L’anglais doit-il être popularisé ?

Dans le système d’éducation chinois, l’enseignement de l’anglais se déploie dans le champ le plus large et dure le plus longuement. L’examen d’anglais est de rigueur dans toutes les écoles du primaire à l’université.

On rapporte qu’environ 30 millions de Chinois sont en train d’apprendre l’anglais et que 4,15 millions d’étudiants ont passé récemment les examens des niveaux 4 et 6.

À cause des Jeux olympiques de 2008 et la Foire mondiale de 2010, la fièvre de l’étude de l’anglais est apparue parmi les citoyens de Beijing et de Shanghai.

Xie Kechang, professeur à l’université des sciences et des techniques de Tai’yuan au Shanxi et académicien de l’Académie d’ingénierie de Chine, met en doute ce phénomène. Il estime qu’on a accordé trop d’importance à l’enseignement de l’anglais et que l’anglais constitue déjà un obstacle majeur dans le recrutement du personnel. Ce qui est plus grave, c’est ce que trop d’investissements dans l’enseignement de l’anglais a abouti à un grave déséquilibre de la répartition des ressources d’enseignement limitées. Il a proposé de réformer la méthode d’examen actuelle où l’épreuve d’anglais est obligatoire, de rejeter le mot d’ordre « tout le peuple doit apprendre l’anglais » et de laisser l’anglais devenir un besoin libre des gens au lieu d’une obligation dans leurs études ou lors de leur recherche d’un emploi.

Le point de vue du professeur Xie a entraîné réflexions et controverses des divers milieux sociaux. Ses supporters disent que Xie touche la clé des problèmes du système d’enseignement des langues étrangères. Beaucoup de gens ont dépensé quantité de temps et d’argent pour l’étude de l’anglais, mais il en résulte qu’ils n’ont pas d’occasions de l’utiliser. Les opposants estiment pour leur part que l’anglais sert d’outil dans les échanges internationaux. D’après eux, apprendre l’anglais ne sert pas à passer les examens, mais à demeurer invincible dans la concurrence acharnée. Encourager tous les Chinois à apprendre l’anglais est une méthode efficace d’améliorer la qualité de toute la nation.

Opinions opposées

Xie Kechang, membre du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), académicien de l’Académie d’ingénierie de Chine et professeur à l’université des sciences et des techniques de Tai’yuan du Shanxi : La situation actuelle montre que le résultat de l’enseignement de l’anglais n’est pas proportionnel à l’investissement dont il a profité. Cela exerce une influence négative de plus en plus évidente sur l’enseignement des sciences naturelles et des sciences humaines et surtout sur la formation et le recrutement du personnel.

Sans aucun doute, apprendre l’anglais est important. Mais la question est comment on l’apprend et combien de gens doivent l’apprendre. Pouvoir parler anglais n’est pas l’équivalent d’une organisation excellente des Jeux olympiques. On doit travailler avec sérieux, mais pas rechercher le brillant superficiel.

L’anglais, comme le chinois et les mathématiques, est l’une des épreuves obligatoires pour entrer à l’université. Les étudiants qui n’ont pas atteint un niveau déterminé ne peuvent pas obtenir un diplôme universitaire. Le niveau d’anglais joue un rôle décisif dans l’admission d’un aspirant à la maîtrise. Beaucoup de personnes en fonction se livrent à l’étude de l’anglais au lieu du perfectionnement professionnel, et des entreprises et institutions considèrent le niveau de l’anglais comme une des conditions importantes du recrutement... Tout cela mérite réflexion.

Accorder une importance démesurée à l’enseignement de l’anglais a gravement déséquilibré la répartition des ressources d’enseignement limitées du pays. Actuellement en Chine, toutes sortes d’écoles ou de cours de formation en anglais ont surgi les uns après les autres, tandis que les écoles techniques ou professionnelles perdent sans cesse du terrain. Par conséquent, une pénurie de techniciens apparaît dans les vieilles bases industrielles et dans les nouvelles zones d’industrie légère.

On ne doit pas évaluer la compétence d’une personne selon le degré d’instruction, son titre professionnel et surtout son niveau d’anglais, mais selon sa contribution réelle à la société. Il faut préciser que l’enseignement de l’anglais ne constitue qu’une partie du programme d’instruction national. En tant qu’instrument de communication, l’anglais n’est qu’un élément de l’éducation visant à améliorer la qualité de toute la population. On ne doit pas le considérer comme une condition indispensable de la validité du personnel. L’enseignement de l’anglais ne doit se développer que selon la demande réelle du marché et de la société. Il faut mettre fin à l’épreuve d’anglais aveuglément obligatoire dans l’examen d’admission aux différentes écoles, afin de donner un espace et une possibilité aux élèves qui choisissent une orientation différente.

Chen Guanguang, directeur adjoint du Bureau de l’éducation de Shenzhen : L’enseignement de l’anglais ne doit pas être généralisé aveuglément dans le pays entier, dans les régions de l’ouest sous-développées en particulier, mais doit se développer selon les besoins réels et dans les conditions des régions économiquement développées comme Shenzhen, Shanghai et d’autres villes qui sont en train de devenir des métropoles internationales. Je m’oppose à ce qu’on mette excessivement l’accent sur l’anglais lors du recrutement du personnel et dans l’examen d’entrée d’une école.

L’enseignement de l’anglais doit s’améliorer. À mon avis, il doit être accompli dans les écoles primaires et secondaires, et l’université doit mettre l’accent sur l’application de l’anglais.

Yang Hua, étudiant de l’Institut de typographie de Beijing : Bien que beaucoup d’étudiants aient réussi l’examen d’anglais du niveau 4 ou 6, ils parlent mal cette langue. C’est un phénomène universel. Il faut repenser cette épreuve obligatoire.

Yuan Jiewei, lecteur : Le professeur Xie a dit ce que je pense depuis des années. Pendant huit années consécutives j’ai passé l’examen d’admission à la maîtrise, mais chaque fois j’ai échoué à cause de l’anglais. Ma jeunesse a été gaspillée par le maudit anglais. Il y a en réalité beaucoup de personnes dans cette situation.

À présent, les écoles primaires, même celles de certaines régions rurales, ont aussi été obligées d’ouvrir un cours d’anglais. Dans les grandes villes, certaines écoles primaires pratiquent l’enseignement bilingue et même beaucoup de jardins d’enfants ont aussi un cours d’anglais. Tout le monde est ensorcelé. Il semble que si l’on a appris l’anglais, on est un élément d’avant-garde, sinon, un retardataire, et que l’anglais soit le plus important critère de la qualité et de la compétence d’une personne.

L’étude aveugle de l’anglais a gaspillé énormément de sagesse et de ressources financières et humaines. Elle a empêché non seulement le développement d’innombrables personnes, mais également dans une certaine mesure, l’application de la stratégie de formation du personnel de l’État. Maintenant, c’est l’heure de refroidir la fièvre de l’étude de l’anglais imposée à toute la population.

Voix en faveur

Jia Qingguo, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales de Beijing : La politique de l’État d’accorder une importance à l’enseignement d’anglais ne doit pas être changée. Parce que nous vivons dans un monde où l’anglais domine. Depuis la réforme et l’ouverture sur l’extérieur, si la Chine a obtenu des succès et des progrès dans les domaines des échanges, du commerce et de la coopération économique avec l’étranger, c’est dans une certaine mesure parce qu’elle a un contingent de personnes maîtrisant des langues étrangères. Donc, accorder de l’importance à l’enseignement de l’anglais est nécessaire.

Les problèmes viennent des méthodes d’enseignement et d’examen. On dit que l’étude de l’anglais occupe trop de temps et influence celle du chinois ; ce n’est pas fondé. En réalité, les langues peuvent se promouvoir mutuellement. Je crois donc que l’étude de l’anglais est favorable à une meilleure maîtrise du chinois. Quant à l’épreuve obligatoire d’anglais, elle est nécessaire parce que l’anglais est un instrument fondamental et une technique de base.

Wang Ouni, élève de l’école secondaire n°5 de Beijing : Nous avons un cours d’anglais de 40 minutes tous les jours. Je crois que le temps consacré à l’étude de l’anglais n’est pas très long, même insuffisant.

Chen Ning, directrice du jardin d’enfants Taoran de Beijing : Dans les pays développés, les élèves étudient en général deux ou trois langues étrangères. Les enfants actuellement au jardin d’enfants seront confrontés dans vingt ans à une concurrence sociale acharnée. Posséder davantage de connaissances n’est pas une mauvaise chose.

Cui Hong, professeur d’anglais à l’école secondaire n°166 de Beijing : L’examen d’admission à l’université, la recherche d’un emploi et le voyage à l’étranger nécessitent l’anglais. Il faut donc l’apprendre, et surtout hausser la capacité d’utilisation. Mettre l’accent sur l’étude de l’anglais n’est pas une erreur.