Tracer une nouvelle carte routière

CHAI MI

Les dirigeants chinois ont retiré la priorité au PIB comme le montre l’APN de mars où le premier ministre Wen Jiabao a prôné un taux modéré de 7 % comme objectif de croissance pour l’année, malgré un record annuel de 9,1 % en 2003.

En fait, l’objectif de 7 % reflète un nouveau concept vigoureusement invoqué par les leaders chinois. En près de six mois depuis la troisième réunion plénière du XVIe Comité central (CC) du Parti communiste chinois (PCC) en octobre dernier, le peuple chinois a pris conscience des nouvelles lignes de conduite qui inspireront la modernisation de la Chine à l’avenir.

Aussi, en octobre, les décideurs ont-ils adopté la résolution de « centrer le développement sur le peuple, un développement global, coordonné et soutenu, afin de promouvoir surtout l’évolution harmonieuse de l’économie, de la société et des êtres humains. »

On a aussi insisté sur la nécessité de « coordonner le développement des villes et des campagnes, des différentes régions, et le développement économique et social, l’harmonie entre les humains et la nature et entre le développement intérieur et l’ouverture sur le monde » comme moyen de pousser de l’avant la réforme et le progrès. Le secrétaire général du PCC, Hu Jintao, a résumé le tout sous le terme de « concept scientifique de développement ».

En février, le CC du PCC a organisé un stage de six jours à Beijing à l’intention des hauts fonctionnaires provinciaux et au niveau ministériel du pays où le premier ministre Wen a prononcé un discours sur l’établissement de ce concept scientifique. Les médias étrangers se sont également intéressés au séminaire dont ils ont parlé comme d’une « réunion des leaders chinois pour réaliser, avec les efforts des masses, l’ajustement stratégique de l’approche de développement du pays. »

Le concept scientifique de développement est la stratégie de développement de deuxième génération en Chine, qui résume les expériences des cinquante ans passés, a dit Hu Angang, directeur du Centre d’études chinoises de l’université Qinghua, ajoutant qu’il convient aux conditions nationales de la Chine et à la tendance mondiale. La stratégie de première génération avait été lancée par Deng Xiaoping après la troisième réunion plénière du XIe CC du PCC en 1978, qui avait mis en lumière l’idée de permettre à certaines personnes de s’enrichir d’abord, de façon à émanciper et stimuler des forces de production.

« En mettant l’accent sur le développement global, coordonné et soutenu et sur la prospérité commune, la deuxième génération stratégique établit le principe « le peuple d’abord », puis répond à la question « quel est le but ultime du développement », dit Hu.

Depuis 25 ans, la croissance du PIB de la Chine a tourné autour de 8 %, améliorant grandement la puissance économique du pays. En 2003, la croissance a atteint 9,1 % malgré l’épidémie de SRAS, un nouveau record depuis la crise financière asiatique à la fin des années 1990.

« Parce qu’on a trop mis l’accent sur le PIB, plusieurs problèmes économiques, sociaux et politiques inévitables et essentiels n’ont pas été réglés comme il le fallait ces dernières années », dit Wu Jinglian, éminent économiste et membre du comité national de la CCPPC, l’organe consultatif suprême en Chine. Selon lui, ces problèmes incluent l’écart de la croissance urbaine et rurale, l’écart entre les riches et les pauvres, entre le développement économique et social, de même que l’escalade des contradictions économiques, écologiques et de ressources naturelles.

Les statistiques officielles montrent aussi une augmentation de la désertification de 1 000 à 2 460 km2 au cours des vingt dernières années du XXe siècle. Après des années d’explosion industrielle qui a avalé 6,67 millions d’ha de terre arable, la terre par personne au pays est tombée de 0,13 ha en 1980 à 0,095 ha en 2003. En 2002, le rejet total des eaux usées industrielles et domestiques a atteint 43,95 milliards de tonnes, 82 % de plus que la tolérance environnementale. Parallèlement, la qualité de l’eau de 40,9 % des sept plus grands bassins (du Yangtse, du fleuve Jaune, des rivières des Perles, Huaihe, Haihe, Sonhuajiang et Liaohe) ne répond pas aux critères de l’usage agricole et 75 % des lacs présentent un grave problème d’eutrophie.

« La croissance économique alimentée par une énorme consommation de ressources et le sacrifice de l’écologie est arrivée à un cul-de-sac étant donné que la détérioration environnementale et l’épuisement des ressources menacent le développement soutenu de la Chine », indique Zhao Jie, postulant au doctorat à l’École nationale d’Administration.

Pis encore, ce n’est pas toute la population qui a bénéficié de la croissance à haute vitesse des dernières années.

Le chômage urbain enregistré est en hausse et l’écart de revenus urbains-ruraux a continué de s’élargir pour atteindre 3,2 :1 en 2003 de 2,72 :1 qu’il était en 1995. En 2000, la durée de fréquentation scolaire moyenne des Chinois était inférieure à huit ans, et environ 9 % des adultes étaient illettrés.

Au printemps 2003, la grave épidémie de SRAS a alarmé le faible système de santé du pays. Mais parfois un malheur apporte une bénédiction, et la maladie mortelle a suscité la création du concept scientifique de développement, « qui requérait, à ce moment-là, la solution urgente du problème », dit Niu Wenyuan, chef d’une équipe de recherche de l’Académie des sciences sociales de Chine.

Les experts soutiennent que comme le PIB de la Chine a atteint 1 000 USD en 2003, son développement économique et social est entré dans une nouvelle ère. Mais les contradictions comme les écarts demeurent nombreux. Si la transition et l’optimisation avancent en souplesse, l’économie fera un nouveau pas ; sinon, ce sera la stagnation et la turbulence sociale.

Wang Mengkui, directeur du Centre d’Études du développement du Conseil des affaires d’État, dit que le concept scientifique de développement repose sur le développement global, donc économique, social, politique, culturel et écologique, dans l’interaction entre les divers aspects et un développement continu qui accorde la même importance aux besoins de la génération actuelle et des générations futures.

« Plusieurs pays ont réalisé que le développement centré sur le PIB est inefficace et soulève de nombreux problèmes », soutient Li Junru, vice-président de l’École nationale d’Administration. Certains réclament des modes de développement centrés sur le peuple, d’autres sur le développement humain. Il ne s’agit pas d’une simple étude académique, mais cela indique une connaissance approfondie du processus de modernisation. »

Li ajoute que l’application du nouveau concept de développement dénote l’attitude responsable du PCC, le plus grand parti au pouvoir du monde, et de la Chine, le pays le plus peuplé du globe, face au développement de l’humanité.