Veut-on le patrimoine mondial ou le développement continu ?
En
été 2003, la Commission d’État pour le développement
et la réforme a présidé une réunion d’examen
du Rapport sur la planification des eaux et de l’électricité
des cours moyen et inférieur du Nujiang. Ce tronçon de 742 km,
sur un dénivelé de 1 578 mètres, abonde en ressources hydrauliques.
On a adopté le projet d’exploitation des treize gradins des deux
réservoirs d’eau des cours moyen et inférieur du Nujiang
; les groupes électrogènes à y installer totaliseront une
capacité de 21,32 millions de kW. L’exploitation du Nujiang sera
constituée principalement de la production d’électricité
et secondairement de l’irrigation, de l’alimentation en eau, de
la prévention des inondations et du tourisme.
Le projet de construction de treize barrages sur le fleuve a suscité la contestation dès le début. Des experts en écologie, travaux hydrauliques et électricité, les autorités locales et de plus en plus d’habitants ont participé aux débats.
Le Nujiang, qui traverse la province du Yunnan, dans la Chine du Sud-Est, est l’un des deux fleuves d’écologie naturelle du pays, l’autre étant le Yarlung Zangbo, qui n’a pas connu d’intervention humaine jusqu’ici. En juillet 2003, la région de convergence du Nujiang, du Jinshajiang et du Lancangjiang a été citée dans le Patrimoine mondial en tant que bien naturel. Selon un spécialiste, cette zone représente moins de 0,4 % du territoire national et abrite 77 espèces d’animaux et 34 de plantes sous protection nationale. Le bassin du Nujiang qui renferme une des rares forêts vierges de la Chine, où 70 % des poissons sont autochtones et uniques, est la région à la plus grande biodiversité et une réserve de nombreuses espèces de faune et flore rares et en danger de disparition, et aussi une importante zone de rétablissement des sources d’eau et aux fonctionnalités écologiques de la Chine.
Actuellement, l’attitude vis-à-vis de l’exploitation du Nujiang est tout a fait différente. Les médias estiment que les débats concernés marquent presque la possibilité de la simultanéité du développement de l’Ouest et de la protection écologique.
La construction des barrages endommagera gravement l’écologie
Li Bosheng, chercheur à l’Institut de recherche végétale de l’Académie des sciences de Chine.
L’influence en principe négative de l’exploitation en gradins sur l’écosystème de la vallée du Nujiang se traduit notamment dans les domaines géologique, géomorphologique, climatique, hydraulique, des activités humaines de production et de vie, de la culture nationale, du développement de l’économie et de la société locales, et des relations internationales. Mais l’influence la plus importante et la plus directe sur l’environnement naturel peut se résumer en trois points.
Premièrement, les travaux hydroélectriques et les barrages artificiels détruiront grandement les paysages de la vallée du Nujiang, ce qui portera atteinte à l’industrie touristique de la région. La « convergence de trois fleuves » qui vient d’être inscrite dans le Patrimoine mondial de l’Unesco, est un prodige naturel. La vallée du Nujiang est considérée comme la plus charmante de la région des trois fleuves pour ses paysages spectaculaires, sa forme typique, sa coupe profonde, et sa longueur. En plus, du fait des reliefs escarpés, aucune route n’a été construite dans la plupart des sections et surtout dans la section centrale de la vallée, qui est donc restée intacte. Comme les scientifiques n’ont pas encore mis pied dans la plupart des tronçons du fleuve, on se permettrait de dire que la vallée du Nujiang est la plus mystérieuse en Chine.
Deuxièmement, les barrages en gradins saboteront de façon irréversible l’écosystème aquatique du Nujiang. Les biotes aquatiques conservent toutes les informations concernant l’ascension du plateau tibétain et les changements de l’environnement naturel. Le passage reliant l’océan Indien et le plateau tibétain sera complètement coupé, portant ainsi un coup fatal à de nombreux biotes aquatiques itinérants.
Troisièmement, pour la construction des barrages, des centaines de milliers d’habitants perdront leur foyer. Les ethnies minoritaires qui y vivent auront de la difficulté à s’adapter au milieu extérieur ; elles vont donc se déplacer vers les sommets. Mais sur les pentes s’étendent des bois denses. Ainsi, l’écosystème de forêts et d’arbrisseaux subira des ravages considérables.
Ces pronostics ont été faits sur la base des documents disponibles. En réalité, nos connaissances de la vallée du Nujiang sont très pauvres. Nous n’avons vu aucun document de recherche scientifique sur cette région où le transport est extrêmement rudimentaire. Avant d’entamer des études scientifiques sérieuses, il est téméraire de mettre au point tout projet d’exploitation du canyon du Nujiang.
Je crois que le Yunnan abrite les plus riches ressources florales et touristiques du monde. Le tourisme est devenu l’industrie à la plus grande croissance. Il faut donc mettre en valeur le potentiel du Yunnan dans ces domaines en y retransplantant des végétaux précieux répandus vers l’extérieur et disparus de la localité. Cela créera des miracles grandioses et engendrera des profits plus importants et plus durables que le développement hydroélectrique.
Fan Xiao, géologue du Sichuan.
À voir le monde entier, la construction de digues arrive à l’époque de réflexion. La mise en valeur hydroélectrique peut nous apporter des intérêts, mais aussi des conséquences écologiques et sociales négatives : un grand nombre d’espèces aquatiques originales vivent dans le Nujiang ; la construction de barrages coupera leurs canaux d’existence et provoquera l’extinction d’une série d’espèces biologiques.
La vallée du Nujiang s’enfonce en profondeur, jusqu’à 1 000 mètres environ, d’où la riche biodiversité. La construction d’une dizaine de barrages et les projets accessoires (construction de routes, par exemple), détruiront les tapis végétaux et entraîneront l’érosion terrestre. De nouveaux éléments incertains s’ajouteront à la situation géologique déjà instable et au milieu écologique faible, et seront à l’origine de glissements de terrain, de coulées boueuses et de cassures de strates.
Le bassin du Nujiang, où vivent actuellement seize ethnies, concentre des mœurs culturelles, langues et traditions riches et rares du monde. La plupart des groupes minoritaires habitent la vallée qui sera inondée après les travaux. Le déplacement des habitants anéantira le milieu culturel.
Quand certains se vantent de la valeur énergétique des ressources d’eau dans la Chine de l’Ouest, ils négligent souvent la valeur écologique et d’environnement général, et encore davantage le fait que le Sichuan et même l’ouest du pays sont la zone aux fonctionnalités et à la sensibilité écologiques la plus importante de la Chine. Considérant l’unique valeur économique, on fixe souvent ses regards sur l’intérêt local que l’exploitation de ressources hydrauliques pourrait apporter, sans tenir compte des pertes liées à l’environnement et au rendement social et économique à long terme.
Shen Xiaohui, ingégieur supérieur du Bureau national des forêts.
En Chine, le Nujiang et le Yarlung Zangbo sont les deux seuls grands fleuves qui ne sont pas sectionnés par des barrages et un réservoir. Pourrons-nous protéger de façon efficace les sites du Patrimoine mondial tels que la « zone de convergence de trois fleuves », et empêcher la construction de barrages sur le Nujiang, dans le respect de la loi, de la Convention du Patrimoine mondial et de nos engagements envers la communauté internationale ? Cela constitue un défi aux anciens concept et mode de développement.
La construction de barrages ne va pas à l’encontre
du Patrimoine mondial
Gu Hongbin, ingénieur supérieur de l’Institut de planification et de conception hydrauliques et hydroélectriques de Chine.
La centrale hydroélectrique à treize niveaux qu’on prévoit construire sur les cours moyen et inférieur du Nujiang suffirait à alimenter deux Beijing en électricité. Les travaux seront échelonnés. Actuellement, le Yunnan a un taux d’exploitation hydroélectrique de seulement 6,9 %, contre la moyenne nationale de 21 %.
La production hydroélectrique est une énergie propre et recyclable. La capacité totale des groupes électrogènes des travaux hydrauliques et hydroélectriques représente environ 20 % de l’alimentation électrique du pays. Ces travaux apportent des rendements inestimables de prévention des crues, d’alimentation en eau, d’irrigation, de tourisme, de transport fluvial et d’aquaculture.
Toute médaille a son revers. La production hydroélectrique a son côté néfaste à l’environnement. Mais nous ne devons pas l’exagérer ni nier son rôle positif. Les études démontrent que l’exploitation hydroélectrique a peu d’influence sur les plantes et animaux terrestres, une certaine influence sur la vie aquatique, mais n’entraînera pas l’extinction des poissons. D’autre part, les travaux de construction amélioreront les conditions de transport et promouvront le tourisme local.
Les autorités provinciales du Yunnan considèrent beaucoup l’exploitation et la protection du Nujiang. Quand elles demandaient l’inscription de la « zone de convergence de trois fleuves » dans le Patrimoine mondial, elles préparaient les mesures permettant de traiter correctement les rapports entre les deux. Le projet d’exploitation prévoit une hauteur de retenue de 1 950 m pour le gradin le plus élevé tandis que la sphère du site se trouve à une altitude supérieure à 2 200 m. C’est pourquoi je dis que l’exploitation du Nujiang ne détruit pas le site de convergence de trois fleuves.
Il est important de protéger l’environnement écologique ; la valeur potentielle des espèces végétales et animales et des gènes l’est aussi sans aucun doute. Mais nous ne devons pas rester immobiles par crainte de l’inconnu.
Shi Lishan, du Bureau de l’énergie de la Commission nationale du développement et de la réforme.
L’exploitation et la protection du Nujiang ne sont pas contradictoires. Il n’est pas scientifique de parler isolément de la protection sans aborder l’exploitation, et l’on de doit pas adopter une attitude extrême dans la protection environnementale.
Il faut reconnaître l’existence des atteintes des travaux hydroélectriques contre les êtres aquatiques. Mais du point de vue de l’évolution du règne naturel, les organismes aquatiques doivent s’adapter à leur milieu d’existence. Ici, les travaux changeront seulement leur champ d’activité et non la qualité de l’eau. La cause de la diminution ou de l’extinction de certaines espèces aquatiques est due à la pêche abusive et à la pollution ou à la construction de centrales hydroélectriques ; cela mérite des études sérieuses.
Un autre résultat négatif est que le réservoir submergera quantité de terres et de tapis végétaux, ce qui changera le milieu d’existence de certains animaux terrestres. Mais la hausse de la surface de l’eau est favorable à l’environnement. La superficie de la zone à submerger, quelle qu’elle soit, est toujours minime par rapport à la surface de la Terre. Il en ressort que l’influence des travaux sur l’environnement écologique planétaire est peu importante, et elle est négligeable en comparaison avec les changements climatiques planétaires causés par la combustion massive d’énergie fossile. Pendant les travaux, le déblai et le remblai peuvent nuire à la végétation naturelle, et on doit aussi mentionner l’évacuation de déchets et d’eaux usées. Mais on peut prendre des mesures et renforcer le contrôle. Les travaux sont provisoires. À leur achèvement, on peut rétablir l’ordre. Le milieu écologique ne sera pas beaucoup affecté.
Pour le moment, les problèmes apparus dans la construction et le fonctionnement des centrales hydroélectriques n’ont pas directement trait à la construction de réservoirs. Ils sont plutôt dus, d’une part, à l’insuffisance de mesures correspondantes à cause de la méconnaissance des règles des eaux, d’autre part, à l’intensification des activités humaines et à l’imperfection de la gestion.
La Chine manque beaucoup d’énergies courantes. Le Nujiang, une base importante d’énergie hydraulique du pays, doit être exploité et utilisé de façon rationnelle. En outre, dans cette région frontalière qui regroupent plusieurs ethnies minoritaires, la vie est difficile, l’environnement écologique est faible et l’économie, retardataire. Dans ce contexte, le processus d’exploitation du Nujiang concerne directement le développement socio-économique de cette région et revêt une importante signification pour le progrès du Tibet et du Yunnan et la mise en application de la directive stratégique nationale de « développement de la Chine de l’Ouest ».