L’insuffisance d’électricité s’atténuera-t-elle en 2005 ?
Pour l’insuffisance d’électricité en Chine, la solution réside en définitive dans la réforme structurelle et la rupture du monopole, afin de laisser la demande du marché décider la construction des installations d’électricité.
Lan Xinzhen
L’insuffisance d’électricité s’atténuera-t-elle en 2005 ? On espère qu’il y aura moins de délestages, lesquels étaient assez fréquents en été 2004. Mais, en réalité, les gens font face, cet hiver, à la restriction même pendant la période de reflux de consommation d’électricité.
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Des techniciens vérifient le réseau électrique. Photo: Zhang Ling |
Au milieu de décembre 2004, on comptait quatorze réseaux électriques de niveau provincial, y compris celui de Shanghai et du Zhejiang, qui adoptaient la restriction de consommation à cause de la pénurie. Le cas le plus grave s’est produit dans le réseau de la Chine de l’Est, qui manque d’à peu près 17 millions de kW (8,8 millions de kW au Zhejiang, 6 millions au Jiangsu et 2,5 millions à Shanghai).
Le 15 décembre dernier, le programme de consommation alternée d’électricité a été mis en application à Shanghai. Plus de 8 000 entreprises répartissent leurs congés entre le lundi et le vendredi, et travaillent le week-end. Le Guangxi, qui n’avait pas connu de pénurie l’été dernier, en souffre enfin cet hiver. Certaines usines ne peuvent produire normalement. Le délestage en hiver était très rare auparavant.
Selon les prévisions du département d’électricité, cet hiver, la consommation quotidienne d’électricité est d’environ 6,3 milliards de kWh, soit une croissance de 10 % sur la même période de l’année précédente ; et il manque de 10 à 15 millions de kW dans l’ensemble du pays.
Les gigantesques pertes dues à la pénurie d’électricité
En Chine, la pénurie d’électricité a commencé dès 2000 et est devenue très grave en 2004. Selon les données du réseau électrique national de Chine, en été 2004, 27 réseaux de niveau provincial subissaient des délestages, et le seul réseau national en a connu plus de 800 000. Dans l’ensemble du pays, aux heures de pointe de la consommation, on manque de 20 à 30 millions de kW.
L’insuffisance d’électricité dans les réseaux du Zhejiang, du Jiangsu, du Shanxi et de l’ouest de la Mongolie intérieure est la plus grave et les délestages sont constants. L’été dernier, le Zhejiang, qui manquait de 75 milliards de kW, a subi d’une perte de 100 milliards de yuans au PIB. Si l’on calcule les pertes directes et indirectes au PIB de la province depuis 2000, le chiffre dépasse le billion. Le Shanxi, qui a subi le moins de pertes, a tout de même perdu 18 milliards de yuans par manque d’électricité.
Bien qu’on ne puisse évaluer toutes les pertes, ce serait certainement un gros chiffre, car la valeur de la production et le profit des entreprises ont diminué respectivement de 20 % et de 10 à 20 %.
La situation s’améliorera-t-elle en 2005 ?
Alors qu’on s’inquiète de la pénurie d’électricité cet hiver, la Commission nationale de contrôle de l’électricité révèle que la tension de l’approvisionnement serait atténuée en 2005. Les délestages seront moins fréquents et le rapport entre l’offre et la demande serait équilibré en 2006.
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A Lhassa, un professeur corrige des devoirs à la lumière de bougies. Photo: Zhao Zhongzhi |
Selon cette commission, en 2004, la capacité installée d’électricité du pays a dépassé 400 millions de kW, et des projets d’électricité, mis en construction dès 2002 et d’une capacité installée de 280 millions de kW, sont pour la plupart mis en application à partir de 2005. Selon les prévisions du réseau électrique national de Chine, la consommation d’électricité en 2005 augmenterait de 10,5 % environ, soit de 2,39 billions de kWh. Ainsi, l’augmentation de la capacité installée dépasserait l’augmentation de la demande d’électricité en 2005.
Selon Sun Yaowei, de la Commission nationale de contrôle de l’électricité, la raison principale de la pénurie en 2004 réside dans l’insuffisance d’installations électriques et le développement de surplus dans des secteurs à haute consommation d’électricité.
Toujours selon Sun, avant 1997, l’envergure de construction d’installations électriques était supérieure à 20 millions de kW. Mais en 1998, à cause du jugement erroné que la demande d’électricité n’augmentait pas, seulement 10,21 millions de kW ont été construits, et en 1999 et 2000, 6 millions de kW. Cette situation a changé dès 2001 avec la mise en oeuvre de nouveaux projets électriques et le macrocontrôle dans les secteurs à haute consommation d’électricité.
Sun pense que la période la plus pénible de la pénurie d’électricité est passée. En 2005, le rapport entre l’offre et la demande serait équilibré, et vers 2006, il y aurait un surplus d’électricité.
Est-ce vrai la réalité ? Zhou Dadi, directeur de l’Institut de recherche sur l’énergie de la Commission nationale pour le développement et la réforme, se prononce contre l’opinion de Sun.
Selon Zhou, l’électricité thermique représente 70 % de la production d’électricité installée en Chine. Et on est à court de charbon en ce moment, restreignant gravement le développement de l’électricité thermique.
Selon les données fournies par des départements d’électricité, dans l’ensemble du pays, chaque jour, la production de quatre millions de kW d’électricité installée est obligée de s’arrêter à cause du manque de charbon. Pour le moment, le prix du charbon sur le marché est le double du prix fixé par l’État pour la production d’électricité. En 2005, la mise en production de l’électricité installée percera 50 millions de kW, un record historique. Mais à peu près la moitié des nouveaux groupes générateurs n’ont pas de réserves de charbon planifiées et ne peuvent qu’acheter le charbon à un prix élevé sur le marché. Dans les six premiers mois de 2006, les nouveaux groupes générateurs de 20 millions de kW d’électricité installée seront mis en production, nécessitant au moins 60 millions de tonnes de charbon. Donc, la tension de l’offre de charbon ne changerait pas fondamentalement. Dans cette circonstance, même les groupes générateurs sont installés, et la centrale est comme un ameublement. « Si l’on ne pouvait résoudre le problème d’approvisionnement en charbon, la pénurie d’électricité ne serait pas résolue », a dit Zhou Dadi. Selon lui, en 2005, le marché du charbon régit l’électricité.
La réforme structurelle d’électricité
Pour résoudre la pénurie d’électricité, beaucoup de régions intensifient leur investissement dans la construction d’installations de production électrique. La plupart de ces travaux, entrepris à la demande régionale, n’ont pas reçu l’approbation de la Commission nationale pour le développement et la réforme.
Face à cette situation, Yan Maosong, de la Commission nationale de contrôle de l’électricité, s’inquiète : « Avec cette tendance de construction, le moment où l’on résoudra la pénurie d’électricité sera le jour du début de surplus d’électricité. »
Au début de décembre 2004, afin de contrôler le surplus d’électricité probable, la Commission nationale pour le développement et la réforme a publié un avis d’interdiction absolue de construction désordonnée de centrales électriques, exigeant de régler les projets qui n’avaient pas obtenu l’approbation.
En 2004, l’investissement dans l’électricité a augmenté de 35 %, et cette tendance montante pourrait se maintenir à un rythme de 25 % jusqu’à 2008. Alors, en 2007 et en 2008, il y aura un surplus d’approvisionnement.
D’après Yan Maosong, la pénurie d’aujourd’hui et le surplus de l’avenir sont causés par la structure électrique de Chine, dont le monopole constitue le plus grand abus.
Dès le début des années 1990, la Chine a entrepris la réforme dans le secteur de l’électricité. La société d’électricité d’État n’est plus monopoliste, les centrales et les réseaux électriques sont séparés, et le prix de l’électricité dans le réseau est fixé par la concurrence.
Mais le résultat n’est pas satisfaisant. Car il faut une condition préalable pour fixer le prix par la concurrence : l’alimentation suffisante. Si l’offre ne satisfait pas la demande, la concurrence deviendra un moyen d’enchérir sur le prix.
Actuellement en Chine, la Commission nationale d’administration des biens d’État est chargée de la structure de l’électricité ; la Commission nationale pour le développement et la réforme répond de la planification d’électricité ; et la Commission d’État du contrôle sur l’électricité est responsable du marché. On partage le travail et les responsabilités si bien que la planification, le développement et la consommation ne sont pas coordonnés et unifiés.
D’après Ouyang Changyu, du réseau électrique national de Chine, malgré la réforme, les rapports entre divers secteurs ne sont pas rationnels. De plus, la structure d’investissement dans l’industrie de l’électricité est relativement irrationnelle. D’une part, le strict système de ratification des investissements, appliqué depuis longtemps, restreint les investissements populaires. Il en résulte que le canal d’investissement est unique, l’efficacité d’utilisation des capitaux n’est pas élevée et les cas de gaspillage sont très graves. D’une autre part, des autorités locales, cherchant les intérêts à court terme, attachent de l’importance à l’électricité thermique et sous-estiment l’électricité hydraulique, ce qui a causé une structure irrationnelle et aggravé la pression du charbon et du transport.
Selon Yan Maosong, ce n’est qu’en réformant le système d’administration de l’électricité et en comptant sur la puissance de régularisation du marché qu’on résoudra complètement les problèmes. Sinon, le secteur de l’électricité ne pourra que circuler dans un cercle bizarre du surplus à la pénurie.
« La réforme approfondie est imminente », a dit Yan.