SOCIÉTÉ / CULTURE
L’histoire de la « mère de la Lune »
À Yangshou, au Guangxi, une guide de 60 ans qui peut parler huit langues étrangères est appelée « mère de la Lune » par les touristes étrangers.
Lan Xinzhen
Au pied du mont de la Lune, dans le district de Yangshou, au Guangxi, un touriste des États-Unis, l’air étonné, demande à une femme locale, d’une taille d’environ 1,5 m, au visage bronzé, maigre et portant un casque colonial : « Êtes-vous la mère de la Lune ? »
« Oui, c’est justement moi. Vous ne croyez pas ? », répond-elle en anglais, sourire aux lèvres.
Percevant son doute, la femme sort un agenda de son sac. On peut y lire des appréciations des touristes étrangers écrites en anglais, japonais, coréen, allemand et français.
Le touriste est finalement convaincu que cette femme chinoise est justement la « mère de la Lune » dont lui a parlé son ami.
« Je vous aime, mère de Lune. Je voudrais que vous soyez mon guide », dit ce touriste américain.
Des situations du genre se produisent souvent au pied du mont de la Lune.
L’origine de la « mère de la Lune »
La « mère de la Lune » s’appelle Xu Xiuzhen. Elle a 60 ans et habite un petit village au pied du mont de la Lune.
![]() |
| La «mère de la Lune» en compagnie de touristes. Photo: Lan Xinzhen |
Il y a cinq ans, elle était une paysanne ordinaire qui avait fréquenté l’école seulement trois ans. En 1999, le parc du mont de la Lune a été ouvert et Xu Xiuzhen, qui n’avait jamais fait de commerce, a commencé à vendre des boissons dans le parc.
Un jour, Xu a rencontré deux jeunes touristes canadiens. Elle a vu que l’un d’eux se sentait très mal et lui a demandé en chinois ce qu’il avait. Mais ils ne se comprenaient pas. Voyant qu’il suait de douleur, Xu a badigeonné le malade avec de la lotion Fengyoujing, mais sans effet. Elle l’a alors fait attendre un instant tandis qu’elle retournait à la maison chercher quelque chose.
Peu après, elle a rapporté un médicament liquide à base d’herbes. Le malade s’est vite senti mieux. Il a dit par gestes qu’il avait faim. Xu et l’autre jeune Canadien l’ont aidé à descendre de la montagne. Xu a préparé chez elle un repas pour ces deux étrangers.
« Je me rappelle maintenant avoir préparé des œufs frits et un potage aux choux aigres. Ils mangeaient de bon appétit », dit Xu.
Les deux Canadiens lui ont offert de l’argent que Xu n’a pas accepté, disant qu’elle se devait de leur offrir l’hospitalité selon les coutumes locales.
La bru de Xu est une guide et parle anglais. Ce jour-là, elle était par hasard à la maison et a servi d’interprète à sa belle-mère. Très émus, les Canadiens ont dit à Xu : « Merci beaucoup. Vous êtes comme notre mère. Puisque vous vivez au mont de la Lune et y travaillez, permettez-nous de vous appeler « mère de la Lune ».
Dès lors, ce titre s’est répandu. « Je me sentais gênée au début. Comment pouvais-je devenir la mère de la Lune ? », dit Xu avec humour.
Apprendre des langues étrangères
Guilin est une des célèbres villes touristiques de la Chine. Chaque année, de nombreux touristes étrangers s’y rendent. Yangshuo est le site le plus fréquenté de Guilin. Dans la rue Xijie (rue de l’Occident) se concentrent beaucoup de bars étrangers. Plusieurs étrangers séjournent à Yangshuo quelques mois et même un ou deux ans.
![]() |
| Le village où habite la «mère de la Lune». Photo: Lan Xinzhen |
« À Yangshuo, les touristes étrangers sont nombreux, dit Xu Xiuzhen. Auparavant, je ne connaissais pas l’anglais, et les étrangers n’achetaient pas mes boissons. D’autres marchands pouvaient en vendre quelques caisses par jour, mais moi, je ne faisait parfois aucune vente pendant trois jours de suite », explique-t-elle. Xu a alors décidé alors d’apprendre l’anglais avec sa bru comme professeur.
Pour une quinquagénaire, apprendre l’anglais est difficile. Elle étudiait des mots à la maison, mais rendue au parc, elle avait tout oublié. De retour à la maison, Xu a repris sa leçon et répété sans cesse. Le lendemain, quand un étranger lui a demandé le prix, elle a compris et levé trois doigts, mais le client a encore demandé : « Trois dollars ou trois yuans ? », et elle s’est retrouvée dans l’embarras.
Depuis lors, elle a poursuivi son apprentissage le soir et pratiquait le lendemain avec des touristes étrangers.
« Des touristes étrangers et des étudiants chinois m’ont aidée dans mes études », dit Xu.
Avec le temps, Xu a fait beaucoup de progrès. Elle s’est même liée d’amitié avec plusieurs étrangers.
« Parler anglais seulement ne suffit pas à mes besoins, parce que les touristes viennent des quatre coins du monde. Plus tard, j’ai appris le néerlandais auprès d’un Hollandais qui fait des affaires à Yangshuo», dit-elle.
À présent, Xu a appris huit langues étrangères dont l’italien, le français, l’allemand et le japonais. Elle peut parler couramment anglais, néerlandais et japonais avec les touristes.
La guide la plus âgée
Après avoir appris des langues étrangères, Xu a demandé le certificat de guide, devenant la guide la plus âgée de la localité.
Pour la première fois, elle a accompagné un couple italien en excursion au mont de la Lune et gagné 40 yuans, équivalant au revenu de trois ou quatre jours de vente des boissons. Elle était très contente.
On l’appelle souvent « mère de la Lune » au lieu de Xu Xiuzhen, et elle est bien accueillie par les touristes étrangers. Elle leur donne non seulement des explications sur les paysages, mais les conduit chez elle pour leur faire goûter la vie rurale chinoise en leur offrant un repas local. Elle aide même des touristes à marchander lors de leurs achats.
En général, un guide doit percevoir des frais de service de 60 yuans par touriste. Mais Xu ne demande que 20 yuans, beaucoup moins que les autres. Voyant qu’elle n’épargne pas sa peine, certains veulent lui donner 60 ou même 80 yuans ; elle refuse poliment, disant qu’elle ne peut accepter davantage, sinon elle ne sera plus la « mère de la Lune ».
Xu s’occupe toujours avec soin des touristes. Plusieurs entretiennent des liens avec elle une fois de retour dans leur pays. Pour faciliter la correspondance, elle a écrit son nom et son numéro de téléphone sur des fiches qu’elle distribue aux touristes. Elle n’aurait pas pensé que ces fiches seraient devenues précieuses pour plusieurs étrangers.
Pendant la période de pointe du tourisme, Xu travaille en qualité de guide et peut gagner 200 à 300 yuans par jour ; dans la morte-saison, elle vend des boissons et a un revenu de plus de dix à vingt yuans par jour. « C’est beaucoup plus élevé que la culture de la terre », dit Xu.