Subvention gouvernementale à la production céréalière
LAN XINZHEN
Le
19 février dernier, Zhang Zhengjin, fermier du district de Lai’an
dans la province de l’Anhui, préparait les instruments aratoires
destinés aux semailles de printemps. Cette année, il n’a
pas eu à quitter la maison pour travailler ailleurs comme par les années
passées. Selon le calendrier lunaire, après la Pluie, une des
24 périodes de l’année lunaire, les fermiers commencent
le labour de printemps.
Zhang ne travaille plus ailleurs parce qu’il a reçu récemment du gouvernement 870 yuans de subvention à la production agricole. Il possède 1,74 hectare de champ cultivé, selon son calcul, qui lui rapporterait un revenu annuel de 5 000 yuans provenant de la culture, sans compter la subvention gouvernementale.
« Ces dernières années, le revenu agricole était faible. Maintenant, grâce à la subvention gouvernementale, l’initiative des fermiers pour la production agricole a augmenté à vue d’œil. Notre village labourera 30 hectares de champs de plus cette année », dit Zhang.
La famille de Zhang cultive la terre de génération en génération, mais reçoit une subvention pour la première fois.
En 1953, la Chine appliquait le monopole d’État sur les achats et ventes de grain. Les céréales étaient revendues par le gouvernement à la population. En 1985, le gouvernement chinois a lancé « Dix mesures de stimulation de l’économie rurale » et annulé le monopole d’État sur les achats de grain. Depuis lors, la Chine applique la politique de l’achat de grain sous contrat, c’est-à-dire que les organismes commerciaux signent une commande avec les fermiers avant les semailles. Depuis 1998, la Chine applique le système de circulation libre des céréales. Elle a relâché son contrôle du prix des céréales qui est maintenant décidé par le marché. En même temps, l’État achète l’excédent de grain des fermiers selon le prix de protection.
En décembre 2002, la Chine a entrepris de subventionner la production agricole dans certaines provinces comme l’Anhui, le Jilin, etc. Le « prix de protection » des céréales a été supprimé. La subvention indirecte est devenue directe. Le district de Lai’an est un terrain d’essai de la réforme. En décembre dernier, les fermiers désignés recevaient la première subvention.
Lorsque le prix du marché est inférieur au prix de protection fixé par le gouvernement provincial, les fermiers peuvent recevoir une compensation pour l’écart de prix. Pour maintenir la stabilité politique, en principe, la norme de subvention de l’écart de prix ne doit pas changer pendant deux ans.
Zhang Zhengjin dit avoir reçu une subvention de 0,11 yuan par kg de céréales.
Selon les statistiques de la province de l’Anhui, la subvention a atteint 627 millions de yuans l’an dernier.
La subvention directe à la production céréalière est généralisée dans l’ensemble du pays.
Le
premier ministre Wen Jiabao a présidé la réunion des membres
permanents du Conseil des affaires d’État tenue le 25 février
2004, au cours de laquelle, on a étudié la réforme du système
de circulation des céréales. La réunion a adopté
les propositions sur la subvention directe à la production céréalière.
En principe, les finances centrales accordent une subvention directe aux régions
agricoles importantes, les provinces et villes accordent une subvention directe
à leurs propres régions.
Il faut fixer un mode d’opération et de surveillance facile afin de s’assurer que les fermiers reçoivent la subvention, dit Wen Jiabao.
Cette réunion est considérée comme l’application des « opinions stimulant l’augmentation du revenu des fermiers du Conseil des affaires d’État », document n° 1 du gouvernement chinois adopté le 8 février 2004. Selon ce document, la Chine doit établir en 2004 le système de subvention directe pour les fermiers.
Selon Chen Xiwen, directeur adjoint du groupe dirigeant des finances et de l’économie du Comité central, le montant de la subvention directe des céréales sera de 10 milliards de yuans cette année.
Autrefois, pour protéger les intérêts des fermiers, les entreprises céréalières achetaient l’excédent de grain des fermiers au prix de protection afin d’augmenter indirectement le revenu des fermiers. Mais le prix d’achat était supérieur au prix de vente. Les entreprises acheteuses ne pouvaient vendre au prix composé du coût d’achat, des frais de conservation et des intérêts bancaires, ni vendre à perte selon la politique concernée. Par conséquent, elles étaient obligées de garder longtemps les céréales dans les entrepôts. Les frais de conservation, la subvention et les intérêts bancaires augmentaient selon la durée de conservation en stock. La qualité des céréales et la valeur diminuaient, et il fallait finalement vendre en grande quantité, les finances locales assumant l’écart de prix. À cause de ce système de circulation, les fermiers ne pouvaient recevoir que le dixième de la subvention, les finances locales étant trop chargées.
D’après le calcul de Dai Kezhu, directeur adjoint du département financier de la province de l’Anhui, selon la méthode de la subvention du prix de protection, le département financier de l’Anhui doit verser quatre milliards de yuans aux canaux de circulation, mais les fermiers ne peuvent recevoir que 400 millions de yuans.
Depuis 1998, la subvention indirecte des céréales a produit un déficit de 250 milliards de yuans en Chine et les fermiers n’ont pas reçu d’avantage réel. La subvention énorme de l’État s’est perdue dans les maillons de circulation.
Augmenter le revenu des fermiers
Au fur et à mesure de la subvention directe des céréales, le secteur chargé de l’achat et de la vente des céréales de Chine s’est aussi ouvert. Auparavant, acheter et vendre des céréales requérait l’autorisation de l’administration de l’industrie et du commerce et du département des céréales. Aujourd’hui, n’importe quel individu ou unité peut acheter ou vendre. L’avantage de cette réforme est d’augmenter le revenu des fermiers.
Selon le rapport du groupe général d’enquête sur l’agriculture relevant du Bureau d’État des statistiques, le revenu net des habitants ruraux se compose de trois parties : les revenus nets provenant de l’exploitation familiale (agricoles et non agricoles), le salaire et les autres revenus (y compris le revenu financier et le revenu transféré).
Entre 1995 et 2003, le revenu net des habitants ruraux a augmenté en moyenne de 1 577,74 yuans à 2 622 yuans par personne (+ 66 %). Mais, le revenu net provenant de l’exploitation des foyers ruraux n’a pas connu d’amélioration remarquable ; entre 1998 et 2000, il a diminué d’année en année. Le revenu provenant de l’exploitation familiale a diminué de 71,35 % en 1995 (1 125,79 yuans) à 58,77 % en 2003 (1 488 yuans).
Chen Xiwen dit : « Ces dernières années, étant donné que certains produits agricoles ont dépassé la demande, le prix était bas. Le revenu provenant de la culture agricole des fermiers a diminué. En 1997, il était en moyenne de 1 268 yuans par personne. Entre 1998 et 2003, il était plus bas qu’en 1997.
Avec l’application de la subvention directe des céréales, le revenu du foyer travaillant à l’agriculture connaîtra une augmentation.
Luo Jie, 30 ans, fermier de Tongcheng dans la province de l’Anhui. En 2003, Tongcheng est désignée comme banc d’essai provincial de la subvention directe des céréales. L’année même, Luo a reçu une subvention de 660 yuans ; il a aussi vendu 3 000 kg de riz (+400 kg par rapport à 2002). Son revenu a atteint 2 500 yuans environ, soit 1 000 yuans de plus qu’en 2002. Lorsqu’on appliquait le prix de protection en 2002, le prix du riz était de 0,4 yuan par kg ; il est maintenant de 0,7 yuan.
En 2003, outre la subvention céréalière, le revenu des fermiers de Tongcheng a augmenté de 12,5 millions de yuans provenant de la production.
Assurer la sécurité des céréales
Pendant le troisième semestre de 2003, le prix des céréales du marché chinois a augmenté subitement sans aucun présage soit de 40 % en deux mois. Bien que la hausse n’ait pas suscité la panique des habitants urbains, les milieux sociaux ont redoublé de vigilance sur la sécurité des céréales de la Chine.
« La hausse de prix des céréales est causée par deux raisons : 1. pour s’adapter au changement de l’offre et de la demande du marché, on a réajusté la structure industrielle de l’agriculture ; 2. étant donné que la rentabilité agricole n’est pas élevée, les fermiers n’ont pas d’enthousiasme pour cultiver la terre ». Wen Tiejun, rédacteur en chef de la revue de la réforme du système économique de Chine, dit que « réformer le système de circulation des céréales et subventionner directement les fermiers rassure sans doute aux agriculteurs, ce qui peut stimuler leur initiative et assurer un approvisionnement stable.
Selon Zhang Chuanquan, secrétaire général du comité du Parti de district de Lai’an, ces dernières années, étant donné que la Chine appliquait le prix de protection, assurer la bonne qualité et le bon prix du grain était difficile. Par conséquent, les fermiers manquaient d’ambition pour cultiver des céréales de bonne qualité. Depuis 2000, le district de Lai’an a généralisé la culture du riz de bonne qualité, mais la superficie cultivée est restée de 3 350 ha environ. Depuis l’application de la subvention directe des céréales en 2003, le grain de bonne qualité se vend bien sur le marché et le résultat est remarquable. La superficie cultivée en riz de bonne qualité s’est élevée à 16 750 ha, représentant la moitié de celle du riz ordinaire ; la production ainsi a connu une hausse de 40 %.
Selon le ministère de l’Agriculture, la superficie cultivée de céréales en 2004 augmentera de 1,6 million d’ha par rapport à 2003.