Les premiers parents à avoir appliqué la planification familiale sont maintenant âgés. Le manque de système de sécurité sociale signifie que les enfants uniques seront éprouvés, car ils devront subvenir aux besoins de leurs parents sans sécurité sociale.
8. Les contradictions entre la population, les ressources naturelles et l’environnement sont encore considérables. La population chinoise approche la limite admissible d'exploitation de son environnement naturel. L’énorme population exercera une très grande pression sur les ressources et sur l’environnement dans les prochaines décennies.
9. La dépense pour le développement de la famille et de la population est limitée. Il existe un énorme manque de fonds pour les masses et la planification familiale, ce qui affecte l’application générale de la réduction, de l'annulation et de la conversion des frais en impôts. L’action au sein des masses et le réseau de service qui date d’une vingtaine d’années sont en situation difficile dans plusieurs endroits, particulièrement dans les régions pauvres.
La politique de planification familiale demeure inchangée
Yu Xuejun, directeur du Département des mesures et décrets relevant de la Commission nationale de la population et de la planification familiale, a dit que la politique de planification familiale n’a pas changé. Suivant leur développement socio-économique et l’état de leur population, les localités ont ajusté les Règles de planification familiale.
Selon Yu, à la fin de 2001, le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, a approuvé la Loi de la République populaire de Chine sur la population et la planification familiale, qui est entrée en vigueur le 1er septembre 2002. Tous les règlements locaux doivent se conformer à la loi. La politique de planification familiale reste fondamentalement inchangée.
Bien sûr, a ajouté Yu, le plus bas taux de fertilité n’est pas nécessairement le meilleur dans un pays ou une région. Les mesures de contrôle des naissances de la Chine devraient être soutenues par la loi du développement naturel, et ajustées selon la loi qui gouverne le développement social. Toutefois, on ne devrait pas faire de changements à l’étape actuelle. Nous devons conserver la politique de planification familiale actuelle et stabiliser le bas taux de fertilité, a conclu Yu.