Enfoncer les dix goulots limitant le développement
des petites et moyennes entreprises

Promouvoir le plein-emploi demeure un problème auquel le nouveau gouvernement chinois doit faire face et dont l’issue réside dans le développement des petites et moyennes entreprises (PME). Ainsi est-il nécessaire de connaître les obstacles principaux entravant leur développement.

CHEN NAIXING

Actuellement, la situation de l’emploi est rigide en Chine ; les chômeurs sont déjà nombreux et une nouvelle génération de main-d’œuvre s’ajoute. Pour accroître les postes, la voie radicale consiste à développer les PME, et notamment à transférer la masse de main-d’œuvre agricole et à augmenter la participation des paysans à l’industrie, comme l’ont fait le Zhejiang, le Jiangsu et le Guangdong. Dans la Chine où les fermiers représentent la part majoritaire de la population, cela s’avère une mesure efficace pour hausser leurs revenus.

En Chine, la main-d’œuvre constitue la ressource la plus abondante. L’exploitation de cette ressource est directement liée à la construction d’une société d’aisance moyenne générale proposée dans le rapport du XVIe Congrès du Parti communiste chinois. Avec une population de 1,3 milliard, soit 20 % de la population mondiale, la Chine voit la signification du plein-emploi de ses ouvriers dépasser le développement de l’économie, mais aussi la sauvegarde de la stabilité sociale.

Les PME, plus que composante importante de l’économie chinoise, sont une des principales solutions au problème de l’emploi du pays. Le 1er janvier 2003, la Loi sur la promotion des petites et moyennes entreprises (ci-après appelée « Loi sur la promotion »), la première loi spéciale dans ce domaine, est entrée en vigueur, fournissant ainsi un appui juridique aux PME. Or, à juger des résultats, il faut encore résoudre dix problèmes de fond concernant les systèmes, les politiques et autres.

Premièrement, approfondir la réforme du marché financier. Pourquoi les PME ont-t-elles de la difficulté à collecter des fonds ? Parce que le marché financier est imparfait, le canal de collecte de fonds est unique, c’est-à-dire par le biais des banques. Dans les pays où le marché financier est développé, cette approche indirecte constitue seulement une issue très limitée pour les PME ; la plupart des fonds sont obtenus directement auprès du « marché secondaire », des institutions de placement dans les start-up, des diverses fondations ou des emprunts sociaux ou encore des investissements à risque.

En outre, les banques chinoises sont de structure irrationnelle ; il manque de petites banques, en particulier non gouvernementales. Seules les petites banques peuvent satisfaire les PME qui ne demandent pas beaucoup de capitaux, et du fait de leur réserve limitée de capitaux, elles visent les PME comme clients principaux. Or, les grandes banques servent essentiellement les grandes entreprises dont la demande de fonds est importante. Elles ne connaissent pas tellement les PME, et même si elles acceptent les PME comme clientèle vu la pression de la situation, elles ne savent quelles mesures prendre et, sceptiques sur la crédibilité des PME, elles accordent très peu de prêts même si elles ont une réserve abondante. Voilà un problème né de l’irrationalité de la structure bancaire.

Deuxièmement, réformer le système d’approbation. Les nombreuses approbations administratives exigées en Chine entravent la mise en valeur de l’exploitation souple des PME. Le marché est changeant. Avec les formalités compliquées à remplir et la longueur du processus d’approbation, les PME, même si elles obtiennent un projet qui rencontre le besoin du marché, auraient perdu l’occasion. En plus, l’accès à certains domaines est interdit aux PME, surtout aux entreprises privées. Celles-ci ne sont même pas autorisées à entrer dans certains secteurs ouverts aux investisseurs étrangers.

La Chine classifie son économie en quelque 80 secteurs. Les investisseurs étrangers sont autorisés à accéder à environs 60 d’entre eux, tandis que les entreprises privées chinoises n’ont accès qu’à 40 seulement. Dans ce contexte, en plus de la simplification des procédures, la réforme du système d’approbation administrative doit aussi s’orienter vers l’élargissement des secteurs accessibles aux PME et de leur champ d’activité. Actuellement, dans le monde, certains pays ne demandent pas aux petites entreprises de remplir des formalités pour approbation. Même pour les administrations industrielles et commerciales, on peut ouvrir l’entreprise et compléter les formalités postérieurement.

Troisièmement, réformer le système de gestion foncière et former un marché foncier. Comme élément de production, la terre doit avoir un marché et la répartition des ressources foncières doit être faite par ce marché. En Chine, nombre de paysans se sont lancés dans des PME. Mais se jeter dans les secteurs secondaires et tertiaires leur demande la possession d’une certaine quantité de fonds. À l’heure actuelle, le transfert foncier constitue la principale source des capitaux initiaux de ces paysans. Mais le marché foncier imparfait est à l’origine du désordre des transferts fonciers. Donc, la réforme du système foncier actuel consiste à libérer la Chine du joug de la possession collective de la terre, qui est virtuelle, pour former une propriété réelle de la terre par les fermiers. Il faut résoudre ce problème qui concerne l’ensemble du développement de l’économie nationale.

Quatrièmement, commercialiser de nouveau le marché des céréales. Ce marché ayant déjà été commercialisé dans les années 1980, la Chine est revenue à l’achat unifié par les entreprises d’État. Les paysans sont retombés dans la difficulté de vendre leurs récoltes céréalières, et les finances nationales ont eu des charges plus lourdes. En même temps, cela a entravé le développement des petites et moyennes entreprises alimentaires et de transformation céréalière, notamment les ateliers privés. Pour ne pas compromettre les intérêts des fermiers, le gouvernement pourrait régulariser les prix du grain sous forme de réserve.

Cinquièmement, réformer le système de gestion du commerce extérieur. Le fait que la plupart des entreprises n’ont pas de licence d’importation et d’exportation a empêché les PME d’accéder au marché mondial. C’était la même chose pour elles de vendre leurs produits à un client intérieur ou étranger. Il n’était donc pas nécessaire d’obtenir une telle licence. Maintenant membre de l’OMC, la Chine a vu sa forme économique progresser vers la mondialisation. Mais les approbations strictes demandées pour les exportations et le peu de progrès de la réforme du système de gestion du commerce extérieur ont empêché la fusion fondamentale de l’économie chinoise au marché international, qui serait marqué par le fait que de nombreuses PME sont autonomes à déclencher du commerce extérieur. Pour leur permettre d’entrer au plus tôt sur le marché mondial, il faut changer le système actuel d’approbation en système d’enregistrement.

Sixièmement, réformer le haut seuil d’accès demandé aux PME. Actuellement, le capital social demandé est encore élevé, atteignant plusieurs centaines de milliers de yuans. Il faut aussi compter les personnels technique et comptable. Le gouvernement doit assouplir les conditions pour encourager les gens à mettre sur pied des start-up afin de se créer un emploi. Les autres pays du monde, même les pays développés, n’imposent pas de conditions aussi exigeantes aux PME que la Chine. Dans l’État de l’Iota, aux États-Unis, le capital social demandé n’est que de vingt dollars ; si les documents requis sont complets, on peut faire enregistrer une entreprises en trois minutes. Grâce à de telles facilités, l’Iota a vu son économie se développer rapidement dans les vingt dernières années. L’essor lui a permis de se trouver parmi les plus avancés des États-Unis. On peut donner un autre exemple, le Zhejiang de Chine. Son niveau économique était inférieur à la moyenne nationale avant 1978, année initiale de la réforme et de l’ouverture. Dans les premiers temps de l’application de cette politique, les autorités provinciales ont pris l’initiative d’autoriser les paysans à faire du commerce sur un stand, à colporter les articles d’usage courant ou à ouvrir des ateliers familiaux. Aujourd’hui, les PME s’épanouissent partout dans le pays, certaines d’entre elles ont pris beaucoup d’envergure, et le Zhejiang est devenu une province riche.

Septièmement, changer les fonctions du gouvernement. Dans l’économie de marché, le gouvernement doit voir changer son rôle, du « sportif » au « juge », se libérer de l’intervention directe dans les affaires des entreprises pour se changer en serviteur du marché ; il doit aussi, en partant de l’économie stratégique, passer de la gestion courante à l’étude des politiques et mesures à prendre, des règles du marché, de la surveillance du respect des politiques et orienter l’avancement des entreprises. On doit mettre en évidence l’idée qu’administration entend service. Sa réalisation compte sur l’établissement d’un système juridique complet ; le gouvernement doit agir dans la limite de la loi. Quant aux administrateurs qui ne respectent pas les règlements et disciplines de travail, les services de surveillance doivent les interroger sévèrement ; ceux qui violent la loi doivent recevoir un avertissement ou même subir une peine. L’extension abusive du pouvoir administratif a entravé le progrès de l’économie de marché et aussi la reprise des PME.

Huitièmement, établir un réseau complet d’organisations populaires des PME. Avec la mutation des fonctions du gouvernement, certaines opérations devront être exécutées par les organisations populaires des PME. Ainsi, parfaire celles-ci constitue une des conditions préalables du changement des fonctions gouvernementales. Les PME doivent avoir des organisations indépendantes, irremplaçables, car les PME ont des caractéristiques, demandes et intérêts communs. L’établissement de telles organisations et leur situation marquent l’état de l’économie de marché. Dans la Chine actuelle, le système est encore incomplet ; les quelques organisations existantes dérivent d’organismes gouvernementaux ; elles ne peuvent ni travailler de façon indépendante ni répondre aux besoins de la marchéisation.

Neuvièmement, développer le marché du service. Par le marché du service, on entend les rapports sociaux qui fournissent divers services aux PME ; il est une composante de l’environnement culturel des PME. Ici, le terme « service » est au sens strict. Au sens large, les services touchent les domaines législatif, administratif et judiciaire. Le service au sens strict est en réalité offert autour des opérations concrètes de la gestion de l’entreprise, par exemple, collecte de fonds, comptabilité, marketing, formation du personnel, gestion de la clientèle, logistique, publicité et conception de produit. Comme les entreprises qui se livrent à ce genre de services sont presque toutes des PME, il faut développer ce secteur au moyen de mesures préférentielles.

Dixièmement, alléger les charges des PME. Actuellement, un phénomène nous inquiète : les régions économiquement développées ont moins de charges tandis que les régions moins développées ont des charges plus lourdes. Dans certains endroits du Zhejiang, on a supprimé depuis longtemps tous les frais autres que les impôts. En principe, les régions sous-développées doivent attirer des fonds et des compétences en prélevant moins de frais. Or, elles en prélèvent davantage pour compléter l’insuffisance budgétaire. Il se forme donc un cycle vicieux : plus de frais est prélevé à une entreprise, plus son développement est défavorisé ; et moins développée est une entreprise, plus de frais elle verse. Ces régions doivent agir avec clairvoyance et former des sources d’impôts en stimulant le développement.