SOCIÉTÉ
La Chine considère avec sérieux
l’alarmante situation du sida
Le ministère de la Santé s’engage à faire l’examen de détection du VIH parmi les anciens donneurs de plasma dans l’ensemble du pays, et il se concentre sur la prévention du sida parmi les gens à risque.
JIAN FA
Le
travail de prévention et de traitement du sida se trouve actuellement
à une étape cruciale en Chine. En coopérant étroitement
avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres
organisations mondiales, le gouvernement chinois a déterminé que
l’éradication de l’épidémie de sida parmi les
gens à risque de contracter le VIH et la prévention de la transmission
de la maladie au sein de la population constituaient la tâche la plus
importante de ses activités actuelles.
Par ailleurs, la perception du sida dans la société est en train de connaître un changement colossal. De plus en plus d’individus et d’organisations non gouvernementales se sont engagés dans l’éducation sur le sida et dans sa prévention. La prévention de cette maladie a récemment été intégrée au contenu de l’enseignement dans les écoles primaires et secondaires de Beijing. Dans certaines régions du pays, les malades atteints du sida sont désormais couverts par l’assurance-maladie et peuvent être traités gratuitement. De plus, il est assez impressionnant que la mise au point d'un médicament de médecine traditionnelle chinoise, issu de la recherche chinoise et mis au point au pays, soit entrée dans la deuxième phase de tests cliniques. Si ce médicament était lancé sur le marché, les malades n'auraient plus à assumer de lourds frais médicaux.
Le 28 octobre dernier, Zhang Chunnan, une jeune fille de 17 ans, est morte du sida après avoir enduré de grandes souffrances. Du diagnostic définitif jusqu'à sa mort, il ne s’était écoulé que treize jours. Juste avant de mourir, Zhang était encore consciente et pleurait. Elle n’avait jamais su qu’elle était sidéenne.
Elle avait été contaminée par le virus du sida, il y a huit ans, alors qu’elle avait reçu une transfusion de sang lors d’une opération de chirurgie plastique pour corriger la courbure de ses jambes. Le sang avait été fourni par la banque de sang de l’hôpital. Après l’opération, les jambes de Zhang s’étaient vite rétablies, mais le virus du sida était entré dans son petit corps de neuf ans.
Zhang était malheureuse, et ce malheur est représentatif de l'état des malades atteints du sida en Chine. Pour plusieurs, l'origine de la maladie provient de la vente ou de la transfusion de sang.
Le
2 novembre dernier, le professeur Xu Tianmin, de la Commission des spécialistes
en prévention et traitement du sida, relevant du ministère de
la Santé, a révélé des chiffres étonnants.
En effet, de 1985, année où la Chine a découvert le premier
sidéen, jusqu’au mois d’avril 2004, on a dénombré
840 000 séropositifs, dont 80 000 sidéens; pour ce qui est du
nombre de décès causés par cette maladie, il est estimé
à 160 000. Pour le rythme actuel d’augmentation du nombre de malades,
la Chine se place au 14e rang mondial et au 2e rang en Asie.
Dans un document publié le 29 octobre, le ministère de la Santé a révélé que, pour le moment, la propagation du sida présente une tendance de croissance rapide parmi trois groupes : les consommateurs de drogues utilisant la seringue, les prostituées et les homosexuels. Dans certaines régions, le taux d’infection par le sida est même très élevé parmi ces gens. La situation du sida en Chine se trouve à un point critique : il y a menace de propagation passant des gens à risque vers la population en général.
Le sous-ministre de la Santé, Wang Longde, a dit que les lois et règlements actuellement en vigueur en Chine ne sont pas complètement adaptés aux besoins de la prévention et du traitement du sida, ni à l'évolution de la situation de cette maladie. La Chine est en train de réviser la Loi sur la prévention et le traitement des maladies contagieuses, et certains articles pour prévenir la discrimination, qui a suscité une vive attention dans la société, y ont été inclus.
Examens médicaux pour les anciens donneurs de plasma
Les
données des départements de Santé montrent que les gens
qui ont contracté le virus du sida en vendant du sang vers 1995 présentent
maintenant un taux élevé de morbidité et de mortalité.
De plus, dans certaines régions qu’on n’avait pas déterminées
comme régions importantes, la situation du sida est de plus en plus sévère,
à cause des anciens donneurs de plasma. Découvrir le plus tôt
possible les séropositifs et les sidéens chez les anciens donneurs
de plasma et prodiguer immédiatement un traitement médical constituent
la tâche urgente du travail actuel de prévention et de traitement
du sida en Chine.
Pour bien connaître la situation de la maladie et appliquer un traitement médical, le ministère de la Santé a décidé de procéder dans l’ensemble du pays à des examens systématiques de tous les anciens donneurs de plasma, sans exception.
Dans la province du Henan (l'une des régions les plus touchées par le VIH), le gouvernement local mène, depuis le 26 juillet dernier, une campagne d'examens d’envergure chez 280 476 donneurs de plasma habitant dans 51 187 villages et quartiers d’habitation; à cette fin, ce gouvernement a mobilisé plus de 500 000 personnes.
Le matin du 10 septembre, lors du point de presse ayant suivi les examens, le directeur du département de la Santé du Henan, Ma Jianzhong, a révélé que, après vérification, le Henan compte 25 036 cas d’infection au VIH et 11 815 sidéens. Selon les chiffres publiés avant ces examens, le Henan totalisait 6 524 séropositifs et 1 940 sidéens pour la période de mars 1995 au 27 novembre 2003.
« En seulement neuf mois, le nombre de séropositifs au Henan a augmenté d'environ 20 000 cas. Ces chiffres démontrent que les récents examens étaient vraiment sérieux », a déclaré un spécialiste de Beijing.
Intervention du gouvernement auprès des gens à haut risque
Pour
contrôler et empêcher la propagation de l’infection, le gouvernement
chinois concentre également son travail sur l’intervention pour
faire modifier les habitudes sexuelles des personnes à haut risque.
Lors de la XVe Conférence mondiale sur le sida, tenue le 11 juillet 2004, le professeur Wu Zunyou, du Centre national pour la prévention et le contrôle du sida, a fait une présentation. Il y a souligné que la Chine s’efforce d’éduquer le public sur le sida, et que dans certaines régions, elle a popularisé l’utilisation des condoms, des seringues jetables et de l’Adanone. L’Adanone est un produit synthétique dont l'effet puissant permet aux drogués de se libérer de la dépendance à l’héroïne.
En juillet et août, le Centre de prévention et de traitement des maladies chroniques de Shenzhen, une ville de la Chine du Sud, y est allé d'une première. Il a constitué le premier groupe d’infirmières de service public chargées, auprès des femmes à haut risque, de généraliser les connaissances sur les maladies vénériennes, le sida, l’utilisation du condom et le traitement si on a contracté cette maladie.
Au début de novembre, dans ses départements locaux de contrôle et de prévention des maladies, la Chine a établi un groupe d’intervention pour faire modifier les habitudes sexuelles des personnes à haut risque.
Selon le ministère de la Santé, empêcher la propagation du sida parmi les gens à haut risque et prévenir la transmission du VIH au reste de la communauté constituent des tâches ardues et importantes que l'on devra poursuivre à long terme. Pour bien saisir la situation, exercer une intervention adéquate et faire modifier les habitudes sexuelles des personnes à haut risque, la société chinoise a besoin d'un contingent de personnes attitrées à cette fin.
Toujours d’après le ministère de la Santé, la responsabilité et la tâche des groupes d’intervention pour faire modifier les habitudes sexuelles des personnes à haut risque consistent à découvrir le nombre, le type et la répartition des gens à haut risque; à dispenser de l’éducation lors de rencontres personnelles; à procéder à des examens de détection et à généraliser l’utilisation des condoms, des seringues jetables et de l’Adanone; et, finalement, à mobiliser et à soutenir le travail d’intervention des autres départements et organismes non gouvernementaux concernés.
Introduire activement des projets de coopération internationale
Dans le domaine de la prévention et du traitement du sida, la Chine recherche de plus en plus le soutien de la communauté internationale. Actuellement, le plus grand projet de coopération internationale est le Projet de coopération sino-étatsunien de prévention et de traitement du sida.
Étant l'une des activités mondiales consacrées à la lutte contre le sida, ce projet est financé par le gouvernement étatsunien et exécuté par le Centre de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis. Quinze millions d’USD seront versés dans les cinq années à venir. Le projet couvrira la municipalité de Beijing, de même que six provinces et trois régions autonomes, soit le Shandong, le Guangdong, le Henan, l’Anhui, le Heilongjiang, le Guizhou, le Xinjiang, la Mongolie intérieure et le Tibet. Le 13 avril, Beijing a été le premier endroit à mettre ce projet en marche.
Avant 1995, à cause de la collecte illégale de sang dans certaines régions du Henan, dans un certain nombre de villages, des gens ont contracté le VIH. Après une longue période de latence, la maladie s’est déclarée ces deux dernières années. Le 28 mai, le Projet de coopération sino-étatsunien de prévention et de traitement du sida a été mis en application au Henan. Selon Ma Jianzhong, directeur du Département de la Santé du Henan, afin d’empêcher la transmission du VIH de deuxième génération, 350 000 USD vont être investis annuellement pendant cinq années consécutives pour renforcer le système de surveillance sur le sida et les laboratoires, de même que pour élargir la sphère de surveillance et élever la qualité. Par ailleurs, on va établir un centre d’éducation consacré à la formation de médecins spécialisés dans le traitement du sida pour l’ensemble du pays.
En juillet dernier, dans le but de contrôler et de prévenir les maladies vénériennes et le sida chez les homosexuels, on a mis en application un projet de coopération sino-britannique appelé Chunyu (pluie de printemps). Ce projet d’un an est effectué en coopération avec le Futures Group Europe, un organisme international qui se consacre à la santé publique et au développement social.
En octobre dernier, dans le but de procéder au traitement anti-VIH parmi les drogués et de trouver un moyen adéquat pour les autres régions du pays, le Projet de coopération sino-britannique de prévention et de traitement des maladies vénériennes et du sida a été mis en application dans trois districts du Sichuan.
Selon le projet, les drogués peuvent recevoir régulièrement le médicament à leur département local antiépidémique s’ils présentent les conditions suivantes : être séropositifs ou sidatiques, avoir un taux de VIH élevé dans l’organisme, et après examen médical, présenter une condition adéquate pour le traitement anti-VIH. Toujours selon ce projet, la médication est gratuite pour les paysans et les gens qui n’ont pas souscrit à l’assurance-maladie de base.