SOCIÉTÉ
Les personnes âgées seules sont de plus en
plus nombreuses en Chine
Au fur et à mesure du vieillissement de la société, le nombre de « personnes âgées qui ne vivent pas avec leurs enfants» est de plus en plus grand en Chine. Comment permettre aux personnes âgées de passer leurs dernières années dans le bonheur est devenu un problème considérable pour le gouvernement.
FENG JIANHUA
Ces
deux dernières années, chaque mercredi matin, Zhang Deqing, 68
ans, sort de bonne heure afin d’éviter l’heure de pointe
pour se rendre à l’hôpital. Avant sa retraite, il faisait
un travail sédentaire et n’avait pas d’horaire régulier.
Ainsi, Zhang est-il maintenant atteint de plusieurs maladies chroniques.
Sa femme est décédée il y a trois ans ; Zhang vit seul. Ses deux fils ont leur propre foyer depuis leur mariage. Beaucoup de jeunes aujourd’hui rendent visite occasionnellement à leurs parents le week-end. La semaine, ils communiquent par téléphone.
« Ne pas vivre ensemble est favorable aux deux côtés, dit Zhang. Les jeunes sont plus libres, les vieux vivent tranquilles. Bien que je me sente seul de temps en temps, c’est une tendance de la société. Plusieurs personnes âgées sont dans mon cas, et je suis tout à fait à l’aise. »
La société chinoise est entrée dans une période de vieillissement. Selon le cinquième recensement général de 2000, la Chine comptait 131 millions de personnes de plus de 60 ans, soit 10,4 % de la population totale. On prévoit que le nombre de personnes âgées augmentera de 3 % par an (en 2003, leur nombre devait dépasser 140 millions, presque 11 % de la population totale), le nombre de personnes de plus de 80 ans, de 5 % par an. La Chine compte 340 millions de familles, dont 20 % comptent des gens de plus de 65 ans. De ces 20 %, les foyers composés uniquement de personnes âgées dépassent 23 %. Le nombre de personnes âgées seules a dépassé 23,4 millions.
Il y a vingt ans, la famille regroupant deux, trois ou même quatre générations était la norme en Chine. Aujourd’hui, ce concept a changé remarquablement. Zhao Baohua, directeur adjoint du bureau relevant du Comité national du troisième âge de Chine, a dit que le nombre de « nids vides » dans les villes de Chine dépasse 30 % du nombre de familles comptant des personnes âgées. On prévoit qu’en 2010, il sera de 80 %. Shanghai compte actuellement 2,5 millions de personnes âgées sur une population de 17 millions, dont 40 % vivent seules, et plus de 62 % à Tianjin.
De plus en plus de jeunes préfèrent de ne pas vivre avec leurs parents ; par conséquent, le nombre de « personnes du troisième âge restées seules » augmente petit à petit. Il en va de même pour les foyers ruraux.
La vie des personnes âgées seules
de Beijing
Beijing
s’est jointe aux villes vieillissantes en 1990. Son niveau de vieillissement
est au premier rang du pays. Ces dix dernières années, le nombre
de « nids vides » a connu une augmentation à vue d’œil.
La Fédération du troisième âge de Beijing a fait
enquête. Récemment, Beijing Information a interviewé Chen
Yi, vice-présidente de la Fédération du troisième
âge de Beijing.
Selon Chen, Beijing compte 450 000 « nids vides », soit 38 % du nombre total de familles comptant des personnes âgées ; le nombre de personnes âgées qui ne vivent pas avec leurs enfants atteint 690 000, soit 40 % des personnes âgées de la ville. Les deux tiers de ces foyers sont des couples, le tiers, une seule personne.
Du point de vue économique, 67 % des personnes âgées seules vivent de leur pension de retraite, et leur revenu mensuel est en moyenne de 855 yuans, équivalant au minimum vital garanti de Beijing. Le nombre de personnes âgées qui ont un revenu de plus de 1 500 yuans par mois représente 15,4 % (en 2001, le salaire mensuel moyen des travailleurs était de 1 310 yuans) ; plus de 33 % de gens âgés disposent de moins de 500 yuans par mois.
L’écart est large entre le revenu des personnes âgées urbaines et rurales. En ville, 93 % des personnes âgées vivent de leur tension de retraite. À la campagne, seulement 14 % vivent de leur allocation de retraite et 62 % vivent aux dépens de leurs enfants. En ce qui concerne la santé, 68 % des personnes âgées sont atteintes d’une maladie chronique (hypertension, cœur, diabète, etc.)
Quels sont les problèmes des personnes âgées ? Près de 40 % craignent de manquer d’argent pour voir le médecin ; environ 30 % s’inquiètent de leur source de revenu. Questionnées sur leur situation économique actuelle, plus de 85 % des personnes âgées croient que leur revenu est « presque suffisant », 13 % croient que leur vie est un peu difficile, 2 %, très difficile.
« Dans l’ensemble, dit Chen, les conditions de vie des personnes âgées seules est acceptable, mais étant donné que les frais médicaux sont très élevés et que l’état de santé des personnes du troisième âge n’est pas très bon, les gens âgés s’intéressent de près à la garantie économique du futur. »
Les personnes du troisième âge qui ne vivent pas avec leurs enfants se sentent parfois seules, surtout celles qui ne sont pas en couple. Chen estime que si des gens participent souvent à des activités organisées dans leur quartier, leur situation peut s’améliorer. Selon l’enquête, plus de 73 % des personnes âgées seules n’ont jamais participé à ce genre d’activités, 15 % y participent de temps à autre.
La chanson populaire Chang huijia kankan (Retourner souvent voir ses parents) demeure populaire auprès de tous les groupes d’âge ces dernières années. Cette chanson exprime les aspirations de la société, dit Xu Qin, chercheur du Centre de recherche sur le troisième âge de Chine.
Pourquoi le nombre de personnes seules augmente-t-il d’année en année?
Qi
Shengguo et sa femme habitent dans un vieux quartier de l’arrondissement
Xuanwu à Beijing. Ils ont un appartement de deux pièces et un
salon, d’une superficie bâtie de 65 m2. Dans les années 1980,
le logement était encore fourni par l’unité de travail,
et il était impossible de trouver des logements marchands en Chine. Les
deux fils de Qi étaient donc contraints de vivre avec leurs parents.
Lorsque l’aîné s’est marié, le cadet a dû
déplacer son lit dans le salon. Depuis les années 1990, le marché
du logement mûrit peu à peu. Dans certaines grandes villes, bien
que le prix du logement augmente d’année en année, l’enthousiasme
des acheteurs augmente aussi. En 1995, le fils aîné a acheté
un appartement ; depuis, il ne vit plus avec ses parents. Quatre ans plus tard,
le fils cadet et sa femme ont aussi acheté un logement.
Depuis que les deux fils ont quitté la maison, le logement semble un peu vide pour Qi et sa femme, mais c’est plus calme. « Chaque fils garde une chambre pour nous dans son appartement, mais nous n’y avons pas encore passé une nuit. Je trouve que c’est plus tranquille chez moi », dit Qi.
Selon le chercheur Xu Qin, « au fur et à mesure du développement de l’économie chinoise et de l’amélioration des conditions de logement urbain, les jeunes ont leur propre mode de vie. De plus, ils désirent plus d’espace. C’est l’une des causes principales de l’augmentation du nombre de personnes âgées restées seules.
Xu croit que l’augmentation des personnes âgées seules à la campagne est due à l’ouverture de l’environnement économique de la Chine. De façon plus précise, avec l’urbanisation de la Chine, un grand nombre d’ouvriers ruraux se sont établis dans les villes, et certains y ont créé leurs entreprises. Étant donné que leurs parents ne s’adapteraient pas à la vie urbaine, ils restent à la campagne et deviennent des personnes du troisième âge seules.
Par ailleurs, depuis l’application de la politique de planification familiale, la première génération d’enfants uniques est parvenue à l’âge du mariage. En général, ces personnes préconisent la liberté ; la plupart ne vivent plus avec leurs parents après le mariage. « On prévoit qu’au XXIe siècle, de plus en plus de personnes âgées de la ville et de la compagne vivront seules. Ce sera un mode de vie », dit Xu Qin.
Suivre de près les personnes âgées
restées seules
En Chine, près de la moitié des personnes du troisième âge restées seules sont des veuves ou des veufs. Plusieurs ont des problèmes économiques. Au fur et à mesure de l’augmentation rapide des famille à enfant unique, subvenir aux besoins de quatre parents constitue une lourde tâche pour un nouveau couple. « Plusieurs personnes du troisième âge des villes ne sont pas à la charge de leurs enfants parce qu’elles vivent de leur pension de retraite ; cependant, dans les campagnes, étant donné qu’elles ne disposent pas d’allocation de retraite, elles ne peuvent que compter sur leurs enfants. »
Le ministère des Affaires civiles et les gouvernements locaux suivent de près le problème des personnes âgées seules et ont adopté des mesures.
Si une personne âgée subit une crise et qu’elle est seule, il se peut fort bien que les soins d’urgence retardent fatalement. C’est pourquoi le ministère a lancé le « programme Xingguang » (Lumière éternelle) pour les personnes âgées. La personne atteint d’une maladie aiguë peut recourir à un équipement spécial installé sur elle ou à la maison, et recevoir de l’aide à temps. Ce programme est actuellement appliqué à Beijing, Shanghai, Nanjing, Fuzhou, et s’étendra éventuellement à tout le pays.
Madame Lü, 74 ans, habite seule dans le quartier Beiguanyuan de Beijing. Elle est atteinte d’une maladie de cœur. Une nuit, au moment d’une crise cardiaque, elle a pressé la sonnerie d’appel ; on est venu immédiatement à son secours, l’a envoyée à l’hôpital, et elle a été sauvée.
Plus de 200 foyers de personnes âgées seules du quartier Chongwai de Beijing jouissent de cette installation. Veut-on voir le médecin, faire des achats ou simplement bavarder ? On n’a qu’à presser un bouton, et quelqu’un vient offrir de l’aide à la maison.
À la fin de 2003, Beijing a commencé à appliquer un système de secours aux personnes âgées seules plus efficace que la sonnerie de secours. Tian Zhenbiao, directeur adjoint du centre de commandement relevant du Centre de secours de la Croix-Rouge de la municipalité de Beijing, a expliqué que lorsqu’une personne est atteinte d’une maladie aiguë, elle n’a qu’à presser la clavette d’un appareil d’appel sur elle. Alors, nom, sexe, adresse, situation, dossier médical, dossier d’allergies, nom de l’hôpital assigné et nom de la personne de liaison apparaissent à l’écran du centre de commandement, et le patient peut attendre le traitement à domicile.
À Shanghai, on commence à construire des logements pour personnes âgées et d’autres, à proximité, pour leurs enfants. Ainsi, la visite est-elle facile, et chacun jouit de son propre espace de vie.
Étant donné que le système de pension de retraite de la Chine n’est pas complet, le nombre d’organismes au service des personnes du troisième âge et la qualité du service ne répondent pas à la demande. La vision traditionnelle de la vieillesse des personnes âgées n’a pas changé. Pour perfectionner le bien-être social et le système de sécurité sociale et construire un bon environnement résidentiel pour les personnes âgées, la Chine doit développer la maison de retraite, l’hôpital pour maladies de la vieillesse, le service judiciaire pour citoyens du troisième âge et la clinique psychologique dans les quartiers d’habitation, dit Xu.
Xu propose que les gouvernements à tous les échelons inscrivent le problème des personnes âgées restées seules à l’ordre du jour et élaborent des programmes annuels. La tâche actuelle consiste à établir le dossier de ces personnes dans la mesure du possible et un système de liaison afin de connaître leurs besoins.