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Y a-t-il crise de céréales en Chine ?

LI ZI

Le 21 septembre dernier, le ministère du Commerce a publié sur son site un rapport selon lequel, actuellement en Chine, l’approvisionnement en céréales s’améliore, et le déséquilibre entre l’offre et la demande continuera de se relâcher au cours du second semestre de l’année.

En 2004, la superficie cultivée en grain a augmenté et dépassera 100 millions d’hectares, soit une croissance de 1,0 % par rapport à 2003.

Quant à l’exportation, en 2004, la Chine a beaucoup réduit les quotas d’exportation de maïs. Au cours des six premiers mois de l’année, on a exporté 1,63 million de tonnes de maïs, soit une réduction de 75,6 %. En outre, on a importé 2,73 millions de tonnes de blé, soit une augmentation de 857 %, et à la fin de juin, le volume d’importation de blé selon les contrats a atteint 7 millions de tonnes.

D’après le rapport, la croissance de la production de céréales d’été, l’augmentation de la superficie cultivée en grain et l’augmentation considérable de l’importation contribueront à hausser l’approvisionnement en céréales et à atténuer la contradiction entre l’offre et la demande au second semestre.

Le problème des céréales en Chine est un sujet d’intérêt à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

La Chine compte actuellement une population de 1,3 milliard d’habitants. Sa terre labourée ne représente que 7 % de la superficie de terre arable du monde et la terre par personne n’est que 0,1 hectare, soit 40 % du niveau moyen mondial. Par ailleurs, la Chine connaît très souvent des calamités naturelles. L’un des pays les plus secs du monde, la Chine manque d’eau, et la ressource par personne n’est que le quart de la moyenne mondiale. C’est un miracle pour la Chine de nourrir une si nombreuse population avec de si faibles ressources agricoles.

Comme la production céréalière a diminué pendant cinq ans consécutifs, la Chine est devenue un pays importateur net de céréales. Au cours des trois derniers mois de 2003, le prix des produits agricoles s’est élevé dans l’ensemble. Et le problème de la sécurité céréalière de Chine attire de plus en plus l’attention générale. Pays le plus peuplé du monde, sa sécurité céréalière concerne non seulement son développement économique et sa stabilité sociale, mais aussi exerce une grande influence sur l’économie mondiale.

Selon des analystes étrangers, l’augmentation de l’importation nette de céréales de Chine constitue un problème stratégique pour le pays, à savoir s’appuyer ou ne pas s’appuyer sur le marché céréalier du monde. Certains fermiers thaïlandais disent que tout leur riz a été acheté par les Chinois avant la récolte. L’augmentation de 20 % du prix de riz au Vietnam - un record historique -, est due à la contrebande céréalière vers la Chine. Certaines gens croient même que c’est la Chine qui a poussé l’augmentation du prix mondial des céréales. Mais est-ce la vérité ?

La sécurité est assurée

Deux principaux facteurs peuvent juger la sécurité céréalière d’un pays, soit la production céréalière et la demande de consommation, et la réserve céréalière du pays.

Quelle est la situation en Chine?

Il y a une réalité en Chine qu’on ne peut pas nier, c’est la diminution de la surface ensemencée, de 113 millions d’hectares en 1998 à moins de 100 millions d’hectares actuellement. La production céréalière a diminué, pendant cinq ans consécutifs, de 510 millions de tonnes en 1998 à 430 millions de tonnes en 2003, tandis que le taux de céréales par personne est passé de 414 kg en 1996 à 331 kg en 2003. Mais cela ne signifie pas que la Chine ne peut nourrir 1,3 million d’habitants.

La Commission d’enquête sur les ressources naturelles de l’Académie des sciences de Chine, après avoir procédé à des recherches systématiques sur la capacité de la terre et de la population de Chine, a déclaré que la production céréalière maximum est de 830 millions de tonnes, suffisant à nourrir 1,66 milliard de personnes si l’on calcule 500 kg par personne.

Selon Mei Fangquan, du Centre d’information et de documentation de l’Académie des sciences agricoles de Chine, en 2030, la demande de céréales serait d’environ 702 millions de tonnes, et la production céréalière atteindrait 690 millions de tonnes. Il n’y aurait pas un grand écart entre l’offre et la demande. D’après certains experts, ce serait principalement le fourrage qui manquerait.

Ren Jizhou, académicien et expert en steppe, estime que la demande de céréales de l’avenir consiste principalement en fourrage. Actuellement, le rapport entre l’offre et la demande de céréales en Chine renverse progressivement la tradition. Dans la campagne, la ration annuelle de grain par personne est de 233 kg, tandis que dans les villes, la consommation a diminué de 160 kg en 1978 à 78 kg en 2002. Environ une personne à la campagne consomme le volume de grain de trois personnes des villes. Au cours des vingt ans passés, la consommation de grain n’a pas augmenté, tandis que la consommation de viande, d’œufs, de lait, etc., a augmenté. La structure alimentaire a connu un changement historique.

En 1984, alors que la production céréalière annuelle de Chine a atteint 400 millions de tonnes, et 394 kg par personne, on avait suffisamment de grain pour l’alimentation et l’élevage, soit respectivement 280 millions et 120 millions de tonnes. Après vingt ans de développement, la demande a augmenté d’environ 100 millions de tonnes. Actuellement, elle est de 506 millions de tonnes, 300 millions de tonnes pour la nourriture et 200 millions de tonnes pour l’élevage.

D’après les prévisions de Ren Jizhou, si l’on fixe comme objectif de nourrir 1,6 milliard d’habitants en 2020, dans les quinze ans à venir, avec le progrès de l’urbanisation qui fait que la population rurale diminue sans cesse tandis que la population urbaine augmente, on pourrait satisfaire complètement la demande de la population nouvellement augmentée avec la diminution de la consommation de grain des villes. À cause du changement de la structure alimentaire, en 2020, il faudrait 400 millions de tonnes de grain pour l’élevage.

Quant à la réserve, on adopte une procédure générale pour assurer la sécurité qui consiste à réserver au moins le grain que la population nationale peut consommer pendant trois mois. Le seuil de sécurité des réserves fixé par l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture veut que les réserves de grain atteignent 17 % à 18 % de la consommation, dont 12 % destiné au roulement et 5 % à 6 % aux réserves. D’après la situation concrète de la Chine, maintenir 125 millions de tonnes de grain de réserve est approprié, car cinq mois d’alimentation nécessitent 163 millions de tonnes. À la fin de 2003, les réserves de grain nationales étaient de 180 millions de tonnes, les fermiers du pays avaient en réserve 389 millions de tonnes, soit 506 kg par personne. Les réserves de l’État et des fermiers totalisaient 569 millions de tonnes. Si l’on calcule 490 millions de tonnes de consommation annuelle, les réserves de grain à la fin de 2003 dépassaient le niveau de consommation, et la sécurité céréalière du pays était assurée.

Selon Li Guoxiang, de l’Institut de recherche sur le développement rural de l’Académie des sciences sociales de Chine, bien qu’il n’y ait pas de souci réel en matière d’offre et de demande de céréales, la Chine subirait une pression assez forte face à l’équilibre entre l’offre et la demande dans des années à venir. Considérant le niveau de sécurité de réserves de grain qui est déjà relativement bas, les réserves de la Chine pour cette année seront plus élevées que le niveau mondial. Malgré cela, si le reflux de grain mondial se superposait à celui de la Chine, on serait à court de grain sur le marché intérieur, pouvant affecter dans l’ensemble la sécurité de l’économie nationale. Donc, la situation de la sécurité céréalière ne permet pas l’optimisme.

Quelle est l’influence sur le marché céréalier international?

Ces derniers ans, l’importation de grain de la Chine n’a cessé d’augmenter. En 2003, la Chine a importé 22,2 millions de tonnes de céréales. De janvier à juillet de cette année, on a importé 15,8 millions de tonnes, soit une augmentation de 1,99 million de tonnes par rapport à la même période de l’année dernière (13,81 millions de tonnes). Selon la Douane de Chine, au cours des six premiers mois de l’année, on a importé divers produits agricoles pour une valeur de 14,35 milliards de USD, soit une augmentation de 62,5 %, tandis que le volume des exportations de produits agricoles a été de 10,62 milliards de USD, soit une augmentation de 11 %. En d’autres termes, le commerce des produits agricoles au cours des six premiers mois de l’année a connu un déficit de 3,73 milliards de USD, et la Chine est devenue un pays importateur net de produits agricoles.

Combien faudra-t-il importer?

Parmi les prévisions d’importation de grain par la Chine, la plus scandaleuse est celle de Lester Brown, directeur de l’Institut World Watch des États-Unis. Selon lui, de 1990 à 2030, la demande annuelle de grain de Chine serait de 479 à 641 millions de tonnes, tandis que la production annuelle de grain se diminuerait à 272 millions de tonnes. C’est-à-dire qu’il manquerait 207 à 369 millions de tonnes (il a réajusté 369 à 215 millions de tonnes après une recherche ultérieure), équivalant à 100 % à 200 % du volume d’exportation de céréales actuelle du monde. Selon lui, cela pourrait engendrer une concurrence acharnée et une hausse fabuleuse du prix de grain sur le marché mondial. La pénurie alimentaire des Chinois entraînerait une pénurie mondiale.

Mais la prévision de Lester Brown, basée sur l’expérience du Japon, de la République de Corée et de Taiwan, disant que la production céréalière de Chine dans les quarante ans à venir diminuerait de 20 %, n’est pas soutenable.

Des savants chinois sont généralement optimistes, considérant que l’élargissement de l’importation céréalière est une tendance inévitable, mais qu’elle n’engendrera pas de crise ni en Chine ni dans le monde.

Selon Tang Xiaoguang, c’est après 2020 que la demande excessive de céréales s’atténuera. En 2010, 2020 et 2030, l’écart entre la production et la demande de grain serait respectivement de 83 millions de tonnes, 183 millions et 91 millions, et 15,67 %, 16,13 % et 4,78 % de grain appuierait l’importation.

Huang Jikun, de l’Académie des sciences agricoles de Chine, a conclu après divers calculs dans les domaines des recettes, de la population, de l’investissement agricole, de l’urbanisation, du changement de prix et de politique, que l’importation annuelle nette de grain serait de 40 millions de tonnes entre 2000 et 2010, de 47 millions de tonnes entre 2010 et 2020, de 38 millions de tonnes en 2030. En 2010, 2020 et 2030, 8,4 %, 7,2 % et 5,5 % de grain appuierait l’importation.

Selon Mei Fangquan, avant 2030, le volume de grain importé en Chine pourrait être maintenu à un niveau de 20 à 30 millions de tonnes, moins de 5 % de grain appuierait l’importation.

Selon la Banque mondiale, l’importation nette de grain de Chine s’élèverait à 32 millions de tonnes en 2020.

Les prévisions sont différentes mais leur tendance est la même : avant 2030, l’importation de grain de Chine ne dépasserait pas 50 millions de tonnes et représenterait moins de 10 %, ce qui n’aurait pas d’effet sur le marché international.

Quelle est la situation du marché international des céréales?

Dans le marché mondial de grain, on peut remarquer un grand espace de croissance d’approvisionnement en céréales. Depuis la fin des années 1970, la demande d’importation céréalière demeure stagnante. Actuellement, les principaux pays exportateurs de grain ont réduit de 34,5 millions d’hectares les champs labourés, qui sont capables de produire 115 millions de tonnes de grain. C’est-à-dire que sans compter sur le progrès scientifique agricole, les champs labourés incultivés et occupés pourraient produire 115 millions de tonnes de plus. S'il y avait une demande suffisante, ce potentiel pourrait être mis en valeur. Par exemple, le prix de céréales a augmenté en 1996 et en 1997, et la production céréalière mondiale a connu une augmentation de 7,5 %, la production céréalière des cinq grands pays exportateurs de grain, une augmentation de 20 %, et celle de l’Argentine, de 40 %.