Analyse de la répartition actuelle des revenus en Chine

WANG CHENG

Règle générale, la répartition du revenu individuel dans un pays revêt l'une des trois formes suivantes : disque, pyramide ou olive. En Chine, elle prend la forme de plus en plus manifeste d'une pyramide. Cet état de répartition est dû à certaines conditions qui ont prévalu au cours de l'histoire. Il représente toutefois un grand danger latent qui, s'il n'est pas corrigé, affectera la macrostabilité et les perspectives du développement économique. Afin de changer cet état de choses, il faut réajuster certaines des politiques actuelles.

La répartition du revenu en forme de disque est caractérisée par un écart infime entre le revenu le plus élevé et le revenu le plus bas. Cette forme traduit l'égalité entre les individus en matière de répartition des revenus, mais ne peut ni témoigner de leur contribution économique, ni encourager les personnes laborieuses et sanctionner celles qui sont paresseuses.

Pour sa part, la forme pyramidale se caractérise par les éléments suivants : le niveau de revenu d’une minorité de personnes est de beaucoup supérieur à la moyenne nationale; celui d’une autre minorité atteint le niveau de la moyenne nationale, alors que le revenu de la plupart des gens est inférieur à la moyenne, c’est-à-dire qu'il se situe quelque part entre le seuil de pauvreté et l’aisance. La répartition en pyramide signifie que l’égalitarisme a cessé, que la concurrence est encouragée et qu’une partie de la population s’enrichit d’abord. Cette forme de répartition peut cependant engendrer une polarisation des revenus entre les riches et les pauvres. Avec cette forme, le niveau de vie de la majorité ne peut pas s’améliorer avec la croissance économique, ce qui nuit à la stabilité sociale et à un développement économique continu.

À l'image de l’olive, la répartition épousant cette forme se présente avec deux bouts pointus et un gros centre. Ainsi, les personnes les plus riches et les plus pauvres sont peu nombreuses, et la plupart de membres de la société ont un niveau moyen de revenu. Comparée aux deux autres formes, cette répartition manifeste seulement un petit écart de revenu entre la grande majorité des gens. De plus, du fait du petit nombre de personnes à faible revenu, il est facile d'assurer l'assistance sociale, et dès lors, la stabilité de la société.

Pour l’heure, la Chine a atteint le niveau du revenu minimal des pays moyennement développés (800 USD par personne); dans l’ensemble, elle atteint le niveau d’aisance. Toutefois, elle demeure toujours à l’étape de répartition du revenu en forme de pyramide.

Une série de données peuvent le prouver. Selon des statistiques sur les dépôts bancaires des Chinois, publiées par la Banque populaire de Chine, 80 % de ces dépôts appartiennent aux 20 % des personnes les plus riches au sein de la population; l'autre 20 % des dépôts appartient aux 80 % restants. D’après les estimations des experts, en 2002, il y avait environ un million de Chinois détenant un actif dépassant un million de yuans ; et 1 % de la population nationale touchait un revenu annuel d'au moins 100 000 yuans. À l'évidence, les 1 à 1,3 million de personnes les plus riches représentaient la partie pointue de la pyramide. Sa partie centrale était constituée d'environ 450 millions (35 % du total de la population) de salariés urbains, dont le revenu moyen disponible, par personne et par an, était de 7 703 yuans, et de paysans s'étant enrichis. Quant à la partie basse de la pyramide, elle était constituée des 830 millions de ruraux (64 % de la population nationale), des personnes à revenu bas (2 476 yuans par personne), et de la population urbaine pauvre dont le revenu annuel ne dépassait pas 2 400 yuans.

Ce qui est plus grave, c’est que cette structure de répartition du revenu s'accentue encore. Selon des statistiques, la richesse des nantis s’accroît à un taux annuel de 15 % . Pour leur part, le revenu des personnes de la couche intermédiaire augmente de 10 % par an, et celui des personnes à bas revenu, de seulement 4 à 5 % par an.

Dans ce contexte, afin d’assurer une croissance rapide et soutenue de l’économie, la Chine doit le plus tôt possible faire passer la structure salariale de la forme pyramidale à celle de l’olive. Pour réaliser cette conversion, il faut mettre l’accent sur les points suivants :

Premièrement, déterminer un nouvel objectif de contrôle macro-économique. Il faut y ajouter l'élément « coordination de la répartition du revenu ». D’abord, on peut réajuster les taux d’écart des revenus et les limiter aux proportions suivantes : entre le revenu élevé et le revenu moyen, limiter à 10 fois, au lieu de 12,5 fois actuellement; entre le revenu moyen et le revenu bas, limiter à 2 fois, au lieu de 3 fois actuellement; et entre le revenu élevé et le revenu bas à 20 fois, au lieu de 33 fois actuellement. Dans l’objectif de contrôler l’écart du revenu, on peut fixer l’indice Gini à 0,4.

Deuxièmement, appliquer le principe de répartition à l'effet de « prendre en considération les fractions de la population se situant aux deux bouts, en entraînant activement la partie centrale ». En vertu de la loi, il faut encourager et protéger les personnes à haut revenu qui ont payé honorablement leurs impôts; et accorder une assistance publique aux personnes sous le seuil de la pauvreté ou à bas revenu. Ces personnes pourront ainsi tirer de plus en plus d’avantages, notamment sur le plan des connaissances, des informations, des techniques, de l’accès au marché, des crédits et de la perception des impôts. Pour les personnes à revenu moyen, il faut les inciter à participer à la concurrence sur le marché mondial, et à renouveler sans cesse leurs techniques professionnelles et leurs connaissances sur l’économie de marché moderne. Ces personnes pourront ainsi toujours constituer les piliers stables du développement économique, de l’augmentation du revenu et d’une stabilité sociale garantie.

Troisièmement, établir un mécanisme d’éducation et de fonctionnement social de type nouveau, c'est-à-dire résoudre le problème d’emploi en recourant à la création d’entreprises. Actuellement, la difficulté à trouver un emploi est l’une des principales causes de l’augmentation de l’écart de revenu. La Chine ne dispose pas actuellement d'un tel mécanisme d’éducation et de fonctionnement social permettant d’encourager les personnes à chercher et à créer des occasions d’emploi. Beaucoup de gens sont habitués à accepter passivement un emploi alloué par le gouvernement. Si ce type de mentalité n’est pas éradiqué, les étudiants diplômés ne pourront pas s’adapter à l’économie de marché et n’auront pas suffisamment d’occasion d’emploi.

Quatrièmement, établir un système de sécurité sociale qui concerne les soins médicaux, les retraités, les handicapés, etc. Ce système doit s'harmoniser avec le développement de l’économie nationale.

Cinquièmement, accélérer l’urbanisation de l’économie chinoise. Dans la Chine actuelle, le taux d’urbanisation est de 32 % contre un objectif gouvernemental planifié de 80 %. Il faut donc faire disparaître au plus vite la différence d’état civil entre les agriculteurs et les non-agriculteurs, ce qui va promouvoir la mobilité de la main-d’œuvre rurale et l’industrialisation agricole. Ainsi, à moyen terme et pour l’essentiel, on réalisera l’urbanisation rurale et on améliorera l’état de répartition du revenu dans l’ensemble du pays.