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Éclosion de nouvelles professions

L’ouverture progressive de l’économie chinoise depuis un quart de siècle a engendré une richesse sans précédent. Bien que le pouvoir d’achat se concentre dans les grandes villes, surtout sur la côte orientale, une classe moyenne a émergé et ne cesse de croître. Les Chinois urbains ont plus d’argent, et plus de temps pour le dépenser. La demande sociale qui accompagne la richesse et l’apport de la technologie de pointe et de la gestion moderne des affaires a motivé l’apparition d’une série de nouveaux services et professions allant des conseillers matrimoniaux à la diététique. Le style de vie chinois est continuellement redéfini.

Wu Wenhe

Liu Bo, qui vit aux États-Unis depuis plusieurs années, est récemment revenu voir sa famille à Beijing. Un ancien camarade d’études l’a invité au restaurant, et a commandé de la bière avec le repas, ce qui a amené Liu à lui rappeler qu’il conduisait et devait être prudent. L’ami a répondu que quelqu’un d’autre les ramènerait. Liu croyait que ce serait son épouse ou un collègue, mais il a été surpris de voir arriver un chauffeur professionnel. Le coût : 80 yuans.

Un tel service aurait été inimaginable en Chine il y a seulement un an, mais avec le développement économique ont surgi de nouvelles technologies et libertés sociales, et de nouvelles professions pourraient bientôt former le plus vaste marché du monde, qu’il s’agisse de détectives privés, d’aides domestiques, de masseurs de pieds ou de chirurgiens esthétiques, pour n’en nommer que quelques-uns, qui se multiplient comme des champignons. Ces nouveaux métiers ne font pas que fournir de l’emploi mais diversifient le style de vie en Chine.

La révolution sur quatre roues

Avec l’augmentation des voitures de propriété privée et une classe moyenne économiquement mobile, les services se sont largement développées dans les grandes et moyennes villes. Certains chauffeurs attendent à l’entrée des restaurants et hôtels, l’œil sur le client qui zigzague entre la porte et sa voiture. Le tarif est relatif à la distance à parcourir mais le client peut négocier les frais non standard inventés par des chauffeurs rusés.

Un concepteur d'une entreprise de décoration fait des plans pour ses clients. Photo Yang Zongyou

Les nouveaux chauffeurs engagent souvent un moniteur pour les accompagner la première fois qu’ils se lancent sur la route. Selon des gens du milieu, il en coûte environ 100 yuans l’heure. Bien qu’il y ait des compagnies d’écoles de conduite, plusieurs personnes travaillent à leur compte. On peut voir assez souvent des voitures portant sur la vitre arrière la mention « chauffeur accompagnateur », avec un numéro de téléphone.

Ailleurs, des conseillers en voitures inspectent les autos neuves et usagées pour les acheteurs éventuels, indiquant les problèmes qui pourront servir de critère de négociation. Ils peuvent gagner plus de 100 000 yuans par année.

Les agents de vente de voitures usagées servent d’intermédiaires dans les transactions. Ces compagnies achètent les voitures de seconde main, cherchent les meilleures occasions, et s’occupent des formalités d’assurance et de transfert de propriété pour les clients. Il existe même des chaînes de points de vente.

Critères plus élevés, demandes plus élevées

Les forces libérées de l’économie planifiée ont amélioré le niveau de vie de millions de Chinois. Un simple corollaire est que les gens fréquentent davantage les restaurants. La Chine a une tradition culinaire fort diversifiée. Toutefois, choisir des mets aux caractéristiques régionales d’un endroit donné peut être aussi embarrassant que de faire son choix parmi la multitude de canaux de télévision. Alors, une nouvelle profession extravagante est née : choisir les mets sans que le menu ait à circuler d’un convive indécis à l’autre.

Une maquilleuse donne une démonstration dans un centre commercial de Shenyang, au Liaoning. Photo Xie Huanchi

Dans certains restaurants de haute gamme de grandes villes comme Beijing, Shanghai et Guangzhou, ce nouveau service est assez populaire et rapporte entre 5 et 10 % de profit de plus aux établissements. Les bons « choisisseurs » connaissent bien la myriade de mets au menu et décident en fonction des goûts et de la personnalité de leurs clients.

Ces gourous de la gastronomie doivent être formés et le sont souvent en profondeur. Dans une école de Chongqing, le programme d’études comprend la psychologie, le service de traiteur, l’arrangement visuel, la publicité, les affaires, la communication, l’étiquette et le langage.

L’automne dernier, une trentaine de thérapeutes ont créé une nouvelle profession à Beijing. Selon l’expert en massage Cheng Weipin, la thérapie spa coordonne la vue, l’odorat, l’ouïe et le toucher. Elle a été très populaire dans d’autres pays. Plusieurs salons de beauté et bains publics l’ont aussi adoptée. Le coût varie entre 100 et 1 000 yuans.

Quant à Zhang Haiyan, directeur de l’École de massage Chengren de Beijing, 110 thérapeutes de la première promotion de l’école ont reçu leur diplôme, tous choisis parmi des masseurs professionnels expérimentés. On procède actuellement à la régulation des lignes directives et l’élaboration des manuels de cours. Les gens du milieu prévoient que les affaires se développeront rapidement dans les trois prochaines années.

Par ailleurs, comme les couples demandent davantage du conjoint et du mariage, des « analystes matrimoniaux » se sont aussi lancés en affaires dans certaines villes. Ces conseillers évaluent les couples et fournissent la psychanalyse pour diagnostiquer les problèmes de la relation.

Zhang Liying est l’un d’eux, à Harbin dans la province du Heilongjiang. « Nous jouons le double rôle, dit-elle, de psychiatre et d’avocat. Nous ne prenons pas de décision pour les clients mais les rendons capables d’en prendre eux-mêmes. »

Travail social

Zhou Wei, un travailleur social antidrogue de Shanghai, âgé de 31 ans, frappe à la porte d’un foyer de l’arrondissement Zhabei. « Bonjour, je suis un travailleur social et voici ma carte de travail. »

Gao Rongyuan étudie le massage à Kunming, au Yunnan. Photo Qin Qing

En novembre 2003, Zhou a quitté son emploi de conducteur de train après huit ans et a commencé à travailler pour la campagne municipale antidrogue. Il a reçu son permis il y a exactement un mois. Jusqu’à récemment, la profession de travailleur social n’était pas formellement reconnue en Chine. « Auparavant, quand je frappais à une porte, j’étais craintif car je n’avais pas de véritable carte de travail. Plusieurs personnes doutaient de ma compétence », dit Zhou.

Le comité des résidants, une entité administrative, est la forme principale d’administration dans les zones urbaines du pays. Depuis les années 1980, avec le changement des fonctions du gouvernement, les travailleurs sociaux ont progressivement assumé un rôle complémentaire dans l’administration des communautés.

En décembre 1999, l’Association des travailleurs sociaux de la nouvelle zone de Pudong à Shanghai a été enregistrée auprès du gouvernement local. C’était le premier groupe du genre au pays.

En 2003, les Dispositions de la municipalité de Shanghai sur la qualification des travailleurs sociaux ont été promulguées. Un des principaux élaborateurs des Dispositions, Wu Duo, directeur de l’Association des travailleurs sociaux de Pudong, croit qu’en tant que fournisseurs de services professionnels, les travailleurs sociaux « doivent recevoir une formation et passer des examens. Sous cet angle, ils ne sont pas différents des avocats ou des comptables. »

Dans l’organisation de Zhou, certains de ses collègues détiennent un diplôme universitaire en travail social ; certains viennent d’autres professions, comme lui-même. « Comme travailleurs dans ce domaine, nous devons d’abord connaître les drogues et les soins médicaux. Nous devons aussi savoir de petites choses comme la façon de placer une demande d’emploi et de signer un contrat de travail. Nous devrions, pour le moins, savoir à quel département il faut s’adresser pour obtenir de l’aide. Nous travaillons de manières diverses, dans des conditions familiales diverses et avec des individus à l’esprit différent dans le but de les aider à résoudre leurs problèmes », a expliqué Zhou.

L’ancien conducteur de train était plutôt introverti auparavant mais s’est épanoui une fois devenu travailleur social. « Aider les autres est quelque chose de joyeux et jamais monotone. »

Fragmenter les professions

Selon un reportage du Rencai shichang bao (Marché des compétences), la ramification du partage du travail dans la société a mené à diverses professions.

Dans la publicité, par exemple, qui a proliféré ces dernières années, il peut y avoir cent emplois liés au travail, comme gérant des ventes, préposé à la satisfaction du client, service à la clientèle et conseiller. Les responsabilités en affaires se spécialisent de plus en plus pour répondre aux opérations variées et maximiser l’efficacité. Auparavant, un propriétaire de magasin devait travailler à la caisse, placer les marchandises sur les étalages et balayer le plancher ; aujourd’hui, un conseiller, par exemple, est assigné à une tâche et des responsabilités plus étroites.

Il en va de même dans la technologie. Les techniciens d’ordinateurs sont regroupés autour de différents programmes de langues et systèmes d’opération, tout comme les ingénieurs en informatique sont divisés en développeurs de logiciels Unix ou COBOL, selon le système qu’ils connaissent le mieux.

Pareillement, il n’y a plus de simples dessinateurs de mode aujourd’hui. Ils sont maintenant spécialisés en vêtements masculins ou féminins, et d’autres en accessoires ou en vêtements pour enfants.

Selon un administrateur de site d’emploi de Shanghai, la subdivision des professions montre que le bassin de compétences mûrit.

La spécialisation des métiers impose des exigences croissantes aux chercheurs d’emploi. Les entreprises recherchent des compétences particulières. Les opérateurs de machines de précision, par exemple, ne peuvent construire un semiconducteur de microplaquette, bien que tous deux fassent partie du même processus de fabrication d’un ordinateur.