L’islam est très populaire en Chine

La Chine compte environ vingt millions de musulmans. Comment vivent-ils dans une société en mouvement perpétuel?

Meng Jing, une Han de Beijing, se regarde dans le miroir avec son nouveau voile blanc. Il y a quelques semaines, elle s’est convertie à l’islam. Meng, maintenant âgée de 30 ans, a fait la connaissance d’un musulman de Chine il y a une dizaine d’années. À ce moment-là, elle ne connaissait presque rien de l’islam. Cependant, par amour et respect, elle a changé ses habitudes de vie. Par exemple, jamais en sa présence n’a-t-elle consommé de porc. Mais cet élément superficiel ne constitue pas la religion. Peu à peu elle a appris auprès de son futur mari. Un peu avant son mariage récent, elle a décidé de se convertir officiellement. La cérémonie a eu lieu à la mosquée Niujie (mosquée de la rue Niu), la plus importante de Beijing. Un imam a lu des versets du Coran, a expliqué à la nouvelle adepte les règles de base de l’islam, lui a demandé de confirmer son désir de se convertir à l’islam, et lui a donné le nom arabe de Fatimah, qui signifie « fille d’Allah ».

« La famille de mon mari est nombreuse, et tous sont très attachés à l’islam. En adoptant moi-même leur religion, je deviens l’une des leurs. Je serai heureuse au sein de ma nouvelle famille parce que nous sommes tous musulmans. »

La Chine est peuplée de 1,3 milliard d’habitants dont 91,5 % sont de nationalité han. Parmi les 55 autres ethnies, dix sont essentiellement musulmanes ; ce sont les Hui, Ouïgours, Kazakh, Ouzbek, Kirgis, Tatar, Tajik, Dongxiang, Sala et Bao’an. Dans la capitale chinoise seulement on compte 68 mosquées, et 30 000 dans l’ensemble du pays.

La région autonome ouïgoure du Xinjiang, la région autonome hui du Ningxia, les provinces du Qinghai et du Gansu sont les régions de Chine où les musulmans vivent en communautés compactes, mais on les trouve aussi partout ailleurs au pays. Selon l’estimation du Pr Feng Jinyuan, expert en islam de l’Institut des religions du monde relevant de l’Académie des sciences sociales de Chine, seulement 50 000 à 100 000 des 20 millions de musulmans chinois observent strictement et en toutes circonstances les commandements de leur religion comme le salat ou prière cinq fois par jour entre le lever et le coucher du soleil, tournés vers La Mecque. Malgré ce faible nombre, l’imam Xue Tianli insiste que l’islam est à son âge d’or actuellement malgré les difficultés de son développement en Chine dans le passé. L’on sait que la plupart des mosquées avaient été fermées lors de la Révolution culturelle (1966-76).

Comme bien d’autres Chinois, Xue, aujourd’hui âgé de 72 ans, a été victime des mouvements destinés à purger la Chine de la féodalité, du capitalisme et de la superstition. Né dans une famille musulmane du sud de Beijing, Xue fut envoyé en 1957 dans une ferme où il fut assigné à la garde des vaches laitières. Mais peu après la fin de la Révolution culturelle, la réforme débuta et les mosquées comme les églises et temples furent réouvertes. En 1980, Xue fut rappelé de la ferme et devint imam. Le gouvernement a alloué 400 000 yuans (48 190 USD) à la restauration de la mosquée Niujie.

Xue est un « hajji », c’est-à-dire qu’il a accompli le pèlerinage obligatoire à La Mecque. Dans la dernière décennie seulement, 4 000 musulmans chinois ont fait le voyage, organisé par l’Association islamique de Chine. Le nombre est fixé par l’Arabie saoudite avec laquelle la Chine a établi des relations diplomatiques complète dans les années 1990. Lorsque le tour de Xue est venu en 1994, il était ému aux larmes, lui qui rêvait de ce pèlerinage depuis l’enfance. Maintenant convertie, Fatimah en rêve aussi.

Les fêtes musulmanes sont connues de tous les Chinois vu l’envergure de la communauté qui les observe, de même que de la communauté islamique mondiale. Le vendredi, on va à la mosquée pour le jum’a (prière) ; on pratique le jeûne annuel de trente jours pendant le Ramadan, le neuvième mois de l’année selon le calendrier de l’hégire, et le Eid ul-Fitr qui en marque la fin. Les musulmans célèbrent aussi la fête du Sacrifice (Eid al-Adha).

Liu Xiaoqiang est un homme d’affaires de Urumqi, capitale du Xinjiang. Où qu’il se trouve, il remplit son obligation de prière. Si des événements majeurs l’en empêchent, il se reprend le soir. Liu est père d’une fillette de trois ans à qui il enseigne, à travers des conte, ce qu’elle doit savoir au sujet d’Allah et du prophète Mahomet.

Un centre culturel islamique doublé d’un musée ouvrira avant la fin de l’année pour le public général près de la mosquée Niujie.