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La pollution du Yangtse
Des experts disent que si l’on n’accorde pas
une attention particulière à la pollution du Yangtse, d’ici
dix ans, l’écologie du système fluvial du Yangtse
se trouvera au bord de la ruine. En cas de grande sécheresse, le
Yangtse, troisième grand fleuve du monde, pourrait devenir une
rigole puante.
Feng Jianhua
Zhang Qi, professeur et président exécutif de
l’Institut de recherche sur le développement de Chine - organisme
non gouvernemental, a joué un rôle important dans la sensibilisation
publique à la pollution du Yangtse.
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Deux inspecteurs prennent des notes sur le processus
du traitement des eaux usées. Photo: Liu Chan
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Le Yangtse est le troisième grand fleuve du monde.
Son débit total est d’un billion de m3. Il traverse 18 provinces,
municipalités et régions autonomes. Ce fleuve dessert 400
millions d’habitants, soit le tiers de la population totale du pays.
Son bassin possède d’importantes sources d’énergie
et est une zone économique et industrielle de la Chine. Le PIB
des provinces et municipalités le long du fleuve représente
54 % de la totalité du pays.
En avril 2003, un groupe d’experts a accompagné
Zhang Qi dans sa province d’origine, le Jiangsu, sur le cours inférieur
du Yangtse, pour démontrer un projet. Avril est la pleine saison
de pêche du « saury », mais un pêcheur rencontré
ne pouvait en prendre que 2,5 kg par jour, tandis que trois ans auparavant,
les prises étaient encore élevées. La qualité
de l’eau a causé le changement, selon lui.
En octobre, Zhang est retourné au Jiangsu. Cette année-là,
trois parents et amis sont décédés de cancer de l’œsophage
ou de l’estomac. L’eau potable polluée était
le grand criminel.
Zhang était choqué de voir la zone de développement
de 60 km le long du Yangtse comprenant aciérie, usine chimique,
papeterie, chantier naval et usine de démontage de bateaux. Les
eaux usées de ces entreprises sont drainées directement
dans le Yangtse. Selon un fonctionnaire local, on a construit ces usines
le long du fleuve parce que le coût de revient du transport fluvial
est bas, l’évacuation des eaux usées est facile.
Deux visites ont permis à Zhang de commencer à
suivre de près la pollution du Yangtse. Le 28 avril 2004, Zhang
a fait un discours impromptu de cinq minutes relatif à la pollution
du Yangtse lors de la Conférence des Nations unies sur le développement
continu. Il a attiré l’attention et a remporté un
« prix d’écologie et d’environnement ».
La « marche de 5 000 km le long du Yangtse» inaugurée
par Zhang Qi a commencé le 10 octobre 2004 à Yibin, sur
le cours supérieur du Yangtse. Douze jours plus tard, les marcheurs
sont arrivés à Shanghai. Le long de leur trajet, ils ont
fait des enquêtes sur place dans vingt et une villes et remarqué
que 60 % des courants principaux du Yangtse étaient pollués
à divers degrés. La quantité d’eaux usées
déversées dans le Yangtse est de 25,6 milliards de tonnes
par année. Une ceinture polluante s’est formée en
bordure du Yangtse.
La mission d’enquête a recueilli plusieurs faits
et données. Ce voyage a permis à Zhang Qi d’augmenter
sa confiance dans le traitement de la pollution. Par exemple, à
Nanjing, sur le cours moyen inférieur du Yangtse, un nonagénaire
a signé l’appel relatif à la protection du Yangtse.
Cette personne n’a dit qu’une phrase : « L’espoir
de ma vie est de protéger le Yangtse. Je n’ai plus d’autres
forces que d’apposer ma signature. »
Le 28 octobre 2004, l’Institut de recherche sur le développement
de Chine a présenté un rapport concernant la pollution du
Yangtse au Conseil des affaires d’État, insistant sur l’urgence
de la tâche.
Le Yangtse face à six problèmes critiques
Depuis plusieurs années, Lu Jianjian, professeur à
l’École normale supérieure de la Chine de l’Est,
et chef d’un laboratoire important du pays, suit de près
le problème de la pollution du Yangtse. Il a participé à
la marche mentionnée. Pour illustrer le niveau de pollution, il
a présenté des chiffres. Le système fluvial de 60
% des courants du Yangtse est pollué dans une certaine mesure,
ce qui menace l’eau potable de plus de 500 villes le long du fleuve.
Le taux de couverture forestière du bassin supérieur du
Yangtse est passée de 60 % à 80 % à 5 % à
7 %. Par conséquent, la quantité de sable qui s’écoule
dans le fleuve a atteint 2,4 milliards de tonnes par année.
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La ceinture de pollution en bordure du Yangtse. Photo:
Cheng Min
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Par ailleurs, le système écologique aquatique
se trouve au bord de la ruine. En 1985, Lu pouvait observer 126 types
d’animaux des fonds marins (zoobenthos) à l’embouchure
du Yangtse ; en 1998, 56 ; en 2002, 52.
Lu en avait le cœur lourd. D’ici cinq ou six ans,
l’écologie du système fluvial du Yangtse sera ruinée.
Lu considère le fleuve comme un cancéreux en phase initiale
; si on ne le soigne pas à temps, il finira par mourir.
Parfois, le Yangtse est une « grande décharge
publique liquide » aux yeux de Zhang. Pendant la saison des crues,
les ordures suivent le courant, formant une ceinture de diverses couleurs
composée de polystyrène, d’algues, d’eaux rouges
et noires sorties de l’usine chimique et de la papeterie.
Un chauffeur de taxi de Chongqing, sur le cours inférieur
du Yangtse, a dit à Zhang qu’il y a quelques années,
quand on mettait les pieds dans le Yangtse, on pouvait les voir, mais
plus maintenant.
Ai Feng, président de l’Institut de recherche
sur le développement de Chine, a dit avec émotion que la
pollution du Yangtse dépasse l’imagination. Le Yangtse fait
face à six crises : La baisse du taux de couverture forestière,
l’augmentation de la teneur en sable et la détérioration
rapide de l’environnement écologique ; l’avance de
la saison de baisse des eaux ; la détérioration de la qualité
de l’eau lésant l’eau potable de la ville ; la menace
des espèces animales et aquatiques rares; la pollution causée
par les déchets solides qui menace la sécurité des
écluses et des centrales hydrauliques ; la diminution de superficie
des marécages qui engendre une baisse quotidienne de la propreté
naturelle de l’eau.
La pollution du Yangtse est due au relâchement du contrôle
Chen Bangzhu, membre permanent du Comité national
de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC)
et directeur de la commission de la population, des ressources énergétiques
et de l’environnement, dit que la course à la croissance
économique a causé la pollution rapide du Yangtse. Certaines
entreprises considèrent le Yangtse comme le canal de drainage des
ordures, ce qui a gravement pollué le fleuve.
Zhang Qi pense que la corruption est aussi une cause importante de la
pollution du Yangtse. Il a cité un exemple : Une usine de pesticides
de Chongqing a installé deux tuyaux de déchargement des
eaux usées, dont le premier sert d’ « ornement »
et le deuxième, de conduite des eaux usées. Lorsque des
eaux usées traitées sortent du premier tuyau, cela signifie
que l’unité de contrôle n’est pas loin ; aussitôt
le contrôle terminé, les eaux non traitées recommencent
à sortir du second tuyau.
Une ville a investi quelques centaines de millions de yuans
dans une usine de traitement des eaux usées, mais cette usine ne
fonctionne pas normalement. La raison en est que des fonctionnaires ont
acheté de l’équipement de qualité inférieure
afin d’augmenter leur commission. Lorsque les chiffres ont été
découverts, ils ont dit que le coût de la protection de l’environnement
était très élevé, et que les capitaux octroyés
par l’État n’étaient pas suffisants.
Par ailleurs, la faiblesse des lois et règlements concernant
la protection de l’environnement est aussi une cause de la pollution
du Yangtse. Au cours de l’enquête, Zhang Qi a entendu dire
que les eaux usées d’une usine avaient franchi le seuil normatif.
Afin de recueillir des preuves de culpabilité contre cette usine,
l’organisme de protection de l’environnement a dépensé
500 000 yuans en prélèvement d’échantillons
et analyse. Mais selon les règlements, l’amende maximale
est de 100 000 yuans ; le coût réel a donc été
de 400 000 yuans. Depuis lors, l’organisme mentionné ne prélève
plus d’échantillons dans les cause requérant une grande
dépense, et se contente de faire des reproches oraux à l’usine
coupable.
Contre-mesures et propositions
Le gouvernement a fait de la protection de l’environnement
une politique fondamentale de la Chine. Dans le bassin du Yangtse, on
a entrepris un travail concret et obtenu des résultats, dit Chen
Bangzhu. Par exemple, le gouvernement a fixé les six grandes tâches
de 2005 à la fin de l’année dernière, dont
l’une consiste à encourager « la production propre
et le développement économique soutenu. »
Pour maîtriser la pollution du Yangtse, la Commission
de la population, des ressources énergétiques et de l’environnement
relevant du Comité national de la CCPPC a présenté
les propositions suivantes.
• L’Assemblée populaire nationale doit
établir une loi relative à la protection des ressources
en eau et élaborer rapidement des contre-mesures, lois et règlements
promouvant le développement économique continu.
• L’État doit établir un comité
de coordination du Yangtse afin d’intensifier le travail d’ensemble
du Yangtse et traiter harmonieusement l’environnement des eaux du
bassin du Yangtse.
• Répartir scientifiquement la ceinture industrielle
le long du Yangtse, améliorer la planification du territoire et
des ressources le long du Yangtse, utiliser scientifiquement le terrain
et insérer la protection de l’environnement et de l’écologie
dans la planification d’utilisation de la terre par la ville, de
l’industrie, de l’agriculture et de l’usine. Préparer
des mesures de prévention pour l’utilisation du territoire
influençant l’environnement.
• Établir un système de comptabilité
économique national vert et un système de support technologique
vert à l’économie soutenue. Prendre des mesures pour
assurer l’environnement écologique du Yangtse, intégrer
la protection de l’environnement écologique et l’exploitation
rationnelle du Yangtse dans le système d’évaluation
des fonctionnaires gouvernementaux des villes le long du Yangtse. Dans
les régions qui ravagent gravement l’écologie et causent
de grandes pertes, il faut appliquer le veto et nommer aux postes importants
des cadres et du personnel spécialisé sensibles à
l’environnement.
• L’État doit augmenter l’investissement
dans la protection de l’environnement, encourager toute la société
à protéger le Yangtse, offrir des mesures préférentielles,
absorber des capitaux non gouvernementaux destinés à la
protection de l’environnement ; établir des capitaux destinés
à la prévention et au traitement de la pollution du bassin
du Yangtse. Tous ces capitaux doivent être utilisés et gérés
d’ensemble.
• Il faut tirer l’expérience et la leçon
des pays développés, importer de la technologie et de l’équipement
avancés et des capitaux de l’étranger afin de protéger
le Yangtse, d’atténuer notre propre pression, et d’éviter
de faire des détours.
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