ÉCHANGES SINO-AFRICIANS

 

L’aide résiste à l’épreuve du temps

Wang Hongyi (Bureau de recherche sur l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud de l’Institut des problèmes internationaux de Chine)

« Dans l’histoire, les étrangers ont construit en Afrique des chemins de fer seulement pour piller la richesse du continent. Au contraire, les Chinois l’ont fait pour nous aider à développer l’économie nationale », a dit en termes élogieux l’ex-président de Tanzanie, Nyerere. « Le fait que la Chine a aidé à construire le chemin de fer Tanzanie-Zambie (TAZARA) est une grande contribution au bien-être du peuple africain. »

Célébration du 25e anniversaire de la construction du chemin de fer Tanzanie-Zambie. Photo: Zhang Dacheng

Dans les années 1950 qui suivirent la fondation de la République populaire de Chine, les dirigeants chinois étaient conscients de l’importance des pays d’Afrique pour la Chine. Selon les dispositions du président Mao Zedong et du premier ministre Zhou Enlai, la Chine a commencé à fournir dès 1956 une assistance à l’Afrique. Suivant le mode d’assistance de l’Union soviétique d’alors, elle a aidé des pays amis d’Afrique à construire des usines, des hôpitaux, des écoles et d’autres infrastructures. De ces projets d’assistance, la construction du chemin de fer Tanzanie-Zambie est le plus connu des Chinois. Les études et la conception de cette ligne ferroviaire ont été entamées en 1968 et les travaux mis en chantiers en 1970 pour s’achever en 1976. D’une longueur totale de 1 860 km entre Dar Es-Salaam, capitale de la Tanzanie, et Kapiri Mposhi en Zambie, le TAZARA est l’un des projets complets d’assistance les plus importants de la Chine en Afrique. Il traverse de hautes montagnes, des vallées profondes, des forêts touffues et des zones inhabitées que hantent des animaux sauvages, et franchit des marais et des lacs. Sa construction était une entreprise gigantesque et requérait des techniques complexes. De plus, les conditions d’exécution étaient très dures. Le gouvernement chinois a fourni des prêts sans intérêt de 988 millions de yuans et transporté équipement et matériaux pour ce projet. Il a envoyé 50 000 ingénieurs et techniciens. Au plus fort des travaux, plus de 16 000 constructeurs chinois travaillaient en même temps au chantier. Malheureusement, 64 Chinois y ont laissé leur vie.

Le TAZARA est l’artère reliant la Tanzanie et la Zambie. Pour la Zambie, il est devenu une voie assurée d’exportation du cuivre, brisant le blocus exercé par le pouvoir raciste d’Afrique du Sud. Depuis près de trente ans, grâce à ce chemin de fer, l’économie des deux pays s’est développée à un rythme accéléré, les échanges matériels ont été intensifiés et plusieurs nouvelles villes sont apparues le long de la ligne ferroviaire, devenant des centres politiques, économiques et culturels de la région. « Un véritable ami se voit dans le malheur. Lorsque nous étions dans une extrême difficulté, c’est la Chine qui nous a aidés », a rappelé l’ex-président zambien Kaunda. Le TAZARA est considéré comme la « voie de liberté » et le « modèle de la coopération Sud-Sud » par les peuples tanzanien et zambien, voire même de toute l’Afrique.

À présent, on trouve des infrastructures construites à titre d’assistance par la Chine dans presque tous les pays d’Afrique, et plusieurs d’entre elles sont devenues des constructions symboliques.

Le grand théâtre construit par la Chine à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Photo: Linghu Daocheng

Pendant le dernier demi-siècle, la Chine a accordé diverses formes d’aide économique à 53 pays d’Afrique. Le nombre des projets complets d’assistance a dépassé 900; ils concernent l’agriculture, l’élevage, la pêche, les travaux hydrauliques, l’énergie électrique, les communications et transports, la radiodiffusion, la télévision, la culture, l’éducation, la santé et l’industrie des produits alimentaires, dont 700 sont achevés. Ces projets ont considérablement contribué au développement économique des pays d’Afrique et à l’amélioration du niveau de vie.

En outre, la Chine a accordé beaucoup d’aide matérielle et technique aux pays d’Afrique et formé un grand nombre de leurs techniciens. De 1985 à la fin de 1999, 905 techniciens venus de 46 pays d’Afrique ont suivi en Chine des stages de formation concernant la culture du riz et des légumes, la pisciculture, le traitement de la viande, la médecine chinoise, l’acupuncture, les machines agricoles, l’énergie solaire et les prévisions météorologiques. Depuis 2000, la Chine a prêté une plus grande importance à la formation technique des Africains, en établissant le fonds de développement des ressources humaines d’Afrique et organisant diverses formations qui ont reçu quelque 7 000 stagiaires. La Chine a cotisé au fonds d’accroissement de la capacité de l’Afrique, établi par le FMI, afin de fonder un centre d’assistance technique en Afrique. Elle a aussi organisé, selon le projet multilatéral de formation technique (TCDC), une vingtaine de stages de formation professionnelle et technique spécialement pour les Africains. Les techniciens africains qui avaient reçu en Chine une formation spécialisée ont apporté leur contribution considérable à l’édification de leur pays respectif. Parmi eux, certains sont devenus des dirigeants d’État ou du personnel supérieur. En Afrique, on rencontre souvent des responsables de départements gouvernementaux qui s’expriment en chinois.

En 1995, la Chine a réformé son mode d’assistance à l’étranger. Depuis lors, le gouvernement chinois adopte activement le mode d’exploitation à capitaux mixtes ou de coopération, et celui de fourniture de prêts préférentiels pour un projet d’assistance; autrement dit, il accorde une aide sans contrepartie, une aide en prêt préférentiel ou une aide en prêt sans intérêt sous forme de coopération au projet ou de coopération technique. Un nouveau mécanisme d’assistance à l’Afrique se perfectionne progressivement. Le gouvernement chinois a non seulement accru le montant global d’assistance, mais encore augmenté la part de l’aide sans contrepartie et la donation. Il aide des pays d’Afrique à construire, par ses projets d’assistance, des routes, des installations d’alimentation en eau, des hôpitaux et d’autres infrastructures ainsi qu’à mettre en place des structures de bien-être social dont les pays africains ont un besoin urgent. En comparaison des pays occidentaux, l’aide de la Chine représente un montant peu important, mais a produit un grand impact social parce qu’elle ne s’assortit d’aucune condition politique additionnelle, que la Chine a adopté le mode de coopération gouvernementale et que les capitaux ont été rationnellement utilisés. Des experts occidentaux estiment que l’effet d’assistance de l’Occident n’atteint pas le niveau de la Chine bien que la somme monétaire dépasse de celle de la Chine.

Le président togolais Eyadéma pose la première pierre du palais présidentiel construit par la Chine. Photo: Huang Jian

Après le Forum sur la coopération sino-africaine, la Chine a commencé à réduire ou annuler les dettes des pays d’Afrique, qui étaient principalement des prêts sans intérêt ou à bas intérêt accordés auparavant pour la construction d’infrastructures. Bien que la Chine soit aussi un pays débiteur et ait besoin d’énormes fonds pour développer son économie, elle a promis, lors du 1er Forum, de réduire ou annuler, d’ici deux ans, des dettes expirées de 10 milliards de yuans que des pays pauvres lourdement endettés et des pays moins développés devaient à la Chine, afin d’alléger leur fardeau. Fidèle à ses engagements, la Chine a réduit et annulé, en moins de deux ans, 10,5 milliards de yuans de dettes de 31 pays d’Afrique. L’action de la Chine a montré au monde la ferme résolution de la Chine qui se dévoue à sauvegarder la paix mondiale et à promouvoir le progrès commun de l’humanité. Ce geste a aussi joué un rôle important pour stimuler l’action des autres pays créanciers et a été hautement apprécié par les pays d’Afrique et la communauté internationale.

Éléments importants du monde en développement, les pays d’Afrique constituent une force de protection de la paix et la stabilité mondiale et de promotion du développement économique du globe. La Chine et l’Afrique sont très éloignées l’une de l’autre. Bien que la flotte chinoise conduite par Zheng He ait abordé la Somalie dans les temps anciens, les contacts entre les Chinois et les Africains ont été très rares pendant longtemps. Jusqu’à l’époque moderne, la Chine et l’Afrique ont toutes subi l’asservissement des pays occidentaux et se sont soutenues et entraidées mutuellement dans la lutte pour l’indépendance nationale et la liberté, nouant ainsi une amitié profonde. Aujourd’hui, la Chine et l’Afrique ont une complémentarité considérable et un grand potentiel de coopération. L’Afrique est un partenaire important de la Chine qui œuvre à diversifier le marché en développant les marchés intérieur et extérieur et en utilisant les ressources du pays et de l’étranger. Dans les échanges politiques internationaux, les pays d’Afrique ont depuis longtemps des vues identiques ou similaires à celles de la Chine dans de nombreuses affaires internationales et sont le soutien ferme de la Chine dans ses efforts pour l’établissement d’un nouvel ordre politique international. Sur le plan diplomatique, l’Afrique est le point de départ et le point d’appui de la diplomatie chinoise. Les pays d’Afrique ont accordé leur soutien énergique à la Chine dans les questions de Taiwan et des droits de l’homme et beaucoup d’autres questions qui concernent les intérêts du peuple chinois. Renforcer l’union et la coopération avec les pays d’Afrique correspond donc aux intérêts à long terme de la Chine.

Le continent africain est riche en ressources naturelles. Cependant, du fait qu’il a souffert pendant longtemps de la domination et de l’exploitation exercées par les pays occidentaux, la société et la culture n’ont pu se développer normalement, les problèmes religieux et tribaux n’ont pas été résolus, les contradictions sociales restent compliquées et l’économie, retardataire. Depuis les années 1990, la démocratisation occidentale et la mondialisation économique ont eu un impact profond sur l’Afrique. Les bouleversements soutenus dans les domaines politique, économique, idéologique et culturel ont abouti à une stagnation économique en Afrique et à une diminution graduelle de la proportion de son économie et son commerce dans ceux du monde ; et la guerre, la maladie et la faim ont produit une forte impression sur le monde. Quant à la Chine, grâce à la réforme et à l’ouverture, elle a connu un développement économique rapide, ses forces générales ont augmenté sans cesse et sa position internationale s’est élevée évidemment. Quand la Chine entrera dans une société au niveau de vie relativement aisé, son développement économique nécessitera d’autant plus un environnent extérieur pacifique et stable et un marché international grandissant.

Selon un point de vue étroit, puisque l’économie chinoise n’est pas encore développée et le niveau de vie des Chinois n’est pas aisé, l’assistance de la Chine à l’Afrique doit être réduite. Ce point de vue erroné néglige l’histoire et l’avenir de la cause et ne tient pas compte des énormes récompenses internationales provenant de cette assistance. Sur le plan de la coopération internationale, les relations sino-africaines sont un bon exemple ; et dans la lutte internationale, elles inquiètent parfois les forces hostiles. On peut dire que le fait que la Chine ait obtenu des succès économiques et son statut international actuel est dans une certaine mesure inséparable du soutien ferme des pays d’Afrique.

L’amitié entre la Chine et l’Afrique a été à l’épreuve de l’histoire. Les deux parties doivent réaliser leur volonté politique respective par leur action concrète. En tant que grand pays responsable, la Chine a accordé une aide aux pays d’Afrique dans la mesure de ses forces; cela non seulement correspond à ses intérêts et à sa politique extérieure, mais a aussi contribué à la consolidation de la paix mondiale et à la promotion du développement de l’économie mondiale. Je crois que, avec l’augmentation des forces du pays et son développement économique continu, la Chine fournira une aide de plus en plus importante à l’Afrique, et le rôle des deux parties sera de plus en plus profond.