POLITIQUE

Un nouvel itinéraire diplomatique

La nouvelle équipe de leaders chinois met l’accent sur la diplomatie pour promouvoir la paix.

YANG CHENGXU

La situation internationale a connu des changements plus profonds et compliqués cette année, avec la guerre en Irak et la crise de la péninsule coréenne qui ont retenu l’attention mondiale. C’est sur cette toile de fond que le nouveau gouvernement chinois est entré en fonction.

Une mission diplomatique multilatérale

La Chine a choisi d’amplifier la diplomatie multilatérale de façon à favoriser la coopération entre les pays d’Asie et le monde en général.

Au début de juin, le président Hu Jintao, élu trois mois auparavant, a été invité à participer à la rencontre informelle des leaders Nord-Sud à Évian, en France. C’était la première fois qu’un dirigeant chinois prenait part aux activités du G-8. Durant la réunion, Hu a proposé de promouvoir la croissance économique mondiale, de maintenir la diversité mondiale, d’établir un ordre économique juste et équitable, et de resserrer la coopération Sud-Nord. Les débuts outre-mer de Hu comme nouveau dirigeant de la Chine sont significatifs, car ils lui ont permis un contact direct avec les chefs de plusieurs pays. Il a réussi à obtenir le consensus des pays développés et à approfondir la coopération avec les pays en développement.

Depuis 2002, le problème nucléaire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) constitue une pierre d’achoppement.

La crise a commencé tôt cette année et menacé la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et de la région environnante. Il n’est pas surprenant que le gouvernement chinois ait investi de grands efforts pour susciter des négociations afin de régler pacifiquement ce problème. Des diplomates chinois se sont promenés entre Pyongyang, Washington, Séoul, Tokyo et Moscou, une stratégie souvent utilisée par la Chine dans le passé. Il en est résulté des pourparlers tripartites entre le RPDC, les États-Unis et la Chine tenus en mars, et à six entre la RPDC, les États-Unis, la Chine, la Russie, la RDC et le Japon en août.

Dans un autre geste diplomatique multilatéral, le président Hu Jintao a pris part au troisième sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Moscou à la fin de mai. Cette fois, il a atteint un consensus avec les leaders des autres pays membres concernant le développement de l’OCS, dont la preuve se trouve dans la Déclaration de Moscou signée et ratifiée à cette rencontre. La Chine a tenu de la seconde réunion des premiers ministres de l’OCS à Beijing en septembre. Les forces armées de cinq pays membres – la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan – ont procédé avec succès à des exercices antiterroristes au Kazakhstan et en Chine en août dernier, dans le but de renforcer la capacité de réaction rapide de ces pays en cas d’attaque terroriste. Les leaders de l’OCS ont invoqué de nouveaux concepts de sécurité qui dépendent des relations internationales. Ils ont insisté sur la coopération dans la sécurité et l’économie, promis de ne pas former d’alliances qui visent d’autres pays et organisations de l’OCS.

Ce mois-ci, la Chine a publié son livre blanc « Mesures et politique de non-prolifération ». Non seulement la Chine a signé tous les traités internationaux concernant la non-prolifération des armes, mais elle est aussi membre des plus prestigieuses organisations internationales à ce sujet. Face à la menace terroriste grandissante, la Chine a adopté des mesures efficaces pour empêcher les groupes terroristes d’acquérir des armes de destruction massive. En même temps, elle s’oppose à toute action unilatérale et au recours à la force dans les affaires internationales qui pourraient provoquer la prolifération des armes de destruction massive. Aucun pays ne devrait baser sa sécurité sur l’insécurité des autres pays. Aussi, la Chine croit qu’améliorer les relations internationales peut arrêter la prolifération.

Activités diplomatiques régionales

Près de 30 pays entourent la Chine, comme la Russie et le Japon, l’Inde et les pays de l’Asie du Sud-Est. Pour appuyer la croissance économique, la Chine doit maintenir la stabilité et la paix dans les régions environnantes. Pendant le premier Sommet de commerce et investissement tenu à Bali, en Indonésie, en octobre, une des séries de rencontres organisées par l’Association des nations du Sud-Est (ANASE), le premier ministre chinois Wen Jiabao a exposé la politique qui guide les relations diplomatiques de la Chine avec ses voisins, disant que la Chine cherche à être un bon voisin et un bon partenaire, à renforcer les liens de bon voisinage, à intensifier la coopération régionale et à pousser les échanges et la coopération avec ses voisins vers un nouveau palier. Voilà qui résume les relations de la Chine avec ses voisins. Ces dernières années, les relations Chine-ANASE ont beaucoup progressé, et une zone de libre commerce sera établie en 2010.

Cette année, la Chine est devenue le premier pays hors de l’ANASE membre du Traité de bonne entente et de coopération du Sud-Est. Parallèlement, l’ANASE est devenue le premier groupe régional à établir un partenariat avec la Chine, ce qui a jeté une base légale à la confiance mutuelle accrue et à de plus fortes relations bilatérales.

Au septième sommet Chine-ANASE (10+1) en octobre, le premier ministre Wen a suggéré que les deux parties intensifient le dialogue politique, approfondissent les relations économiques et commerciales, renforcent la coopération pour la sécurité, et développent les échanges scientifiques et techniques. Selon les documents sur la coopération bilatérale signés à cette rencontre, la Chine atteindra son objectif de 100 milliards de dollars de commerce avec l’ANASE avant 2005. La Chine augmentera aussi son investissement dans le projet de développement de la région au sud du Mékong, commencera la construction du tronçon Laos de l’autoroute Kunming-Bangkok et offrira de l’aide financière pour une étude de faisabilité sur la construction de la section Cambodge du chemin de fer pan-asiatique .

Au sommet ANASE-Chine, Japon, RDC (10+3), des dirigeants ont suggéré que la Chine soit l’hôte du premier sommet est-asiatique, une autre preuve que la Chine s’est donné une nouvelle image, celle de promotrice de la coopération régionale.

Durant les rencontres de l’ANASE, les premiers ministres Wen Jiabao de Chine et Jinichiro Koizumi du Japon ainsi que le président de la RDC, Roh Moo Hyun, ont signé une déclaration conjointe de coopération tripartite qui définit le cadre fondamental et l’orientation du développement de cette coopération. On s’attend à un élan significatif de la coopération et les liens dans la région. La déclaration insiste aussi sur le fait que la coopération Chine-Japon-RDC est une pierre d’angle essentielle de la coopération est-asiatique.

La diplomatie bilatérale continue de progresser

Cette année, la diplomatie bilatérale de la Chine a connu des progrès encourageants. Le premier geste diplomatique du président Hu Jintao après son entrée en fonction a consisté à visiter la Russie. Le nouveau gouvernement accorde clairement un statut important à la Russie dans la stratégie diplomatique chinoise. Hu a rencontré le président russe Vladimir Poutine, et les deux parties ont exprimé le désir de développer davantage le partenariat de coopération stratégique sino-russe.

À la fin de cette année, Wen Jiabao a participé à la deuxième rencontre ministérielle du Forum de coopération Chine-Afrique à Addis-Abeba en Éthiopie, durant laquelle les chefs chinois et africains se sont consultés sur le renforcement des relations sino-africaines et la sauvegarde des intérêts et droits des pays en développement, et ont fixé les priorités de la coopération économique bilatérale.

Mais c’est le renforcement et l’amélioration des relations sino-indiennes qui ont occupé le centre de la scène en 2003 en termes de diplomatie bilatérale chinoise. La Chine et l’Inde sont deux grands pays d’Asie, et comptent les deux plus nombreuses populations du monde. Une meilleure compréhension mutuelle et une plus forte coopération sont importantes pour la paix et la stabilité régionales.

Le premier ministre de l’Inde, Shri Atal Bihari Vajpayee, a visité la Chine en juin. À Beijing, les deux pays ont signé la Déclaration sur les principes des relations et de la coopération globale, affirmant que les intérêts communs des deux pays sont plus grands que leurs divergences, et que les deux pays ne doivent pas se menacer mutuellement ni recourir à la force l’un contre l’autre.

Au sixième sommet des dirigeants Chine-UE en octobre, les deux parties ont conclu que le partenariat Chine-UE était parvenu à un nouveau palier et avait acquis une plus grande signification stratégique. Cette année, la Chine a publié sa première politique UE en réponse aux cinq politiques stratégiques de l’UE envers la Chine. Le document fait ressortir le fait que les relations sino-UE qui sont dans leur meilleure période et que les deux parties ont plus en commun qu’en désaccord, qu’elles recherchent toutes deux la démocratie dans les relations internationales et valorisent le rôle des Nations unies. En revoyant la dernière décennie depuis la fin de la guerre froide, on constate que la Chine et l’UE ont atteint un accord croissant concernant un monde multipolaire.

Enfin, le monde a toujours accordé beaucoup d’attention aux relations entre la Chine et les États-Unis. Les deux pays ont maintenu un contact de haut niveau cette année. En avril, le président de Chine, Hu Jintao, a rencontré son homologue étatsunien, George W. Bush, à la réunion informelle des leaders Nord-Sud à Évian. Les deux présidents se sont rencontrés de nouveau en octobre à Bangkok, en Thaïlande, dans le cadre de l’APEC.

Au début de décembre, Wen Jiabao a effectué une visite officielle aux États-Unis et discuté intensivement avec le président Bush sur la situation internationale actuelle, les relations bilatérales et la question de Taiwan. Tous deux ont réitéré que les intérêts communs de leur pays respectif dépassent leurs différends et qu’ils espèrent que les différends ne nuiront pas à la coopération bilatérale.

Dans son allocution prononcée au dîner de l’Association des banquiers américains à New York le 8 décembre, Wen a indiqué que la Chine et les États-Unis doivent créer et maintenir une vision stratégique pour approcher les problèmes qui surviennent dans les relations bilatérales. Il a cité un texte antique qui décrit ce que ressentent ceux qui escaladent le mont Tai. « Je dois atteindre la crête, a dit le premier ministre, qui rapetisse tous les pics sous mes pieds. »