Protéger le « rein » de la Terre

- La Chine a obtenu des succès reconnus de tous dans la protection des marécages

Lan Xinzhen

Depuis deux ans, plusieurs dizaines d’oiseaux rares comme la grue à couronne rouge, la cigogne orientale et le goéland à bec noir sont présents dans les marécages du delta de l’embouchure du fleuve Jaune dans la province du Shandong.

Marécage du delta de l’embouchure du fleuve Jaune.

Ce succès découle de la politique d’État sur la protection des marécages, dit Xu Zhaopeng du bureau de Kenli des affaires fluviales du Shandong.

Autrefois, l’embouchure du fleuve Jaune était le paradis des oiseaux. Puis, au fur et à mesure de la diminution de l’eau du fleuve Jaune, de son lit à sec et du défrichement du delta, la superficie de ces marécages a diminué et les oiseaux aussi.

Depuis 1999, le comité de gestion du fleuve Jaune conduit l’eau et enlève le sable afin d’éviter que le lit soit à sec et de satisfaire au besoin des marécages. Pour protéger les marécages, la ville de Dongying a interdit de défricher la réserve naturelle du delta et les marécages environnants et de changer arbitrairement la méthode d’utilisation de la terre. Quiconque ne respecte pas les règlements sera puni.

Le delta du fleuve Jaune est devenu le plus grand marécage de la zone tempérée chaude de Chine, totalisant une superficie de 127 600 hectares.

Selon Liu Yueliang, ingénieur en chef de la réserve naturelle du delta du fleuve Jaune, grâce à l’amélioration du système écologique des marécages du delta, chaque année, près d’un million d’oiseaux y passent l’hiver, y compris certains oiseaux rares dans le monde.

La protection des marécages du delta est une image de ce que fait la Chine dans ce domaine. Ces dernières années, la Chine a obtenu de brillants succès.

Prix international

Le 7 décembre 2004, Wetlands International a décerné le « premier prix du succès dans la protection et l’utilisation rationnelle des marécages du monde » au Bureau national de la sylviculture de Chine.

Cigognes à col noir dans une réserve naturelle. Photo: Hou Shaohua

Wetlands International est une organisation à but non lucratif consacrée à la protection des marécages et à la gestion continue. Le prix mentionné est la reconnaissance suprême établie par Wetlands International.

Le récif corallien, la plage, la forêt de rhizophore, le lac, le cours d’eau, l’embouchure, le marais, le réservoir, l’étang et la rizière appartiennent aux marécages. Ils sont presque toujours couverts ou remplis d’eau. On considère la forêt comme le « poumon » de la Terre, les marécages, comme son « rein ».

Depuis l’adhésion de la Chine à la Convention internationale sur la protection des marécages en 1992, le gouvernement chinois a commencé à protéger et rétablir les marécages. En novembre 2000, la Chine a appliqué le Plan d’action sur la protection des marécages. En 2003, le Conseil des affaires d’État a approuvé le Plan national de protection des marécages. En juillet 2004, la Direction générale du Conseil des affaires d’État a émis la Note de gestion concernant le renforcement de la protection des marécages.

Liu Yongfan du Bureau d’État de la sylviculture dit que selon la Convention, chaque adhérant doit fixer son plan de protection et de développement de ses propres marécages. En réalité, très peu de pays le font.

En 2003, la Chine a présenté cinq programmes : la protection des marécages, le rétablissement des marécages, le modèle d’utilisation continu, la gestion commune entre la réserve et la zone locale et l’augmentation de la capacité de protection. La Chine compte huit grandes réserves de marécages dispersées respectivement dans le Nord-Est, les cours moyen et inférieur du fleuve Jaune et du Yangtse, le Binhai dans la province du Liaoning, le Sud-Est et le Sud, le plateau Yunnan-Guizhou, le Nord-Ouest et le plateau Qinghai-Tibet.

Selon le Bureau d’État de la sylviculture, la Chine a établi 353 réserves de marécages, dont 46 au niveau national, une superficie totale de 4,02 millions d’hectares. Vingt et un de ces marécages figurent sur la liste de la Convention internationale des marécages, quatre font partie du réseau international de protection de « l’homme et la biosphère ».

La création de la réserve de marécages protège non seulement les marécages, mais encore les sources de grands fleuves et rivières de la Chine, l’embouchure des principaux fleuves et rivières et l’endroit où les oiseaux migrateurs passent l’hiver et se reproduisent, possédant une haute valeur écologique.

Selon le Bureau d’État de la sylviculture, en 2010, le nombre de réserves de marécages en Chine sera de 443, soit 60 % des marécages naturels. La réduction de la superficie et de la détérioration de marécages sera contrôlée. On établira un réseau de protection des marécages naturels, un système de gestion de la protection, un système juridique et un système de contrôle scientifique. En 2030, le nombre de réserves de marécages sera de 713 dont 80 au niveau d'importance internationale, et plus de 90 % des marécages naturels seront bien protégés, totalisant une superficie de 1,4 million d’hectares. On établira aussi 53 zones modèles de protection et d’utilisation rationnelle des marécages au niveau national, ce qui formera un système de protection, de gestion et d’édification des marécages.

« La Chine est un grand pays de marécages. Elle a joué un rôle important dans la protection des marécages du monde entier. Elle peut remplir ses obligations de pays adhérant et réaliser la protection des marécages et le développement continu de l’économie », dit Liu Yongfan.

Face aux problèmes

« Bien que la Chine ait obtenu de brillants succès dans la protection des marécages, la protection est encore le maillon faible de l’édification écologique de la Chine », dit Li Yuming, secrétaire général adjoint de l’Association de la protection des animaux sauvages de Chine.

La réserve naturelle de niveau national de la province du Liaoning est considérée comme le paradis des oiseaux. Photo Ren Rong

En Chine, la superficie des marécages est de 65,94 millions d’ha environ (non compris la superficie des fleuves, rivières et étangs), représentant 10 % de la totalité mondiale. Elle se classe au premier rang de l’Asie, et au quatrième rang du monde ; 25,94 millions d’ha sont des marécages naturels, y compris 11,97 millions d’ha de marais, 9,1 millions d’ha de lacs, 2,17 millions d’ha de plages et 2,7 millions d’ha de zones littorales de la mer peu profonde ; 40 millions d’ha sont les marécages artificiels, y compris 2 millions d’ha de réservoirs et 38 millions d’ha de rizières.

La Chine possède une grande variété de type de marécages ; les quarante sortes reconnues par la Convention internationale des marécages sont présentes en Chine. Par conséquent, la protection des marécages de la Chine est devenue le point chaud de la protection internationale des marécages et des êtres vivants.

Les marécages font face à une menace et un problème fondamental.

Premièrement, défrichement et transformation arbitraire. Les marécages défrichés et transformés sont destinés à l’exploitation urbaine. En Chine, plus de 30 % des marécages naturels sont ainsi menacés.

Deuxièmement, la pollution des marécages s’est aggravée. « La pollution environnementale est la plus grande menace pour les marécages ; elle peut non seulement causer un très grave préjudice à la diversité des êtres vivants, mais aussi détériorer la qualité de l’eau. » Actuellement, 26 % des marécages sont menacés par la pollution, dit Li Yuming.

Troisièmement, les ressources hydrographiques des marécages sont utilisées irrationnellement. Certains régions attachent de l’importance seulement aux exigences de l’agriculture et de l’industrie et négligent la protection de l’environnement écologique. Ce phénomène prend de l’ampleur.

Quatrièmement, les dépôts de vase au fond des fleuves et rivières s’épaississent. Comme on abat arbitrairement les forêts en amont des fleuves et rivières, l’écologie des bassins se détériore gravement. Parallèlement à la diminution de la quantité d’eau, la vase se dépose sur le lit des fleuves et lacs et au fond des réservoirs. Depuis 1949, la Chine a construit 84 000 réservoirs d’une capacité totale de 460 milliards de m3, dont plus de 100 milliards de m3 sont occupés par la vase. Le perte économique directe a atteint 30 milliards de yuans environ.

Cinquièmement, les capitaux destinés à la protection des marécages sont insuffisants. La Chine a investi 190 millions de yuans dans la protection des marécages, soit cinq yuans par hectare. Dans cette situation, elle est obligée de diminuer le nombre et l’envergure des travaux modèles et ouvrages de protection. Un grand nombre de réserves de marécages au niveau régional ne figurent pas au budget financier.

Sixièmement, on manque de connaissances relatives à la protection des marécages. Les lois et règlements doivent être perfectionnés. Étant donné que le concept des marécages est entré en Chine il y a seulement quelques années, on ne connaît pas bien la fonction des marécages et le concept de protection fait défaut. La Chine n’a pas de législation spéciale concernant la protection et la gestion des marécages. Jusqu’à il y a peu, elle ne considérait pas les marécages comme un système écologique complet, ce qui a gravement influencé leur gestion scientifique et rendu difficile de concentrer les forces destinées à leur protection.

« La protection et l’utilisation rationnelle des marécages concernent le développement de l’économie nationale ; il faut prendre des mesures efficaces, renforcer la protection et la gestion des marécages, et surtout mettre fin à l’exploitation pillarde afin d’assurer l’utilisation continue des marécages », dit Li.