ÉCONOMIE
L’investissement étranger surchauffe-t-il l’économie?
Autrefois, la Chine était considérée comme un centre de production possédant de riches ressources naturelles et une main-d’œuvre considérable ; aujourd’hui, aux yeux des étrangers, elle est un marché de consommation important et une source de profit. Et la Chine poursuit son ouverture. Maintenant, la question consiste à savoir si l’investissement étranger favorise l’économie chinoise à la longue.
LAN XINZHEN
En
2003, la Chine était en tête de tous les pays pour l’absorption
d’investissement d’outre-mer, et cet investissement étranger
continue à se développer à une vitesse rapide cette année.
Selon le ministère du Commerce, la Chine a approuvé 28 748 entreprises à capitaux étrangers entre janvier et août cette année, soit une hausse de 11,7 % par rapport à la même période de l’année dernière, signé les contrats d’une valeur de 95,8 milliards de dollars (+39,7 %), et 45,6 milliards de dollars ont été réellement utilisés (+20 %). À la fin d’août, le total des entreprises du genre était de 494 025, et l’investissement contractuel et versé avait atteint respectivement 1,04 billion et 545 milliards de dollars.
Cependant, quelques experts s’inquiètent de la croissance rapide de l’investissement d’outre-mer. Shen Jiru, chercheur de l’Institut de recherche sur l’économie et la politique du monde relevant de l’Académie des sciences sociales de Chine, a indiqué que l’augmentation rapide de l’investissement étranger rendrait l’économie de Chine trop dépendante du commerce extérieur et pourrait amortir la capacité du pays de résister à la fluctuation économique mondiale et à l’instabilité politique, et même gênerait la prise de décisions économiques indépendantes de la Chine.
Un taux de dépendance du commerce extérieur montre une proportion du volume global d’import-export d’un pays dans son PIB, reflète le niveau de dépendance économique du commerce extérieur, son niveau de participation à la répartition du travail international, et de nombreux facteurs constituant sa stratégie de développement économique, et exerce une grande influence sur ses relations internationales.
Shen a noté que, de 1980 à 2001, le taux de dépendance du commerce extérieur des États-Unies, du Japon, de l’Inde et de l’Allemagne a varié de 14 % à 20 %, et pour la Chine, il s’est élevé pendant ce temps de 15 % à 60,2 % en 2003, de loin supérieur à celui des pays susmentionnés. Et la montée soutenue de l’investissement d’outre-mer en 2004 augmente encore ce taux.
Aujourd’hui en Chine, où l’offre excède la demande dans beaucoup de secteurs, la dépendance élevée du commerce extérieur permet aux politiques préférentielles attirant les investissements étrangers qui ont été élaborées dans la période de pénurie économique - comme le bas coût de la main d’œuvre, le bas prix d’utilisation de la terre, la réduction ou l’exemption d’impôts et l’échange de marché contre la technologie sophistiquée - de n’être plus salutaires à l’économie de Chine et de jouer un rôle négatif dans le développement économique, allant jusqu’à menacer le développement pacifique et soutenu, a indiqué Shen Jiru.
Shen a également averti que la dépendance élevée à l’égard du commerce extérieur pourrait fragiliser l’économie chinoise face aux risques économiques et aux politiques internationales. En outre, d’autres pays ont pu regarder la Chine comme menace à cause de sa quantité d’importation de matières premières. Par exemple, la Chine a augmenté l’importation du pétrole brut, du minerai de fer, de cuivre et d’aluminium ces dernières années, ce qui est devenu l’inférence principale pour une prétendue menace chinoise. En fait, environ 60 % de l’exportation chinoise vient des entreprises à capitaux étrangers, et les États-Unis et le Japon sont parmi les plus grands consommateurs de ces produits. Pourtant la Chine est blâmée de disputer l’énergie et les ressources naturelles pour fabriquer ces produits et de causer la hausse du prix des matières premières sur le marché mondial
Shen
croit qu’un taux de croissance annuel du commerce extérieur variant
de 5 à 6,5 % est approprié pour la Chine et le monde. Mais ce
chiffre a frappé 21,8 % en 2002 et 31,7 % en 2003, de sorte que le taux
de dépendance a atteint respectivement 44 % et 60,2 %, et cette tendance
progresse continuellement. Si l’on ne fait rien pour rectifier la surcroissance
de l’investissement étranger et de la dépendance de la Chine
du commerce extérieur, le pays pourrait faire face à des tremblements
économiques graves à l’avenir.
Beaucoup d’économistes chinois et étrangers sont d’accord avec Shen. Ils ont indiqué qu’au cours des six dernières années, la valeur industrielle ajoutée produite par des entreprises à capitaux étrangers a monté en flèche, avec un taux de croissance annuel de 16,1 %, et sa proportion dans la valeur industrielle ajoutée totale du pays a augmenté sans cesse. En 2003, la valeur de la production industrielle provenant d’investissements étrangers a représenté 27,2 % du total du pays. Si cette proportion continue à augmenter, le capital propre de Chine pourrait ne pas résister à un coup économique. En cas de fluctuations économiques mondiales, la Chine serait aux abois, bien qu’elle ait facilement surmonté la crise financière asiatique en 1997.
Est-il vrai que l’investissement d’outre-mer est excessif en Chine ? D’autres fonctionnaires et économistes ont des points de vue différents. Yan Xianpu, fonctionnaire du Bureau national des statistiques, croit que la croissance rapide de l’investissement d’outre-mer a également mené à l’amélioration de la qualité de l’investissement. Dans le passé, les investisseurs étrangers considéraient la Chine comme une simple base de production avec de riches ressources naturelles et une main-d’œuvre bon marché, grâce à laquelle ils exportaient les produits fabriqués en Chine pour réaliser de grands profits. Maintenant ils voient également la Chine comme marché important de consommation et la source de bénéfice. Ce changement a donné lieu à un ajustement de leur direction d’investissement.
Selon le Bureau national des statistiques, de janvier à août cette année, l’investissement d’outre-mer lancé dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre s’est effondré tandis que dans les industries à intensité technologique et de façonnage fin, il n’a cessé d’augmenter. Certaines compagnies multinationales ont établi des centres régionaux de recherche et d’exploitation en Chine. Selon le ministère du Commerce, le nombre de ces centres a atteint quelque 400, de sorte que le mode de concurrence des entreprises a connu un changement. Aujourd’hui les investisseurs étrangers exportent en Chine la marque et le standard, au lieu des produits et des techniques comme dans le passé. En conséquence, la concurrence a décalé des valeurs matérielles aux immobilisations immatérielles.
Quand les compagnies étrangères ont commencé à accéder au marché chinois, elles étaient peu familières avec l’environnement concret de Chine, et sous l’influence des politiques d’investissement chinoises, elles investissaient au moyen de coentreprises. Mais maintenant elles connaissent le marché chinois, et le gouvernement chinois a détendu sa politique d’investissement dans beaucoup de secteurs. Ainsi, les entreprises étrangères inclinent à établir des entreprises à capitaux exclusivement étrangers ou à devenir actionnaires majoritaires à travers l’agrandissement de l’investissement. Un autre changement consiste en ce que, à partir de cette année, l’investissement dans le secteur des services a monté dans de grandes proportions ;autrefois, l’industrie était le secteur principal de l’investissement d’outre-mer.
Beijing, Tianjin, Shanghai et Guangzhou absorbent le plus nombreux investissements étrangers du pays. Entre janvier et août cette année, Beijing a approuvé 789 entreprises de service financées par l’étranger (+45,3 %). Le capital versé pour ces projets a atteint 1,21 milliard de dollars. Mais le nombre d’entreprises de fabrication nouvellement approuvées n’a été que de 382 pendant les huit mois (+13,7 %). L’investissement versé a été de 720 millions de dollars. Outre les domaines de la restauration, des services communautaires, de l’immobilier, de l’information et du logiciel, l’investissement étranger s’est accru davantage dans les domaines du bail financier, du service légal, de la gestion d’entreprise et du commerce.
Tianjin a également vu la croissance substantielle de l’investissement d’outre-mer cette année. Environ 739 entreprises à capitaux étrangers ont été approuvées de janvier à août (+16,7 %). L’investissement contractuel a atteint 3,9 milliards de dollars et l’investissement versé, 1,65 milliard de dollars, une augmentation respective de 54,7 % et de 31,2 %. Parmi ces nouvelles entreprises, les secteurs chauds de l’investissement étranger se concentrent dans le commerce en gros et au détail, la restauration et les services immobiliers. L’investissement contractuel absorbé par l’industrie tertiaire de Tianjin pendant cette période a atteint 1,28 milliard de dollars, une hausse de 39 % par rapport à la même période de l’année dernière.
Wang Zhile, chercheur du ministère du Commerce, croit lui aussi que l’investissement étranger s’est amélioré en qualité et que la Chine n’absorbe pas excessivement de capitaux étrangers. Il a expliqué que bien que notre pays se range en tête du monde pour l’utilisation du capital étranger, il n’excède pas d’autres pays en voie de développement lorsqu’on tient compte des indices de population et de PIB. En fait, la Chine traîne probablement derrière d’autres pays dans ce domaine.
Hu Zuliu, directeur général du conseil d’administration de Goldman Sachs (Asie), a dit qu’il n’existe pas en Chine de problème d’investissement étranger excessif ; au contraire, la Chine doit améliorer davantage son environnement d’investissement afin d’élargir continuellement l’envergure des capitaux étrangers. Il croit que le « miracle économique » surgi au cours des vingt dernières années est en partie attribuable à l’investissement étranger. Tout en continuant à attirer l’investissement étranger direct, la Chine devrait également élargir l’investissement étranger indirect comme l’investissement dans les titres. Le rajustement de l’économie étatique entre dans une nouvelle étape. L’utilisation de l’investissement étranger indirect par le marché chinois des actions aide à rationaliser la structure de financement de l’économie étatique, à alléger le fardeau des dettes des entreprises d’État et à créer un espace favorable à la réforme financière.
Le ministre du Commerce, Bo Xilai, a souligné que la Chine ne changerait pas ses politiques, mesures et dispositions légales concernant l’encouragement de l’investissement étranger, en particulier les politiques d’impôt sur le revenu et d’accès de l’investissement étranger au marché chinois. La Chine projette d’ouvrir ses portes plus grand pour améliorer ses conditions d’investissement.
Bo Xilai a noté que le gouvernement chinois poursuivra ses politiques commerciales et d’investissement stable et durable et optimisera la structure industrielle d’investissement étranger. En même temps, il recherchera de nouvelles manières d’absorber des capitaux étrangers, perfectionnera les politiques encourageant les entreprises étrangères à participer à la restructuration des entreprises d’État au moyen du regroupement et de la fusion.
Hu Jingyan, directeur du département de gestion de l’investissement étranger du ministère du Commerce, a indiqué qu’à l’égard de la quantité, l’investissement étranger se concentre principalement dans le secteur de fabrication, mais avec le perfectionnement des dispositions légales et de l’environnement politique, le secteur de service deviendra le point chaud. Actuellement, les capitaux étrangers utilisés dans ce secteur représente environ 25 % de l’investissement étranger direct total ; à mesure que la Chine s’acquittera de ses promesses à l’OMC, le secteur tertiaire s’ouvrira davantage et procurera plus d’occasions aux investisseurs étrangers.
Le sous-ministre du Commerce, Liao Xiaoqi, a dit que par l’application de la Loi sur le commerce extérieur en juillet, la Chine a honoré son engagement concernant l’ouverture du droit au commerce extérieur avec six mois d’avance. Et les Mesures sur la gestion de l’investissement étranger, mises en vigueur en juin, indiquent que la Chine a rempli à temps sa promesse d’ouvrir son secteur de détail. Par ailleurs, la Chine a également ouvert ses secteurs d’opérations bancaires, d’assurance et de tourisme avant le délai prévu.
Au cours des deux dernières années, la Chine a promulgué plus de 30 lois et règlements qui touchent l’ouverture des secteurs de finance, de vente au détail, de distribution, de tourisme et de construction au monde extérieur. Ces lois et règlements ont abaissé le seuil pour accéder au marché chinois, perfectionné essentiellement le système judiciaire de l’ouverture du commerce de services sur l’extérieur et facilité l’investissement de capitaux étranger dans le secteur tertiaire chinois.
« La Chine devrait continuer fermement à ouvrir ses portes et à absorber l’investissement étranger », a conclu Liao Xiaoqi.