SOCIÉTÉ
Souffrir de suralimentation
Avec
le développement de l’économie nationale, la vie des Chinois
s’est nettement améliorée. Le revenu moyen par personne
a augmenté, la nourriture abonde et la situation de la nutrition s’améliore
continuellement. Le nombre de gens qui souffrent de malnutrition due à
une carence alimentaire est toujours en diminution. La fréquence du retard
de croissance parmi les enfants de moins de 5 ans a diminué de 55 % depuis
1992, et la taille moyenne des enfants et adolescents de 3 à 18 ans est
de 3,3 cm supérieure par rapport à celle de 1992.
Toutefois, alors que le pays continue de travailler à résoudre le problème de la malnutrition causée par la carence alimentaire, il doit affronter également le problème opposé. En effet, ces dernières années, le déséquilibre alimentaire dû au « surplus de nourriture » est devenu une préoccupation sérieuse.
LAN XINZHEN
Le 12 octobre dernier, le ministère de la Santé a publié les résultats d’une enquête nationale sur la nutrition et la santé de la population chinoise. Ces résultats montrent que le déséquilibre alimentaire et les maladies qui en résultent constituent une menace importante pour la santé des gens. Beaucoup de Chinois commencent à s’inquiéter des problèmes de santé tels que l’obésité, l’hyperlipémie et l’hypertension. Ce sont des problèmes étonnants pour la Chine qui vient à peine de résoudre le problème d’un apport calorique insuffisant.
Un rapport de l’Académie des sciences sociales de Chine, publié en 1998, indiquait qu’un problème de déséquilibre de la structure nutritionnelle affectant la santé pourrait se poser en Chine vers 2015. Or, le problème a déjà fait son apparition, soit dix ans plus tôt que prévu.
Surplus nutritionnel non négligeable
«
Vous êtes trop gros, vous faites de l’hyperlipémie et vous
avez le foie légèrement engorgé », s’est fait
dire Zhang Yu, 38 ans, par le médecin. C’est la deuxième
fois qu’il recevait cet avertissement. L’année dernière,
le médecin lui avait déjà signalé ces problèmes
chroniques.
Zhang est éditeur dans un journal. Il fait seulement 166 cm, mais pèse 89 kg. Son bureau est au 4e étage. Chaque fois qu’il grimpe l’escalier, il est à bout de souffle.
Selon Sun Xiuyu, le médecin de Zhang, le mode de vie de ce dernier est la cause fondamentale de ses problèmes de santé. Zhang mange beaucoup d’aliments gras. En plus de son déséquilibre alimentaire, Zhang fait rarement du sport. Sun a remarqué que les malades comme Zhang sont de plus en plus nombreux.
« La Chine fait désormais face au même problème de malnutrition causée par le déséquilibre alimentaire que celui qu’on observe depuis longtemps dans les pays développés », déclare Yu Xiaodong, expert en nutrition du Centre pour la nutrition et le développement public à Beijing,
De façon générale, le déséquilibre alimentaire fait référence à une absorption excédentaire ou insuffisante d’éléments nutritifs par rapport à ce dont l’organisme a besoin.
Selon Yu, la malnutrition due à l’ingestion d’un surplus d’aliments est en train de devenir la menace principale pour la santé des Chinois. Sa conséquence la plus directe est l’augmentation de la fréquence des maladies chroniques liées à la nutrition.
D’après les données du ministère de la Santé, la fréquence des maladies chroniques a augmenté rapidement ces dernières années parce que beaucoup de gens consomment une nourriture à haute teneur en calories et en graisses, et qu’elles font peu d’exercice. Parmi les personnes de 18 ans ou plus, 18,8 % (160 millions) souffrent d’hypertension, une augmentation de 31 % par rapport à 1991. En outre, plus de 20 millions de personnes, soit 2,6 %, font du diabète; 160 millions (18,6 %) souffrent d’un taux anormal de lipides dans le sang; 200 millions (22,8 %) ont du surpoids; et plus de 60 millions (7,1 %) sont carrément obèses. De plus, le taux d’obésité chez les enfants a atteint 8,1 %.
« La fréquence des maladies chroniques a continuellement augmenté; le taux d’accroissement de quelques-unes a même dépassé celui de certains pays développés. Cela a causé une perte de ressources de la main-d’œuvre et constitue un défi à l’assurance-maladie », affirme Yu Xiaodong.
Selon lui, dans le pays, environ 15 000 personnes meurent de maladies chroniques chaque jour; c’est plus de 70 % de tous les décès. Les pertes économiques qui en résultent sont considérables.
D’après les statistiques de la Banque mondiale, dans les pays en développement, les pertes économiques qui résultent de la malnutrition représentent de 3 à 5 pour cent du PNB. En se basant sur ce pourcentage et en calculant selon le PIB annuel de 10 billions de yuans (1,2 billion $US), la Chine perd chaque année quelque 300 à 500 milliards de yuans (36 à 60 milliards $US). Ces pertes sont, pour la plupart, causées par la malnutrition due à l’ingestion d’un surplus d’aliments, ce qui constitue un vif contraste avec la malnutrition due à la carence nutritionnelle que l’on observait dans le pays il y a vingt ans.
Déséquilibre alimentaire
«
Même si le médecin ne m’avait pas averti, je sais que ma
maladie est due à mon régime de vie », avoue Zhang Yu, atteint
d’obésité.
Alors que ce dernier était enfant, la Chine était aux prises avec une pénurie de nourriture dans l’ensemble du pays. Pour beaucoup de gens comme Zhang, la viande était alors un aliment de luxe. Avec le développement économique, la disponibilité de la viande s’est grandement améliorée. Ainsi, dans le régime alimentaire de Zhang, la viande est devenue l’aliment principal. Chaque repas, il en mange beaucoup; il est maintenant atteint de maladies chroniques dues à l’obésité.
« Une mauvaise compréhension de la nutrition est le facteur principal du déséquilibre alimentaire. Beaucoup de Chinois ne s’occupent que de consommer des aliments nourrissants et bons au goût et négligent trop souvent l’équilibre alimentaire », exprime Yu.
« Bien manger devrait signifier avoir un régime alimentaire scientifique, c’est-à-dire ayant une composition rationnelle de différents éléments nutritifs. Or, beaucoup de gens pensent que le repas doit être abondant et ils consomment beaucoup de viande. Le porc représente actuellement 70 % de la consommation totale de viande, le bœuf et le mouton, 15 % et la volaille, l’autre 15 %. Parmi ces viandes, c’est celle de porc qui a la plus haute teneur en graisses ». Yu conclut donc que c’est un tel régime qui rend de plus en plus de Chinois obèses et cause des maladies chroniques.
D’après le rapport de l’enquête nationale du ministère de la Santé sur la nutrition et la santé de la population chinoise, la consommation journalière de produits animaux par les citadins est passée de 210 grammes en 1992 à 248 actuellement, et celle de graisses de 37 grammes à 44 grammes. La proportion des calories provenant des graisses a atteint 35 % de l’apport calorique total, dépassant de 5 % la limite maximale de 30 % recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Par contre, la consommation de céréales ne représente que 47 %, ce qui est inférieur à la norme de 55 à 65 % recommandée par cette même organisation. L’absorption de calcium, de fer et de vitamine A est insuffisante.
Selon Wang Longde, vice-ministre de la Santé, le déséquilibre nutritionnel est dû au manque de connaissances de la population sur la bonne nutrition. De plus, dans les années 1980, quand la vie des Chinois est devenue plus aisée, les services concernés du gouvernement n’ont pas immédiatement formulé une orientation précise pour la santé. Ainsi, les gens ignorent la menace pour la santé que représente la surconsommation d’aliments.
Savoir ce que l’on mange
«
Étant donné le développement actuel du secteur de l’alimentation
et de la nutrition et les problèmes existants, dans la prochaine décennie,
il nous faut développer en priorité, des aliments, des industries
de production de produits laitiers et de soja, ainsi que la transformation des
produits alimentaires; il faut aussi résoudre les problèmes alimentaires
et nutritionnels dans les régions rurales et de l’Ouest parmi les
trois groupes de la population : enfants, femmes et vieillards », a indiqué
Wang Longde.
D’après Wang, dans l’apport calorique journalier total des gens, 80 % devraient provenir des produits végétaux et 20 % des produits animaux. Pour une alimentation rationnelle, en ordre décroissant des quantités consommées, les types d’aliments devraient être comme suit : céréales, légumineuses, légumes, fruits, viandes, œufs, lait et poisson. Il faut encourager la production des produits végétaux.
Sous l’initiative du ministère de la Santé, plusieurs programmes nationaux concernant l’amélioration de nutrition ont été appliqués, y compris le programme sur le soja et celui sur le lait pour les écoliers.
Wang suggère que les gens prennent des suppléments vitaminiques pour combler leurs besoins alimentaires journaliers. Par exemple, une recherche récente montre que la prise de doses suffisantes de vitamines C et E, de carotène et de sélénium aidera à réduire la menace de maladies chroniques.
Dorénavant, l’accent sera également mis sur l’éducation dans le domaine. « L’éducation devrait commencer dès le jardin d’enfants, pour que les enfants aient, dès leur jeune âge, un régime alimentaire rationnel. Les services chargés de la santé, de l’éducation et de la production alimentaire devraient sensibiliser en commun les différents groupes de la population à un régime alimentaire rationnel. Dans les écoles primaires et secondaires, l’éducation sur la santé doit comprendre des connaissances sur la nutrition; les établissements d’enseignement supérieur doivent aussi mettre en place un département de diététique et nutrition », a indiqué Wang.
Selon lui, il est nécessaire que les services de santé de toutes les régions guident les gens à adopter une alimentation saine et renforcent la vulgarisation des connaissances alimentaires à travers les médias. Par ailleurs, les gouvernements locaux doivent établir un plan de développement en matière d’alimentation et de nutrition, et les objectifs doivent être inscrits dans le programme de développement économique et social de la région.
De plus, Wang a révélé que le ministère
de la Santé projette d’appliquer progressivement, dans les quelques
années à venir, un réseau de nutritionnistes qui travailleront
dans la restauration et les cantines des hôpitaux, des jardins d’enfants,
des écoles, des entreprises et des établissements publics.