Industrie automobile chinoise: accélération ou freinage ?

LI ZI

Depuis la fin de 2003, des capitaux considérables sont entrés dans l’industrie automobile, soulevant un nouveau « mouvement de fabrication automobile ». Ce « mouvement » va-t-il aboutir à la construction répétitive de bas calibre ? En outre, le gouvernement chinois a formulé le concept de « développement scientifique » ; alors, comment l’industrie automobile doit-elle se développer harmonieusement ?

Le 24 février, la compagnie AUX à Ningbo a officiellement annoncé à Beijing son changement de nom en groupe AUX, et son intention de se livrer à l’industrie automobile.

Au début, AUX n’était qu’un producteur de compteurs d’électricité. C’est après le milieu des années 1990 que la compagnie a commencé à produire des climatiseurs, mettant sur le marché ses produits à prix populaire. En juin dernier, elle a mis en place le groupe préparatoire du projet automobile et le mois suivant, a réorganisé, avec 80 % des actions, l’usine automobile Shuangma à Shenyang afin d’établir AUX automobile, ltée. En novembre, son premier SUV et son premier pick-up sont sortis de la chaîne de montage et à la fin de décembre, les trois chaînes installées permettaient une production annuelle de 30 000 véhicules. Cette fois, AUX décide, de 2004 à 2008 et en trois étapes, d’investir 8 milliards de yuans pour porter sa capacité de production annuelle à 450 000 véhicules.

Par ailleurs, les deux magnats d’électroménagers, Chunlan et Midea, les grands producteurs de cigarettes Hongtashan du Yunnan, de téléphones mobiles Bird et de moto Lifan ont élaboré chacun un plan de production automobile ou sont en train de le mettre en œuvre. Le groupe Wuliangye, producteur célèbre d’eau-de-vie, a déclaré récemment, lui aussi, qu’il va se joindre à leur rangs.

L’injection de nouveaux fonds d’une quantité considérable a soulevé depuis la fin de 2003 un nouveau tour de « mouvement de production automobile », qui est si fort qu’on plaisante en disant « Si tout te ne réussit pas, va travailler à la production automobile ». Cette tendance a attiré l’attention. Dans le rapport sur les activités du gouvernement prononcé par le premier ministre Wen Jiabao à la deuxième session de la Xe APN tenue en mars dernier, il est indiqué que « 2004 est une année cruciale pour la réforme et le développement de notre pays», que « l’enraiement résolu des investissements aveugles et de la construction répétitive dans certains secteurs industriels et certaines régions du pays constitue une tâche importante dans le cadre du macro-contrôle économique cette année » et qu’il est essentiel de s’en tenir au concept de « développement scientifique ». Ces trois phrases traduisent explicitement l’orientation gouvernementale. Donc, en 2004, année cruciale, l’industrie automobile doit-elle accélérer ou freiner ?

Un « Grand bon en avant »

Outre le fait que beaucoup d’entreprises sont entrées dans l’industrie automobile, presque tous les producteurs existants ont publié leur plan d’accroissement de production.

Le groupe d’entreprises automobiles n° 1 de Chine projette d’augmenter la sienne à 2,07 millions de véhicules en 2008 et le groupe de l’industrie automobile de Shanghai (SAIC) a déclaré que la production devra dépasser un million en 2007. La compagnie DFMC, nouvellement établie, va faire passer sa capacité de production de voitures à 220 000 en 2006, tandis qu’après l’intensification de la coopération avec la compagnie française PSA, la capacité de production de DPCA pourra atteindre 400 000. L’année dernière, le groupe automobile Chang’An a déclaré qu’il va doubler sa production en trois ans et c’est en 2004 que la compagnie Guangzhou Honda doublera la sienne pour atteindre 240 000. La capacité des compagnies Chery et Geely sera respectivement de 500 000 voitures, celle des compagnies sud-coréennes, Beijing-Hyundai en tête, de 1,5 million et celle de Chang’an-Ford atteindra 150 000 après l’affectation d’un milliard de USD faite conjointement par Ford et Chang’an-Ford. Ainsi, la capacité de production globale de Chine passera de 4 millions en 2003 à plus de 10 millions en 2005.

En outre, la coopération entre Mercedes-Benz et Beijing-Jeep, la production de Cadillac par General Motors en Chine et l’arrivée de Volvo témoignent qu’un nouveau tour de dispute du marché commence.

Selon les statistiques, la production de voitures en Chine a augmenté de 56 % en 2002 et de 83,25 % l’année suivante ; les entreprises de production sont passées de 20 à 32.

Les statistiques montrent aussi que les producteurs d’automobiles ont atteint 123 au pays ; parmi les 27 provinces et villes pouvant produire des véhicules, 17 produisent des voitures complètes et 23 ont des chaînes de montage ; dans la capacité globale de production de véhicules (5,5 millions), celle de voitures est de 2,5 millions. Actuellement, la production à Shanghai, la plus grande, est de 585 000, tandis que dans deux provinces, elle n’est que de 500 véhicules pour chacune. Seulement huit producteurs de voitures ont vu leur production dépasser 100 000 ; pour le tiers des 120 producteurs, elle est inférieure à 1 000.

Selon Wang Chunzheng, directeur adjoint de la Commission nationale du développement et de la réforme, la vague de fusion et de réorganisation de l’industrie automobile du monde a abouti, à cause de la surproduction, à la concentration de production dans un petit nombre de grandes entreprises transnationales. Mais en Chine, l’industrie automobile a été réorganisée d’une part, et d’autre part, de nouveaux producteurs surgissent.

Cause

Trois raisons pourraient expliquer le « mouvement de fabrication de véhicules ».

La demande active du marché. Depuis 2002, le marché de l’automobile est actif et, en 2003, plus de 4 millions de véhicules ont été vendus. L’économie chinoise a enregistré une croissance de 9,1 % en 2003 et le PIB a atteint 1 000 USD par personne. Du fait que la consommation de voitures entre généralement dans une étape de croissance rapide quand le PIB par habitant atteint 1 000 USD, il est inévitable que la Chine accède progressivement à une société d’automobile. Les prévisions du Centre d’étude sur le développement relevant du Conseil des affaires d’État montrent que la demande en Chine serait de 5,29 millions de voitures en 2004, de 8,6 millions en 2010 et 17 millions en 2020, dépassant les États-Unis pour devenir le premier consommateur d’automobiles du monde.

Le profit exorbitant. La vente d’un téléviseur ordinaire rapporte un profit d’environ 2 %, soit quelques centaines de yuans au maximum ; mais le profit sur une voiture peut atteindre 25 à 30 % et rapporter des milliers de yuans, même plus de dix mille. Aux yeux des investisseurs, l’industrie automobile est le dernier « gâteau ».

L’orientation de gouvernement local. Vu la haute valeur de production de l’industrie automobile, les gouvernements locaux de plusieurs régions du pays considèrent cette industrie comme un pilier à développer en priorité, constituant en fait le « grand bon en avant » de fabrication automobile.

Perspectives

La vague de l’investissement dans l’industrie automobile est controversée en Chine. Mais l’opinion est généralement défavorable.

Dans les réunions tenues en mars dernier, des députés à l’APN et des représentants à la CCPPC ont indiqué que le « mouvement de fabrication automobile » ne s’accorde pas avec le concept de « développement scientifique » et que, selon la décision du gouvernement, « l’enraiement résolu des investissements aveugles et de la construction répétitive dans certains secteurs industriels et certaines régions du pays constitue une tâche importante dans le cadre de la macro-contrôle économique de cette année ». Le « mouvement de fabrication automobile » est un exemple typique d’investissement aveugle et de construction répétitive. Le gouvernement doit prendre des mesures pour endiguer cette tendance.

Li Shufu, représentant à la CCPPC, a indiqué que l’industrie automobile chinoise qui se trouve dans une période cruciale de développement a besoin de concurrence ordonnée et qu’il est nécessaire, pour le gouvernement, d’élaborer un programme de développement afin que l’industrie automobile du pays se développe sainement.

Selon Wu Jinglian, représentant à la CCPPC, il faut se garder de la surchauffe de l’investissement due à l’orientation administrative. Il a indiqué que certains gouvernements locaux manipulent des fonds budgétaires, des capitaux bancaires ou d’entreprises en profitant de leurs attributions pour financer des projets à bas rendement et que cela entraîne une suite de conséquences désastreuses.

La période de protection de l’industrie automobile par le gouvernement chinois se terminera en 2005. L’industrie sera alors soumise à rude épreuve. Dans l’économie de marché, le prix est toujours un nerf sensible. Depuis le début de l’année, on a tendance à vouloir baisser les prix sur le marché des voitures et la concurrence est de plus en plus acharnée. Certains spécialistes estiment qu’il est bien possible que l’industrie automobile retombe dans l’ornière de l’industrie d’électroménagers. Pour les entreprises privées, il est risqué d’entrer dans l’industrie automobile au moment où apparaissent des signes avant-coureurs d’événements fortuits.