Faut-il hausser le prix d’accès aux sites du patrimoine mondial ?

À la fin de novembre, le Comité pour le développement et la réforme de Beijing a recueilli l’opinion publique au sujet de la hausse des prix d’entrée des six sites de Beijing qui figurent sur la liste du patrimoine mondial, soit le Palais impérial, la Grande Muraille (section Badaling), le Palais d’été et le Temple du Ciel, ainsi que les tombeaux Changling et Dingling de la dynastie des Ming. Les demandes d’augmentation proposées par ces sites montrent que sauf pour les deux tombeaux impériaux, l’augmentation des autres sites est importante. Par exemple, pour le Palais impérial, le prix en morte saison touristique devrait passer de 40 yuans à 80 et en haute saison, de 60 à 100 yuans.

Faut-il hausser le prix des billets d’entrée des sites du patrimoine mondial ? Photo Xinhua

D’après le Bureau national des statistiques, le PIB par personne a atteint 8 270 yuans (environ 1 000 USD) à la fin de 2003. Actuellement, le coût total de la visite de ces six sites est de 750 yuans (90,7 USD). Mais, selon le prix nouvellement proposé, 1 290 yuans (156 USD) représentent 15 % du PIB par personne.

La plupart des gens qui ont assisté à la séance publique étaient favorables à la hausse des prix, tandis que l’enquête dans l’internet par people.com.cn et sina.com.cn a révélé que 95 % de questionnés s’y opposaient.

Les six sites ont dit que la hausse a pour but de refléter la valeur du patrimoine mondial, de pallier l’insuffisance de fonds pour la restauration, et de limiter le nombre de visiteurs.

Dans cette circonstance, la fixation des prix de billet d’entrée a suscité une vive répercussion et de vifs débats dans la société.

Il faut augmenter les prix

Xue Yong (professeur à l’université Yale, aux États-Unis) : Le Palais impérial et le Palais d’été sont en effet des monuments historiques, mais pas des parcs. Au Palais impérial, le nombre de visiteurs a atteint 125 000 personnes par jour au maximum pendant la haute saison, un record dans son histoire. Si cette situation se poursuit, les monuments historiques ne pourront pas être protégés, malgré les technologies avancées. Le prix des billets doit monter jusqu’au niveau de limitation efficace du nombre de visiteurs. Le respect des lois du marché est la mesure la plus efficace.

Malheureusement, même les initiateurs de la hausse des prix n’osent pas proposer une hausse totalement libérée par crainte de vexer la large masse de gens qui, vu le manque d’établissements de loisirs et d’espaces verts, font souvent leurs exercices matinaux ou passent leurs loisirs sur ces sites historiques. Par ailleurs, le Palais impérial, le Palais d’été et la Grande Muraille sont considérés comme symboles de la brillante civilisation de la Chine, et chaque Chinois doit par conséquent avoir l’occasion de les apprécier. La hausse des prix empêchera certainement des gens à bas revenus de les visiter, c’est comme si qu’on les privait de leur droit de connaître l’histoire et la culture de leur pays.

Cependant, le record de 125 000 visiteurs par jour nous oblige à faire face à un fait : l’héritage culturel par personne est très faible en Chine en comparaison avec sa population de 1,3 milliard d’habitants.

La conscience historique profondément enracinée chez les Chinois a été formulée dans le régime centralisateur qui a dominé presque toute l’histoire de la Chine. On pense jusqu’à aujourd’hui que le Palais impérial et la Grande Muraille représentent l’histoire et la culture de la Chine et que chaque Chinois doit connaître ces sites. Mais est-ce la seule façon d’étudier l’histoire de la Chine?

Grâce à la victoire du régime démocratique et à la prospérité de la culture populaire, on accorde une plus grande attention à l’histoire de l’échelon de base de la société et celle des gens ordinaires. Il y a de nombreux sites historiques, comme habitations et lieux de production anciens, à visiter pour connaître l'histoire et la culture.

À mon avis, nous devrions enlever toutes les restrictions aux prix des billets d’entrée. S’il y a un surplus après avoir couvert les dépenses, on pourrait créer une Bourse du Palais impérial pour que des enfants de régions pauvres puissent poursuivre leurs études dans des universités renommées comme Qinghua et Beida. Leurs ancêtres sont peut-être ceux qui ont construit le Palais impérial, sous l’ordre des empereurs d’alors. Maintenant, c’est le bon moment de rembourser.

Zhong Zhaofu (pigiste pour Yangcheng Wanbao) : Franchement, j’applaudis la proposition de hausse des prix seulement à cause de son but de limiter le nombre de visiteurs. Quand j’ai visité le Palais impérial au printemps en 2003, il y avait tant de visiteurs qu’ils se bousculaient. J’ai été déçu et ai perdu l’intérêt.

J’ai remarqué que beaucoup d’opposants comparent souvent les affaires de Chine avec celles d’autres pays disant que les sites célèbres du monde y sont ouverts à bas prix ou gratuitement. Mais ils négligent une chose: les conditions de la Chine sont différentes, ne serait-ce que pour le nombre de visiteurs. On estime que la hausse des prix ne pourra pas contrôler efficacement le nombre de visiteurs. La hausse des prix d’entrée ne signifie pas que ces sites deviendront des marchandises ; elle a seulement pour but de prévenir les dommages dus à un excès de visiteurs. C’est une action responsable envers nos descendants.

Par ailleurs, il faut prendre des mesures pour assurer l’utilisation correcte des fonds amenés par la hausse. Nous ne devons pas suivre le cas de Pingyao, une ville ancienne de la province du Shanxi. La ville a vu ses revenus d’entrées dépasser 40 millions de yuans en 2004, mais n’a pas affecté un sou à la restauration.

Il ne faut pas hausser les prix

Ru Yi (pigiste pour l'Observateur économique) : Le gouvernement devrait réfléchir à la façon d’offrir le meilleur service aux contribuables au lieu de leur faire endosser le fardeau. Même dans une société commerciale où on recherche le rendement économique, le gouvernement ne peut pas diminuer sa responsabilité, ni essayer de résoudre tous ses problèmes par la hausse des prix.

Il est compréhensible que le gouvernement municipal de Beijing ait augmenté le prix de l’eau et de l’électricité il y a quelques mois à cause de la pénurie de ressources naturelles, mais la hausse des prix d’entrée des sites historiques est sans fondement. Selon la presse, la principale raison de cette proposition de hausse consiste dans le fait que les fonds budgétaires sont loin de satisfaire aux besoins de la restauration de ces monuments historiques. C’est un problème à résoudre de façon urgente. Mais, les visiteurs, en tant que contribuables, ont le droit de poser ces questions : Est-ce que la protection du patrimoine historique et culturel n’est pas dans les devoirs du gouvernement? Est-ce que le gouvernement a raison d’en faire porter les frais aux visiteurs? Quel mécanisme peut assurer l’utilisation de tous les revenus nouvellement augmentés dans les travaux de restauration?

L’une des différences les plus marquantes entre l’économie de marché et l’économie planifiée est que sous l’économie de marché, les fonctions du gouvernement doivent être séparées de celles du marché. Mais on constate que des organes gouvernementaux préfèrent résoudre des problèmes économiques et sociaux par la simple hausse des prix. Par exemple, face aux graves embouteillages routiers à Beijing, certains services ont proposé la hausse du péage et des frais de garage. En effet, la hausse de prix peut limiter la circulation comme le nombre de visiteurs. Mais en revanche, les activités économiques seront restreintes. Par exemple, il est certain que les revenus touristiques vont tomber. Les gouvernements prennent-ils en considération ce problème ?

Par ailleurs, il est juste de respecter les lois économiques. De nombreuses ressources à usage des services publics sont encore tenues ou monopolisées par le gouvernement. Les administrations doivent d’abord améliorer leur efficacité de travail, au lieu de considérer la hausse de prix comme solution à tout.

Mo Linhao (employé de bureau à Changsha, province du Hunan) : Une forte hausse de prix diminuera certainement le nombre de visiteurs mais ne sera pas acceptée par le public, parce que les sites du patrimoine mondial deviendront des lieux réservés à un petit nombre de gens riches et que la masse n’y aura plus accès.

Il est bon de contrôler l’excès de visiteurs sur les sites touristique à but lucratif. Mais on discute maintenant des sites du patrimoine mondial, des trésors de tout le peuple et non des arbres à sapèques pour les administrations. Si le Palais impérial était un jardin privé, le propriétaire pourrait hausser le prix à son gré. Ce n’est pas le cas.

En fait, le but de la liste de sites du patrimoine naturel et culturel mondial de l’ONU est de protéger ces sites, pas de gagner de l’argent. Dans beaucoup d’autres pays, on adopte la méthode de quota journalier de visites. Pourquoi l’administration de Beijing s’intéresse-t-elle seulement à la hausse des prix ? Les raisons ne sont pas convaincantes.

Xu Lifan (pigiste pour Huaxia Shibao) : Ces sites sont les meilleurs bâtiments, représentant le plus haut niveau d’esthétique, la culture totémique la plus classique et la réelle trace historique, et ils présentent au peuple la civilisation ancienne du pays.

Depuis des années, il y a contradiction entre l’exploitation et la protection. Pourtant, l’exploitation est toujours prioritaire vu l’attraction des bénéfices considérables. En effet, le Comité du patrimoine mondial de l’ONU avait adressé des avertissements à des sites historiques chinois à propos de leur exploitation excessive aboutissant à la perte de valeur. Mais nous n’avons pas réussi à trouver un moyen pratique permettant en même temps l’exploitation appropriée et la protection réussie.

Cependant, dans les débats, il y a un consensus: on ne peut jamais compter sur l’argent seul pour protéger la valeur d’une civilisation.