CULTURE/SPORT

Handisport : auto-défi pour changer le destin

TANG YUANKAI

Lors des 12es Jeux paralympiques qui se sont déroulés du 18 au 29 septembre dernier à Athènes, les Chinois ont obtenu des résultats surprenants. D’un coup, ces sportifs handicapés sont devenus vedettes au pays.

Plus de 200 sélectionnés chinois dont 80 % participaient aux Jeux paralympiques pour la première fois ont décroché 141 médailles, faisant de la Chine le seul pays à en avoir remporté plus de 100, dont 63 médailles d’or, équivalent au nombre total de celles de la Grande-Bretagne et du Canada, qui se sont classés juste après la Chine.

Performances de la Chine aux Jeux paralympiques précédents

Année Total de médailles Médailles d’or
1992, Barcelone 25 11
1996, Atlanta 39 16
2000, Sidney 72 34

Ne pas s’incliner devant le mauvais sort

Tous les participants connaissent la douleur d’être handicapés et sentent la lourde pression spirituelle ou vitale issue de leur handicap. « Le sport nous a ouvert un chemin qui a changé notre vie », ont-ils dit.

Zhang Xiaoling, 47 ans, tient une petite boutique de boissons et cigarettes. À 19 ans, elle s’est blessé un pied lors en faisant des travaux agricoles. Comme elle n’est pas allée à l’hôpital immédiatement, elle a dû se faire amputer la jambe droite. Mais elle ne s’est jamais inclinée devant le malheur. Le ping-pong lui a donné une occasion de changer la vie. Le 21 septembre dernier, à Athènes, elle a remporté la médaille d’or du ping-pong simple dames. C’était la 100e médaille d’or des Jeux paralympiques remportée par la Chine. Par la suite, Zhang et ses coéquipières ont remporté la médaille d’or d’équipe dames au ping-pong. Depuis 1988, chaque fois que se tiennent des Jeux paralympiques, elle a remporté deux médailles d’or (simple et équipe), soit plus de vingt médailles dans diverses compétitions de ping-pong pour personnes handicapées. Zhang est aussi membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois.

Wang Ting, jeune fille originaire de Shanghai, championne du disque dames aux Jeux paralympiques d’Athènes, est toujours souriante bien que sa vie ait été parsemée de malheurs. Lors qu’elle avait huit mois seulement, elle a été atteinte de paralysie infantile. Un diagnostic erroné a entraîné la paralysie des deux jambes. « Je n'ai jamais su ce que c’est de marcher, mais je n’ai jamais pleuré pour cela », a-t-elle dit. Dès son bas âge, elle a su faire face à l’injustice du destin avec le sourire. Plus tard, elle a rencontré d'autres défis. En dépit de sa bonne note à l'examen d'admission au 2e cycle du secondaire, toutes les écoles lui ont refusé l'inscrition à cause de son handicap. Après un an de repos à la maison, elle a tenté de chercher un emploi. En 1999, elle a été choisie par un entraîneur professionnel comme athlète en fauteuil roulant. Des exercices difficiles et une attitude optimiste lui ont permis de remporter cinq or dans les Jeux nationaux pour personnes handicapées qui se sont déroulés l’année suivante. Puis elle a commencé à s’entraîner au lancer et a remporté plusieurs médailles dans des compétitions internationales.

« Je sortais très peu autrefois, a dit Fu Taoying, originaire d’une région rurale du Jiangsu. Si je n’avais pas fait du sport, je n’aurais jamais osé songer que je pourrais aller si loin, jusqu’à Athènes. » Le 24 septembre, elle a élue étoile du jour par le site officiel des Jeux paralympiques d’Athènes. Ce jour-là, elle a remporté sans difficulté l’or de l’haltérophilie de 60 kg dames, et a battu son propre record du monde avec une performance de 132,5 kg.

Fu Taoying a souffert de paralysie infantile en très bas âge et est devenue boiteuse. « Pendant bien des années, je suis restée à la maison, faisant la cuisine, la lessive et le ménage, et m'occupant de l’enfant de mon grand frère. Je croyais passer ainsi le reste de ma vie . » En 1998, à l’âge de 30 ans, un ami l’a recommandée à l’entraîneur Xu Honglin, qui lui a appris l’haltérophilie. « Moi, m'entraîner en haltérophilie ? » doutait-elle. Mais Xu et les proches et amis de Fu l’encourageaient tous. « Je me suis dit qu’il valait mieux sortir essayer que de tuer le temps en faisant le ménage. Même si je n’obtenais pas de bons résultats, je pourrais au moins mieux connaître le monde. » Pourtant, dès le premier essai, elle s’est vouée à ce sport. Elle a remporté l’or et a pulvérisé le record du monde. « Depuis, chaque fois que j'ai participé à une compétition, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, j’ai remporté au moins une médaille d’or et j’ai battu plusieurs records du monde. »

Avec l’haltérophilie, elle jouit d'une vie plus agréable et pleine, a acquis des connaissances multiples, et elle est plus ouverte. « Je ne parlais presque pas auparavant pour être restée trop longtemps seule à la maison », a-t-elle ajouté.

Fu a acheté une maison en ville. Mère d’un enfant, elle continuera à s’entraîner et espère décrocher une médaille d’or lors des prochains Jeux paralympiques. « J’aurai quarante ans alors et devrai me retirer après les compétitions. J’ai envie d’ouvrir une petite boutique et mènerai une meilleure vie. »

Tang Yuanru, 21 ans, a remporté une médaille d’or et trois médailles d’argent lors des épreuves de natation à Athènes. Originaire du district autonome yao de Du’an, au Guangxi, il a perdu l'usage de ses jambes à cause de la paralysie infantile. « Quand j’étais petit, je m'amusais dans un étang et j'ai appris à nager. Soudain, j'ai glissé dans l’eau profonde. J’ai combattu avec toute mon énergie et me suis sauvé. » Après l’accident, Tang a décidé d’améliorer sa technique de natation. Tous les jours, à la sortie de l’école, alors que tous les copains s’amusaient dehors, il allait s’entraîner dans l’étang, presque sans interruption, et il a fait un grand progrès. « Je ne peux pas marcher, mais dans l’eau, les adultes les plus robustes n’étaient pas mes adversaires », a dit Tang avec fierté.

En 1999, un employé de l’Association des personnes handicapées de Du’an a découvert le talent de Tang et l'a recommandé à l’équipe de natation du district. Il avait alors 17 ans : trop âgé pour un nageur professionnel. Mais après vingt jours d’entraînement, il a remporté trois médailles d’or lors des Championnats nationaux de natation des personnes handicapées. L'année suivante, il a remporté trois médailles de bronze aux Jeux nationaux des personnes handicapées. En août 2002, il a été choisi par l’équipe nationale de natation des personnes handicapées.

Au cours de notre interview, plusieurs champions des Jeux paralympiques ont dit que ces Jeux leur ont offert l'occasion de défier leur limite, d’exhaler leur vitalité et de montrer leur valeur. On peut changer son destin à condition d'être convaincu, d'avoir de la volonté et de ne pas s’incliner devant le malheur.

Lors des Jeux paralympiques d’Athènes, aucun sportif chinois n’a été accusé de dopage. « Nous voulions assurer que nous participions à des Jeux paralympiques absolument propres, ont dit les sportifs. Participer à des rencontres sportives a pour but la convalescence. Nous ne pouvons absolument pas détruire notre santé par des drogues en échange de médailles. » Avant les jeux d’Athènes, toutes les équipes chinoises ont signé une « garantie anti-doping » avec l’Association sportive chinoise pour les personnes handicapées, et les membres se sont avertis mutuellement de ne pas utiliser de médicaments interdits dans le traitement des maladies.

Promouvoir le sport pour personnes handicapées

Ces dernières années, le gouvernement chinois a soutenu politiquement et financièrement le sport pour personnes handicapées, fournissant à ces personnes une occasion d’exhiber leur talent sportif et de changer leur destin. Cela est l’un des secrets du fait que la Chine soit devenue un nouveau « maître » des Jeux paralympiques. La Chine compte actuellement une quinzaine de centres d’entraînement sportif pour personnes handicapées, d’autres, y compris un centre d’entraînement sportif général pour personnes handicapées, à Beijing, sont en cours de construction. L’année prochaine, le gouvernement affectera 100 millions de yuans des finances nationales à l'amélioration de l'équipement et des installations.

La standardisation du sport pour personnes handicapées a commencé en 1983, après la fondation de l’Association sportive chinoise pour personnes handicapées. Puis, l’Association sportive chinoise pour les sourds et l’Association sportive chinoise pour les personnes intellectuellement retardées ont été fondées en 1985 et 86. Toutes les provinces, régions autonomes et municipalités relevant directement à l’autorité centrale ont mis sur pied leur propre association sportive pour personnes handicapées. À présent, la Chine est membre de huit organisations sportives internationales pour personnes handicapées et de nombreuses organisations internationales d’une discipline particulière, et établi des liens avec des organisations sportives de certains pays et régions. La Chine a participé à des Jeux paralympiques, à des jeux spéciaux internationaux, à des jeux d’Extrême-Sud et à diverses compétitions internationales d’une discipline particulière. Le 1er avril 2004, le Centre de gestion des sports paralympiques de Chine a été inauguré.

Par ailleurs, plusieurs universités ont ouvert la spécialité de sport pour personnes handicapées. La formation d’étudiants aspirant à la maîtrise en handisport existe à l’université des Sports de Beijing. Le handisport qui est passé d’activité populaire spontanée à une cause organisée et d'une haute technicité, est entré dans une période de rapide progrès.

Le recrutement d’entraîneurs hautement qualifiés est considéré comme une autre raison importante des performances excellentes des Chinois lors des Jeux paralympiques d’Athènes. « Pendant dix mois, tous les entraîneurs ont cherché à augmenter la note des athlètes sans oublier de s’occuper de leur vie », a dit Wang Xinxian, vice-président de l’Association chinoise des personnes handicapées et chef de la délégation chinoise aux Jeux paralympiques d’Athènes.

Guo Wei, originaire de Shanghai et qui a participé aux Jeux paralympiques pour la première fois a remporté trois médailles d’or en brisant un record mondial. Son entraîneur Qi Dechang, âgé de 70 ans, était le professeur de Sun Haiping, l’entraîneur de Liu Xiang, champion du 110 m haie hommes aux Jeux olympiques d’Athènes. Il y a cinq ans, Qi a découvert Guo, a amené ce jeune garçon, légèrement handicapé d'une jambe et connu à l’école pour sa malice, à l’équipe d’athlétisme. Il en a fait une vedette de la compétition à Athènes.

« Les sportifs aux Jeux paralympiques sont tous des amateurs. La plupart d’entre eux n’ont pas de profession fixe. Ils doivent tenir compte de leur gagne-pain et certains athlètes talentueux ont dû abandonner les exercices pour vivre », a dit Wang Xinxian. Nous devons profiter pleinement de l’influence des Jeux paralympiques et des sportifs pour déclencher plus largement le handisport, afin que davantage de personnes handicapées se lancent dans l’exercice physique et participent à la vie sociale.