POLITIQUE
Vols directs au-dessus du Détroit
Chen Wen
Bien qu’il s’agisse d’un arrangement pour une seule fois, la nouvelle que des vols directs s’effectueront entre Taiwan et le continent pour la première fois depuis cinquante ans a été reçue avec un optimisme modéré face à la coopération future à travers le Détroit. L’entente spéciale est limitée à la période de la fête du Printemps, la plus grande fête du calendrier chinois, mais elle symbolise également la bonne volonté des deux parties. C’est un pas dans la bonne direction pour leurs relations délicates et souvent tendues. Il est peu probable que cet effort réponde à la demande à long terme des voyageurs qui traversent fréquemment le détroit, mais une chose est certaine : cette année, les gens d’affaires de Taiwan dans la partie continentale de la Chine pourront plus facilement aller passer les fêtes avec leur famille.
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| Le 26 janvier 2003, un appareil de China Airlines de Taiwan s'envolait de Shanghai avec 200 voyageurs taiwanais à bord. Photo Zhang Ming |
Un accord sans précédent de vols nolisés directs
pour le Nouvel An lunaire permettra aux Taiwanais qui travaillent sur le continent
et leur famille de s’envoler sans escale vers Taipei et Kaohsiung. Toutefois,
ces vols devront encore emprunter l’espace aérien de Hongkong.
L’accord a été signé entre le Conseil d’échanges
du transport aérien du Détroit, pour le continent, et l’Association
de l’aviation de Taipei, pour Taiwan, le 15 janvier à Macao, dans
une atmosphère « propice et pacifique », selon le Pr. Pu
Zhaozhou, vice-président dudit Conseil et chef de la délégation
de la partie continentale. Suivant cet accord, 48 vols aller-retour sur des
lignes commerciales auront lieu entre le 29 janvier et le 20 février.
Considéré comme une percée dans les relations des deux côtés du détroit et vers la fin du ban imposé en 1949, lors de la fondation de la République populaire de Chine, cet accord présente trois avantages de plus que les vols nolisés pour les Taiwanais du continent permis en 2003.
Premièrement, c’est la première fois que des vols aller-retour et sans escale sont autorisés en 56 ans, pour six compagnies aériennes pour chacune des deux parties.
Deuxièmement, c’est la première fois que des avions nolisés iront directement à Taiwan sans s’arrêter à Hongkong. En 2003, ils devaient faire escale à Hongkong ou Macao, étirant à quatre heures de voyage un vol qui n’en demandait qu’une.
Troisièmement, les vols nolisés cette année relieront Taipei et Kaohsiung à Beijing, Shanghai et Guangzhou, tandis que Kaohsiung, Beijing et Guangzhou n’étaient pas sur la liste en 2003.
Liens plus étroits
« L’accord montre l’inévitable tendance aux échanges personnels et aux liens économiques plus étroits de part et d’autre du détroit », dit Wu Nengyuan, directeur de l’Institut d’études contemporaines de Taiwan de l’Académie des sciences sociales du Fujian, qui se réjouit de l’« influence positive » de l’accord sur les relations bilatérales, selon un reportage du China Daily.
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| Les gens d'affaires taiwanais et leur familles qui vivent et travaillent dans la partie continentale du pays retournent passer les fêtes à Taiwan. Photo Zhang Ming |
Les statistiques du ministère du Commerce montrent que de janvier à octobre 2004, le volume commercial entre la partie continentale de la Chine et Taiwan a atteint 63,48 milliards de USD, une hausse de 36,2 % sur la même période précédente. Taiwan a connu un surplus commercial de 42,42 milliards de dollars. À la fin d’octobre, le continent avait approuvé 63 400 projets à investissements taiwanais et le montant effectivement versé était de 39,3 milliards de dollars, au 6e rang des investissements d'outre-mer effectués sur le continent.
Outre les relations commerciales, les échanges personnels ont aussi connu un élan de croissance. Les statistiques officielles indiquent que depuis 1987, 32 millions de Taiwanais ont visité le continent. Entre janvier et juin derniers, leur nombre a été d’environ 1,7 million (+61,78 %). Et environ un million de Taiwanais vivent et travaillent dans la partie continentale du pays. Tous applaudissent la percée historique qui leur permettra d’économiser temps et argent.
Déjà depuis longtemps les Taiwanais qui travaillent dans les villes du continent exprimaient ce désir.
« La distance entre Shanghai et Taipei via Hongkong dépasse 2 600 km, mais en ligne directe elle se réduit à 600 km », dit Diao Weiren, un Taiwanais directeur général de Capital Security Corp. de Shanghai.
Un autre Taiwanais, Yang Shouzheng, qui travaille dans la partie continentale depuis huit ans, dit que la plupart des Taiwanais retournent dans leur famille pour la fête du Printemps, mais ils devaient subir les inconvénients des vols indirects. Il espère que les vols nolisés directs s’étendent aux autres grandes fêtes. « Il y a un nombre croissant de Taiwanais - gens d’affaires, étudiants et simples citoyens, qui traversent le détroit pour des motifs de travail, d’études et de tourisme », dit-il.
Maintenant que l’encre de la signature est sèche, les gens d’affaires comme Diao et Yang sont vus comme les principaux gagnants.
La communauté taiwanaise de gens d’affaires de la province du Zhejiang qui compte 8 000 personnes est très heureuse de cet accord.
Réactions positives
Cet événement historique a soulevé l’attention des médias internationaux également.
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| Cette poignée de main du 15 janvier dernier restera un moment histoirique. Photo Xin Hua |
Wu Nengyuan a souligné que l’attitude pragmatique et flexible de la partie continentale pendant les négociations a aidé à atteindre un accord. « Cela montre qu’il y aura toujours des moyens d’améliorer les liens en autant que les deux parties se montrent sincères », a dit Wu.
« C’est un grand encouragement pour la population des deux rives, surtout pour les Taiwanais », a indiqué Li Jiaquan, chercheur à l’Institut des études taiwanaises relevant de l’Académie des sciences sociales de Chine. Il pense que ce geste exercera une certaine pression sur les autorités de Taiwan, ce qui aidera à développer d’autres liens de part et d’autre du détroit.
Xu Bodong, directeur de l’Institut de Taiwan de l’université Lianhe de Beijing, pense lui aussi que l’accord historique qui vient d’être signé allégera la tension du détroit, et c’est ce qu’il appelle un arrangement « gagnant-gagnant ». Mais il a aussi fait remarquer que les vols nolisés directs ne sont qu’un cas isolé et ne signifient en rien la réalisation des « trois liens directs » (poste, transport et commerce), et qu’il ne faut pas surestimer leur importance.
Byron SJ Weng, conseiller sur les mesures nationales auprès du « bureau présidentiel » et professeur à l’université nationale Chi Nan, partage cet avis. Weng dit que depuis les pourparlers entre Wang Daohan et Koo Chen-fu à Shanghai en 1998, les deux côtés du détroit n’ont plus eu de contacts face à face, donc la rencontre du 15 janvier constitue une importante percée dans les liens bilatéraux.
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| Des hôtesses des lignes China Eastern essaient leurs nouveaux uniformes spécialement confectionnées pour les vols directs à travers le Détroit pendant la fête du Printemps. Photo Xinhua |
Taiwan a coupé le transport direct par air et par mer vers la partie continentale depuis que les nationalistes ont perdu la guerre en faveur des communistes en 1949 et se sont enfuis dans l’île.
Les deux parties ont montré une attitude positive, remarque Philip Yung-Ming Yang, professeur au département de sciences politiques de l’Université nationale de Taiwan. Bien que l’accord aide à diminuer la tension, le professeur s’empresse d’exprimer ses réserves sur les relations concernant les autres domaines et les questions politiques.
Chen Kuo-yuan, secrétaire général de l’Association des entreprises taiwanaises de Beijing, a exprimé sa satisfaction disant qu’il avait hâte de profiter lui-même de ce vol historique vers Taiwan.
Un article du Hong Kong Commercial Daily juge que la délégation
de la partie continentale a été aimable mais ferme et s’est
montrée flexible durant la négociation. Alors que plusieurs pensaient
que les liens entre le contient et Taiwan avaient atteint leur plus bas niveau
après que le gouvernement chinois eût récemment promulgué
la Loi antisécession et le livre blanc sur la défense nationale,
l’accord sur les vols directs a fait beaucoup pour ranimer la coopération
future.
L’agence AP a rapporté que l’accord pourrait diminuer la
tension dans une des régions les plus dangereuses de l’Asie, et
ce point de vue a été repris par Reuters. Le journal Yomiuri
Shimbun du Japon a également signalé que l’accord favorisait
la réalisation des « trois liens directs ».
Selon Central News Agency de Washington, un porte-parole du Département
d’État a dit que les États-Unis se réjouissent de
l’accord, croyant qu’il peut améliorer les relations du détroit
dans l’intérêt des deux parties et développer la paix
et la sécurité régionales.
Historique des échanges
1 janvier 1979: le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale a émis un document intitulé « Aux compatriotes de Taiwan » qui déclarait la procédure de réunification pacifique du pays.
30 septembre 1981 : Ye Jianying, alors président du Comité permanent de l’APN, a révélé sa « Politique de réunification pacifique de la patrie en neuf points ». Il proposait que les deux côtés du détroit atteignent certains accords concernant la poste, les relations commerciales, la navigation et l’aviation, les visites à la famille et le tourisme, ainsi que des échanges académiques, culturels et sportifs.
28-30 octobre 1992 : L’Association chinoise pour les relations entre les deux rives du détroit de Taiwan (ARATS), établie en décembre 1991 dans le but de promouvoir les échanges et de développer les relations bilatérales, et la Fondation des échanges du détroit de Taiwan (SEF) se sont réunies à Hongkong. Elles ont plus tard atteint les « 92 Consensus », exprimant chacune pour sa part que « les deux côtés du détroit reconnaissent le principe d’une seule Chine ».
27-30 avril 1993 : Sur la base des « 92 Consensus », le président de l’ARATS, Wang Daohan et celui de la SEF, Koo Chen-fu, ont tenu leurs premiers pourparlers à Singapour. Ils ont signé l’Accord conjoint des pourparlers Wang-Koo, l’Accord sur les règles de liaison et consultation entre l’ARATS et la SEF, l’Accord sur l’utilisation et la vérification des actes notariés des deux côtés du détroit, et l’Accord sur les problèmes concernant l’enquête et la compensation pour la poste recommandée à travers le détroit. Les premiers pourparlers Wang-Koo représentaient le premier contact et la première consultation publics entre les dirigeants d’organisations non gouvernementales autorisées des deux côtés du détroit depuis quatre décennies. Ils réalisaient un important progrès des plans d’échanges dans les domaines de l’économie, du développement des sources d’énergie, de la culture, de l’éducation et des sciences et technologies, tout en établissant des mécanismes de contacts réguliers entre l’ARATS et la SEF.
14 octobre 1998 : Koo a conduit une délégation de douze membres de Taipei à Shanghai pour briser la glace. Les seconds pourparlers ont atteint un consensus en quatre points, ouvrant la porte au dialogue politique. Wang a alors accepté l’invitation de Koo de visiter Taiwan en temps opportun.
2003 : Les autorités de Taiwan ont accepté les vols nolisés indirects pour la fête du Printemps à certaines conditions : seulement les lignes aériennes taiwanaises pourraient les effectuer ; les vols devraient faire escale en route.