ÉCONOMIE

Baisse du seuil au marché pour les banques étrangères

De l’ouverture des opérations en devises étrangères pour les Chinois à l’offre de services en yuans aux entreprises chinoises, de l’augmentation du nombre de villes ouvertes au traitement égal entre les banques étrangères et leurs rivales chinoises, la Chine réalise constamment ses engagements envers l’OMC concernant l’ouverture du secteur bancaire à l’étranger.

LAN XINZHEN

Ke Qinghui semble joyeux ; il a un sourire brillant lorsqu’il accorde une interview, bien différent du moment où il venait d’assumer les fonctions de directeur général de la Shanghai & Hongkong Banking Corporation (Chine). Il avait alors une expression sérieuse du fait de son souci de l’avenir du marché.

Ke doit son sourire aux « Mesures d’application détaillées concernant les Règlements sur la gestion des institutions financières à capitaux étrangers », qui viennent d’entrer en vigueur le 1er septembre. Il est plein de confiance dans les opérations sur le territoire chinois car le document a assoupli les normes d’accès des banques étrangères au marché chinois et augmenté l’efficacité d’examen de ces banques.

Ke est confiant de maintenir le statut de sa compagnie comme « la plus grande banque à capitaux étrangers à l'intérieur de la Chine ». « Pour la prochaine étape, la Shanghai and Hongkong Banking Corporation (SHBC) vise à structurer ses institutions et à réaliser une extension en réseau », a expliqué Ke Qinghui.

Trois points favorables

Ke Qinghui estime que le document est favorable à sa banque sur trois points.

Premièrement, on a supprimé l’intervalle entre l’établissement de deux succursales. Autrefois, les banques étrangères ne pouvaient ouvrir qu'une seule succursale par an en Chine. Maintenant, elles sont libres de tisser leur réseau de points d’affaires.

Avant la fin de cette année, la succursale de Suzhou de la SHBC sera ouverte et celle de Dongguan devrait suivre de près. En plus, les bureaux de représentation à Chongqing et à Chengdu seront transformés en succursale.

Les statistiques de la Commission de supervision bancaire de Chine (CSBC) montrent que 62 banques de 19 pays et unités territoriales ont instauré 191 institutions commerciales en Chine. Avec la suppression de l’intervalle, le nombre de succursales s’accroîtra rapidement.

Deuxièmement, le document a abaissé le seuil du fonds de roulement requis des institutions financières étrangères. Le montant minimal des opérations en yuans destinées aux entreprises et aux citoyens chinois est passé respectivement de 400 millions et 600 millions de yuans à 300 millions et 500 millions.

Les opérations en yuans ont toujours été au centre de la dispute des banques étrangères. Actuellement, plus de 100 banques étrangères, soit la majorité des institutions financières à but lucratif établies en Chine, sont autorisées à fournir des services en yuans aux entreprises et citoyens chinois. À la fin de juin 2004, les avoirs en yuans des banques étrangères en Chine totalisaient 84,4 milliards de yuans, soit une augmentation de 49 % en un an.

En décembre 2001, pour la première fois, la Chine a ouvert les services en yuans de quatre villes - Shenzhen, Shanghai, Dalian et Tianjin - à des banques étrangères. En décembre 2002, cinq autres villes - Guangzhou, Zhuhai, Qingdao, Nanjing et Wuhan - ont été ouvertes et en novembre 2003, selon l’accord signé par la Chine et l’OMC, les services en yuans se sont étendus à Jinan, Fuzhou, Chengdu et Chongqing. Le 11 décembre prochain, Beijing, Kunming et Xiamen seront ouvertes aux banques étrangères en matière d’opérations en yuans. En 2006, toutes les restrictions seront supprimées. Jusqu’ici, la plupart des 22 succursales bancaires étrangères ouvertes à Beijing ont exprimé, auprès du Bureau de supervision bancaire de la ville, leur intention de se lancer dans les opérations en yuans.

Selon un fonctionnaire de la CSBC, avec l’augmentation du nombre d’institutions et de villes autorisées à fournir des services en yuans, la clientèle des banques étrangères croîtra rapidement.

Troisièmement, on a simplifié les procédures d’examen.

Conformément aux mesures précédentes, en cas de demande de créer une institution à personne morale à capitaux étrangers ou une succursale d’une banque étrangère, le demandeur devait déposer le dossier à l’agence désignée par la CSBC dans la ville concernée où sera créée l’institution ou la succursale ; cette agence était chargée de soumettre le dossier par hiérarchie, jusqu’à la CSBC. Maintenant, le demandeur peut déposer le dossier directement à la CSBC et une copie à la compétence administrative de la ville.

D’autres demandes, comme la mise en service et l’élargissement des opérations en yuans, le réglage des champs de services, l’établissement d’une succursale, l’amendement des statuts d’une institution à personne morale à capitaux étrangers, le retrait du marché, etc., ont été aussi simplifiées.

La vérification de la qualification du personnel de haut rang est confiée par la CSBC au bureau de supervision bancaire de la ville.

Les banques chinoises restent calmes

Les banques chinoises se sont comportées calmement devant la baisse du seuil au marché pour les banques étrangères. « Personnellement, je suis optimiste pour la perspective de développement des banques chinoises après l’entrée des rivaux étrangers, a dit Sang Yongsong, de la succursale de Beijing de la Banque de développement de Pudong, à Shanghai, car leurs opérations sont plutôt haut de gamme en plus de la consultation réservée aux individus, et leur clientèle est constituée des transnationales de grande taille, de certaines entreprises chinoises au niveau central classées parmi les 500 puissances du monde, tandis que la croissance des profits des banques intérieures ne consistent pas en ces points. »

Il y a trois ans, lors de l’ouverture du secteur bancaire, le milieu chinois a crié « Au loup ! », puis les activités des banques étrangères se sont déroulées sous le regard effrayé du banquiers chinois.

Si cette fois, les Chinois sont plus calmes, c’est parce qu’ils trouvent qu’après trois ans, le loup n’est pas aussi puissant qu’ils l’avaient imaginé.

Selon Li Jiyu, les banques étrangères présentent plusieurs défauts, comme le faible nombre de sites d’opération, qui est loin derrière les banques chinoises, écart que les banques étrangères ne sauraient rattraper en peu de temps. En plus, les banques intérieures vivent principalement des écarts des taux d’intérêt entre les épargnes et les crédits, tandis que les banques étrangères tendent de plus en plus à acquérir des revenus à partir de frais de service assez élevés ; actuellement, les services de dépôt et de crédit dans les banques chinoises sont en général gratuits. Ces défauts des banques étrangères restreignent leur développement en Chine.

En réalité, les banques étrangères subissent des limites de contrôle, par exemple, l’origine du yuan. Selon les stipulations, les banques étrangères ne peuvent pas détenir une dette en yuans supérieure à 50 % de leur dette en devises étrangères. Cela veut dire qu’il leur sera difficile de résoudre le problème de manque de yuans au moyen d’absorption de dépôts en monnaie chinoise.

Or, Zhang Zhuoyuan, professeur à l’Académie des sciences sociales de Chine, estime que les « Mesures d’application détaillées concernant les Règlements sur la gestion des institutions financières à capitaux étrangers » permettront aux banques étrangères de remédier à leurs défauts. « Le document tire la ficelle du rideau sur une guerre entre les banques chinoises et étrangères. Mais leur concurrence complète viendra peut-être en 2006, où les services en yuans seront totalement ouverts aux institutions étrangères », a résumé le professeur Zhang.

Les banques étrangères implantées en Chine ne visent pas leurs profits temporaires, mais elles sont attirées par la perspective du marché financier chinois fort séduisante. C’est pourquoi on croit qu’elles n’abandonneront pas le marché chinois. D’ailleurs, le 11 décembre 2006 n’est pas loin.

La surveillance des banques étrangères

Avec l’ouverture des opérations en yuans et des régions chinoises aux banques étrangères, de plus en plus d’économistes et d’experts chinois appellent à prendre en considération la surveillance.

Actuellement, le montant des avoirs des banques étrangères représente 1,4 % du total de l’industrie bancaire chinoise. On estime dans le milieu que dans les quinze ans à venir, le pourcentage dépassera 30 %. Le Pr. Tang Lingxiao, de l’Université polytechnique de Changsha, croit urgent de renforcer la surveillance sur l’accès au marché financier chinois.

Selon Tang, pour le moment, la Chine doit construire un système scientifique des indices d’accès au marché. « Le point clé de la surveillance sur l’accès au marché consiste à évaluer exactement l’état de risque des banques étrangères. Quand la Chine examine une banque étrangère, elle porte plus d'attention aux conditions quantitatives, comme le montant du capital et des avoirs, mais néglige le côté non quantitatif, comme le mécanisme de contrôle intérieur et le niveau de gestion. Du fait qu’elle manque d’indices scientifiques pour juger l’état de risque des banques étrangères, l’autorisation d’implantation donnée à une banque étrangère semble subjective, arbitraire et non transparente. C’est pourquoi il est très important de construire un système d’indices scientifiques concernant les conditions d’accès au marché », a dit le Pr. Tang.

Tang croit qu’il faut évaluer généralement les facteurs qui pourraient influencer le degré du risque d’une banque étrangère, tels que la qualité des responsables, la suffisance du capital, le montant des avoirs, le système de contrôle du pays d’origine du siège de la banque, et l'existence d'un système d’assurance des dépôts bancaires dans le pays d’origine. Puis, on classe les banques selon l’ordre des risques et accorde un traitement d’entrée à celles qui présentent le moins de risques.

Han Fulin, directeur adjoint de l’Institut de recherche sur les valeurs boursières de l’université centrale de Finance et d'Économie, croit que les « Mesures » fournissent aux institutions financières étrangères une plate-forme de concurrence loyale, mais l’accroissement du nombre de succursales bancaires en Chine demande que les compétences chinoises de contrôle des banques connaissent leur état de fonctionnement et améliorent les moyens de contrôle contre les risques. « Sinon, dans dix ou vingt ans, il est possible que la faillite d’une banque étrangère porte directement atteinte à l’économie chinoise », a-t-il conclu.