Suivre la voie de la « renaissance de l’Afrique »

L’Union africaine (UA) a obtenu de brillants succès depuis sa création il y a deux ans. S’unir pour accroître la puissance est un choix juste de l’Afrique.

ZHANG HONGMING

L’UA a obtenu de brillants succès dans la coopération pour la sécurité, la sauvegarde de la stabilité régionale, la promotion de la coopération régionale et du développement économique, le perfectionnement du mécanisme intérieur de l’UA et l’établissement des mécanismes du contrôle mutuel de l’exécution des mesures politiques de chaque pays, depuis sa création il y a plus de deux ans. Elle a suscité une bonne réaction des pays d’Afrique et des communautés internationales.

1. Le rôle de l’UA dans la sauvegarde de la stabilité régionale

Depuis longtemps, l’Afrique est la région la plus troublée du monde. Pendant les quarante dernières années, l’Afrique a connu plus de trente guerres civiles et conflits armés importants qui ont causé sept millions de morts et treize millions de réfugiés. Les pertes économiques ont été énormes. L’amère leçon montre que dissiper le conflit régional et sauvegarder la paix et la sécurité régionales sont les conditions préalables de la « renaissance de l’Afrique ».

En juillet 2002, l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) a été remplacée par l’UA. C’est un choix sage de l’Afrique et de son peuple pour répondre à la mondialisation économique et à la « marginalisation » de l’Afrique, afin de sauvegarder la paix et la stabilité du continent africain, de promouvoir le processus d’intégration politique et économique de l’Afrique et de réaliser l’aisance, la puissance nationale et la « renaissance de l’Afrique ».

Dès sa fondation, l’UA a fait de grands efforts pour maintenir la stabilité politique du continent, apaiser les conflits et rétablir la paix régionale. Elle a baissé la température des affaires importantes de l’Afrique par la médiation et l’envoi d’observateurs militaires ou de forces de maintien de la paix aux pays ou régions en conflit armé, de sorte que la situation globale tend à la stabilité. Par exemple, les conflits civils de l’Angola, du Libéria et de la Sierra Leone qui duraient depuis longtemps se sont presque apaisés. Le Congo (Kinshasa) a établi son gouvernement de transition ; son développement politique est entré dans une voie normale ; les rapports avec ses voisins sont détendus petit à petit. Le gouvernement soudanais et la force antigouvernementale sont parvenus à un accord pacifique, et le processus de paix intérieure a considérablement avancé. Les parties en conflit au Burundi sont parvenues à un accord de cessez-le-feu, un pas important vers la réconciliation nationale. Les parties belligérantes de la Somalie ont rétabli les négociations, créant des conditions favorables à l’établissement d’un nouveau gouvernement. Les troubles intérieurs en Côte d’Ivoire et en République centrafricaine ont été contrôlés. L’Éthiopie et l’Érythrée sont parvenues à un accord de définition de la ligne de frontière. Les frontières entre le Congo (Kinshasa) et le Rwanda sont rouvertes. Ces exemples montrent que l’UA est plus positive que l’OUA dans la sauvegarde de la paix et de la sécurité régionales. Le « Conseil de paix et de sécurité de l’UA » fondé en mai 2004 a établi le fondement juridique pour régler les querelles entre les pays membres de l’UA. Cette action manifeste que l’UA peut s’appuyer sur ses propres forces pour régler les problèmes de l’Afrique.

L’UA a également obtenu de grands succès dans la stimulation du processus de démocratisation politique de l’Afrique. En deux ans, le Congo (Brazzaville), le Zimbabwe, les Comores, le Mali, la Sierra Leone, la Guinée équatoriale, le Kenya, le Nigeria, le Togo et le Rwanda ont achevé l’un après l’autre l’élection présidentielle en réalisant la passation des pouvoirs.

2. Le rôle de l’UA dans la stimulation du développement économique

L’économie africaine maintient une croissance depuis deux ans. Selon le rapport de la Commission économique des Nation unies pour l’Afrique publié en mai dernier, en 2002, le taux de croissance économique de l’Afrique était de 3,2 %, en 2003, de 3,6 %, et en 2004, il pourra atteindre 4,4 %. Ces résultats sont liés aux efforts de l’UA.

Le « Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique » (NEPAD) proposé par l'UA met l’accent sur l’élimination de la pauvreté et la réalisation du développement continu. Il fixe l’objectif de développement : le PIB augmentera de plus de 7 % d’ici quinze ans, le nombre de pauvres diminuera de moitié. Cet objectif n'est pas facile. L’UA a stimulé ce travail dès sa fondation. Inciter les pays membres à appliquer ce plan a été le thème des 2e et 3e conférences au sommet de l'UA et de la conférence au sommet sur l’économie d’Afrique tenue en juin 2003 à Durban.

Pour réaliser l’objectif mentionné, la 3e Conférence au sommet de l'UA tenue en juillet dernier a adopté deux documents stratégiques : « Les perspectives de l’UA et la tâche de la Commission de l’UA » d’ici trois ans et « Le cadre stratégique 2004-2007 de la Commission de l’UA » d’ici 2030, mettant l’accent sur l’accélération de l’intégration africaine, la promotion du développement harmonieux social et le redressement économique par les plans à court, moyen et long termes réalisables. Le Conseil des ministres de l’UA tiendra une réunion spéciale en novembre prochain afin de discuter le problème des capitaux destinés à l’application du NEPAD.

L’UA a fait des recherches sur la coordination et l'unification des politiques des communautés économiques régionales. Elle a convoqué non seulement la réunion des présidents de banques centrales des pays d’Afrique, mais aussi encouragé des organisations coopératives sous-régionales à discuter de la démarche concrète de la réalisation de l’union économique et monétaire et des problèmes politiques concernés. Grâce aux efforts de l’UA, les pays membres sont parvenu à l’identité de vues sur le commerce, la monnaie, les installations de base et la coordination de la politique macroéconomique.

3. La restructuration du système de l’UA

Les résultats obtenus par l’UA ces deux dernières années sont liés au perfectionnement du système. Pour assurer un fonctionnement efficace, l’UA a restructuré son organisation. En février 2003, la première conférence au sommet de l’UA a discuté d’amendements à la charte de l’UA ; en juillet, la deuxième conférence a élu la Commission de l’UA ; le Parlement panafricain de l’UA a été établi en mars 2004, ce qui marque l’avance de l’intégration. Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a été créé en mai dernier.

Ce conseil est un organisme similaire au Conseil de sécurité de l’ONU. Ayant plus d’attributions en comparaison avec le mécanisme de la période de l’OUA, il peut recourir à la force si dans un pays membre surgit un coup d’État ou la démocratie est lésée, envoyer des forces de maintien de la paix lors de l'éclatement d'un conflit armé entre des pays membres. Il jouera un rôle important dans l’impulsion de la paix et du développement de l’Afrique.

D’ici quelques années, l’UA perfectionnera son système interne et son organisation. Elle établira en 2005 des troupes d’intervention rapide en Afrique en stationnant 15 000 militaires dans cinq bases qui interviendront en cas de guerre, de génocide, de crime contre l'humanité, d’accident menaçant gravement l’ordre, etc.

Malgré ses succès, l’UA fait aussi face à beaucoup de problèmes. Elle a été établie par référence au système de l’UE (Union européenne), mais les environnements extérieur et intérieur de l’Afrique diffèrent de ceux de l’Europe. De plus, il existe des divergences sur le concept du pouvoir et la voie de développement au sein des pays membres de l’UA, et les grands pays de la région se disputent dans le noir la domination de l’UA, ce qui influence son développement. Les problème et défis auxquels l’UA fait face sont les suivants :

a. La tâche de l’UA est encore critique dans la stimulation du développement social et économique harmonieux

Ces dernières années, bien que l’économie africaine présente un élan de développement, la situation n’est pas encore idéale puisque 34 des 49 pays les moins développés du monde sont en Afrique où il y a 4 millions de réfugiés causés par la pauvreté et la guerre, plus de 30 millions de porteurs du HIV du sida et 200 millions de personnes mal nourries. La plupart des pays d’Afrique sont encore loin de l’« objectif millénaire du développement » de l’ONU : le nombre de pauvres aura diminué de 50 % en 2015. Selon les prévisions, pour réaliser cet objectif, le taux de croissance économique de l’Afrique doit se maintenir en moyenne à plus de 7 %, mais selon la situation actuelle, seulement quatre des cinquante-quatre pays d’Afrique ont réalisé cet objectif. Par ailleurs, pour réaliser l’objectif du NEPAD, les pays d’Afrique doivent entreprendre les réformes du système de gestion, de la politique agricole, de l’environnement d’investissement et des politiques agraire et fiscale. Mais la pénurie de fonds rend les choses difficiles.

b. Les perspectives de l’UA ne seront pas brillantes dans la sauvegarde de la paix et de la sécurité régionale

Il faut consolider les résultats obtenus au moment où la sécurité de la région africaine est assez faible. Certains conflits potentiels et réels persistent. Les différends ethniques, la maladie, la faim et la détérioration environnementale exerceront toujours une influence négative sur la paix et la sécurité régionales. Le fonctionnement du Conseil de paix et de sécurité de l’UA fait face lui aussi a beaucoup de problèmes. Comment exercer efficacement le pouvoir unifié, sauvegarder justement la souveraineté des pays membres, maintenir la stabilité sociale et promouvoir le développement économique sont les nouveaux sujets. À présent, la stratégie de sécurité de l’UA se trouve dans la première période ; elle est encore loin de pouvoir jouer son rôle important. Les membres de l’UA sont presque tous pauvres ; investir largement dans la sécurité est la faiblesse de l’UA.

c. L’UA aura beaucoup de problèmes sur la voie de l’intégration économique de l’Afrique

Ces dernières années, les Africains ont intensifié l’union pour accroître la puissance des pays d’Afrique, et l’UA a fait beaucoup d’efforts pou promouvoir la coopération économique régionale, mais l’efficacité n'est pas idéale. En voici les causes principales. 1. L’Afrique compte actuellement plus de dix organisations de coopération économique régionale qui empiètent les uns sur les autres; plusieurs pays membres ont participé à quelques organisations régionales au nom de l’identité diversifiée, ce qui a causé le gaspillage de ressources humaines, matérielles et financières. 2. Le développement économique déséquilibré des pays membres, la structure économique répétitive, la faible complémentarité mutuelle, le mécanisme imparfait du marché, les infrastructures désuètes et la diversification des monnaies inconvertibles ont gravement restreint le processus d’intégration. 3. Chaque gouvernement n’est pas prêt à céder une part de souveraineté à l'organes de pouvoir supranational pour la réalisation d'un objectif régional à long terme, mais ne se préoccupe que des intérêts immédiats et manque de système de partage des risques et bénéfices. Par conséquent, comment réorganiser les ressources existantes et équilibrer les intérêts de chaque partie demande une solution rapide.

En effet, la renaissance de l’Afrique fait face à beaucoup de questions épineuses. Pour les régler, il faut des efforts inouïs. Les résultats obtenus depuis l’établissement de l’UA nous permettent de croire que s’unir pour accroître la puissance est un choix juste de l’Afrique.