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Tous pour un et un pour tous
La nature humaine est intrinsèquement bonne. Malgré
le nombre de conflits engagés dans le monde, en tant que communauté
mondiale, nous avons tendance à vouloir aider les moins fortunés
que nous comme l’a clairement montré le tsunami en Asie.
Avec le magnanime effort international est apparu aussi le sens de la
responsabilité des pays en développement dans leur combat
contre la crise. Ce sont souvent les pays les plus pauvres qui se montrent
prêts à épauler les autres. Mais malgré les
bonnes intentions et la compassion qui ont suivi le désastre massif,
un regard profond permet de voir des motifs politiques en jeu. À
la lumière des faits, plusieurs se posent cette question : Quel
était le véritable motif de l’aide aux victimes du
tsunami et la nature de l’interaction future des pays en développement
et non développés ?
Ding Zhitao
Quand Mou Yicheng, âgé de six ans, est arrivé
au bureau de la Croix-Rouge de Shenyang (Chine du Nord-Est) avec son cochonnet
rempli d’argent sonnant, il a causé bien des remous. Le garçonnet
a dit vouloir donner toutes ses économies des trois dernières
années aux « petits amis » des régions frappées
par le tsunami. Une fois l’argent compté, 177,71 yuans, l’enfant
a ajouté : « Vous pouvez aussi prendre ma tirelire. »
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Une équipe pakistanaise transporte des matériaux
de secours arrivés à un aéroport de Banda
Aceh, en Indonésie. Photo: Gong Bing
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Son attitude généreuse a suscité un courant
de dons à Shenyang avant de parvenir aux oreilles du secrétaire
général des Nations unies, Kofi Annan, qui a particulièrement
louangé Mou.
Après le désastre survenu à la fin de
2004, la communauté internationale a lancé la plus grande
campagne d’aide humanitaire de l’histoire.
Le premier ministre Wen Jiabao a dit que le peuple chinois
était attristé, expliquant que la Chine était aussi
un pays en développement souvent frappé par des fléaux
naturels, et qu’elle avait reçu l’aide de plusieurs
pays amis.
Il était donc naturel que la Chine aide les autres
à son tour, a dit Wen. Immédiatement après le tsunami,
c’était le chaos en Asie. La Chine a envoyé plusieurs
équipes médicales dans la région sinistrée
et annoncé de l’aide matérielle et financière
totalisant 21,63 millions de yuans (2,6 millions de USD). En termes réels,
le don de la Chine dépassait le revenu de 260 000 fermiers du pays,
selon les statistiques officielles de 2003.
Le peuple chinois avait donné avec enthousiasme, comme
l’enfant de Shenyang, plus de 280 millions de yuans (33,8 millions
de USD) au 15 janvier. Les associations religieuses de Chine ont aussi
participé au secours. Le temple bouddhiste Shaolin de réputation
mondiale a envoyé 400 000 yuans aux régions affectées.
Le peuple chinois a toujours éprouvé de la compassion
pour les victimes de désastres naturels. Souvenons-nous du tremblement
de terre à Tangshan, dans le nord de la Chine, qui a coûté
240 000 vies en 1976.
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Du secours envoyé par le gouvernement chinois
parvient au Kenya. Photo: Yang Lei
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Bien entendu, la plus grande campagne de secours n’est
pas le fruit de la générosité seulement. Wang Yizhou,
directeur adjoint de l’Institut d’économie et politique
relevant de l’Académie des sciences sociales de Chine (ASSC),
a souligné que les dons sans précédent de la Chine
reflètent le rôle de la Chine comme grand pays responsable
et montrent la sensibilisation de plus en plus grande du gouvernement
et du peuple.
Tenant compte que la Chine a fourni la plus importante aide
de son histoire, l’agence de presse AFP a dit qu’il était
évident que le pays le plus peuplé du monde joue un rôle
d’importance croissante dans l’arène mondiale.
Selon David Lampton, directeur des études chinoises
du Centre de Nixon, la Chine essayait de prouver par ses dons, particulièrement
aux pays voisins, que le pays à croissance rapide était
un amical citoyen du monde.
« L’aide de la Chine aux autres pays dans les
années 1960 et 1970 a consisté, dans une grande mesure,
sans parler d’idéologie, à promouvoir le mouvement
communiste international », a dit Zhu Feng, professeur à
l’Institut des affaires internationales de l’Université
de Beijing. Il a souligné que l’assistance chinoise aux pays
victimes du tsunami était principalement basée sur l’amitié,
l’humanisme et la sympathie.
« L’aide vise un événement concret
; c’est une différence importante avec l’aide décidée
idéologiquement, dit le Pr Zhu. La générosité
de la Chine contribuera certainement à améliorer l’image
du pays dans la région, à promouvoir sa stratégie
de partenariat avec l’ANASE (Association des nations de l’Asie
du Sud-Est) et à dissiper l’influence de la théorie
de la « menace chinoise » qui existe encore en Asie du Sud-Est.
Maintenant, toutefois, on entend aussi parler de la « contribution
de la Chine » et de « la Chine, un grand pays responsable
», a-t-il ajouté.
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Les soldats thaïlandais envoyés dans les
régions affectées ont efficacement aidé le
personnel local. Photo: Zhao Jianwei
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Le vice-président de l’Institut de diplomatie
, Qu Xing, a dit que la Chine a une amitié de longue date avec
les pays touchés par le tsunami, malgré quelques accrochages
et disputes occasionnels. L’aide chinoise passe un important message
: la Chine est un pays sur lequel on peut compter au besoin, selon Qu.
L’image régionale ou internationale d’un
pays ne s’établit pas du jour au lendemain. L’image
de la Chine comme grand pays responsable en Asie remonte à la crise
financière asiatique de 1997. À ce moment-là, la
Chine n’a pas offert beaucoup d’aide, mais son engagement
à ne pas dévaluer le yuan a effectivement conduit à
la stabilité des marchés financiers d’Asie. Depuis
lors, la coopération dans la lutte contre le terrorisme, l’épidémie
de SRAS et le tsunami ont donné une nouvelle image de la Chine
en Asie du Sud-Est. Après les attaques du 11 septembre aux États-Unis
en 2001 et le bombardement du club de Bali en octobre 2002, la Chine et
l’ANASE se sont entendues sur le renforcement des mesures de sécurité
non conventionnelles. Elles ont tenu un sommet spécial et établi
un mécanisme de coopération dans le domaine de la santé
publique après l’éclatement du SRAS en avril 2003.
Après chaque crise, les relations entre la Chine et l’ANASE
se sont toujours améliorées.
La Chine a été l’hôte d’un
séminaire Chine-ANASE sur la prévision des tsunamis les
25 et 26 janvier. On y a fait le bilan des expériences et leçons
du tsunami, examiné la technologie dans la région, négocié
la collaboration future et discuté un plan d’action pour
prédire les tsunamis en prévoyant les tremblements de terre.
Selon ce plan, le gouvernement chinois aidera les membres de l’ANASE
par des programmes de formation et en augmentant leur capacité
de défense contre les fléaux. Le premier ministre Wen avait
proposé ce séminaire au sommet international sur le tsunami
tenu à Jakarta, en Indonésie, le 6 janvier, où il
avait annoncé que la Chine était disposée à
partager les données de son satellite météorologique
Fengyun 2 avec les pays de la région.
Le directeur de l’Institut d’ études étatsuniennes
de l’ASSC, Wang Jisi, a dit qu’il y avait un écart
considérable entre les pays développés et les pays
en développement en ce qui concerne les mécanismes de prévision
des calamités naturelles. Donc, a-t-il ajouté, le mécanisme
doit être amélioré au sein du « 10+3 »
(membres de l’ANASE et Chine, Japon et République de Corée),
et entre l’ANASE et l’Asie entière. Si des situations
semblables se produisent dans l’avenir, la coopération internationale
sera plus grande et beaucoup moins politique, a dit Wang.
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Un avion des forces armées de Singapour transporte
hommes et matériaux vers l'Indonésie. Photo: Zhang
Yongxing
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Dix-huit jours après le tsunami, une réunion
décisive des Nations unies a eu lieu à l’île
Maurice dans l’océan Indien. Le ministre des Affaires étrangères
de Chine, Li Zhaoxing, a dit à cette réunion que l’aide
officielle de la communauté internationale au développement
des petits pays insulaires a diminué, de 2,3 milliards de USD qu’elle
était en 1994 à 1,7 milliard en 2002 ; la coopération
internationale dans les domaines du transfert technique et de la capacité
de construire se développaient lentement ; et que les petits pays
insulaires font face à un « environnement extérieur
défavorable ». Li trouve la situation « illogique »,
et a appelé à la coopération entre le Sud et le Nord.
Il semble que le tsunami ait sensibilisé le monde au besoin des
pays en développement d’être entendus, et à
la force, la solidarité et l’amitié de leurs populations.
À la rencontre du 6 janvier à Jakarta, le premier
ministre Wen a dit au ministre des Affaires étrangères de
l’Inde, Shri K. Natwar Singh, que la Chine était prête
à aider ses voisins du sud en ce qui concerne le secours, la reconstruction
et la prévention des désastres. Drew Thompson, un directeur
adjoint des études chinoises du Centre d’études stratégiques
internationales de Washington, D.C., a dit que le tsunami n’entraverait
pas, et pourrait même accélérer la tendance de rapprochement
entre New Delhi et Beijing.
Comme celle de la Chine, la réaction de l’Inde
après le tsunami a servi d’exemple. Non seulement l’Inde
a-t-elle décliné l’aide internationale mais a envoyé
des bateaux de guerre et des hélicoptères assister le Sri
Lanka, les Maldives, la Thaïlande et l’Indonésie. Outre
le but stratégique d’empêcher les forces étrangères
d’entrer dans l’océan Indien, la détermination
de l’Inde voulait montrer, croit-on, l’autonomie et la confiance
de son gouvernement et de son peuple. Les analystes pensent que l’Inde
a agi en vue d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité
des Nations unies et de montrer qu’elle est en train de devenir
une puissance plus responsable.
L’Indonésie et le Sri Lanka ont aussi rejeté
l’assistance des troupes étatsuniennes. La Thaïlande
a décliné l’offre de la France et de l’Allemagne
de couper ses dettes, et a recommandé au Japon de diriger l’aide
financière qu’il destinait à la Thaïlande vers
d’autres pays qui en avaient davantage besoin.
Parmi les multiples actions diplomatiques suivant le tsunami,
l’ANASE n’est pas restée passive. Quelques pays membres
ont accepté de grosses sommes en aide, mais plus encore, l’assistance
parmi les pays de l’ANASE a été la plus efficace.
Au sommet de Jakarta, l’ANASE a été désignée
comme centre de coordination du secours international, ce qui montre l’efficacité
de cette organisation régionale.
Lin Xiaoguang, du Centre de recherche stratégique international
de l’École centrale du Parti communiste chinois, a dit que
les rôles et l'influence des pays développés et en
développement avaient changé durant les opérations
de secours et de réparation. Les pays en développement ont
cessé d’être les pauvres qui attendent de l’aide
et, au contraire, ont efficacement pris part aux opérations de
secours, ce qui a amoindri le rôle dominant des pays développés
et changé le processus d’aide internationale dans l’ensemble.
Les pays développés ont encore joué le
rôle principal ; toutefois, il faut remarquer que l’aide est
arrivée de tous les coins du monde. L’Arabie Saoudite et
le Qatar ont fourni une énorme assistance financière. Plusieurs
pays d’Afrique, eux-mêmes aidés par la communauté
internationale, ont aussi offert de l’aide. Même la Corée
du Nord a envoyé un secours d’urgence de 150 000 USD vers
les pays affectés.
Lin a reconnu que ces pays en développement ont agi
selon leurs moyens et qu’il ne s’agissait pas d’une
« compétition ». Toutefois, ces efforts sont également
louables.
Il a indiqué que l’aide internationale était
inévitablement teintée d’objectifs politiques et de
considérations stratégiques, et un moyen d’exprimer
les intentions des pays, d’ajuster les relations de pays à
pays, d’équilibrer la structure internationale, de construire
un ordre international et de réaliser des buts nationaux de développement
stratégique. Le rôle actif des pays en développement
dans le processus international d’aide suivant le tsunami exercera
une profonde influence sur l’évolution des relations internationales,
a conclu Lin.
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