|
Graver une ligne dans le roc
Chen Wen
Quand le président Hu Jintao a signé l’ordre
de promulguer la Loi sur l’antisécession qui entrerait en
vigueur le 14 mars, il a fait tomber tous les doutes sur la position de
la Chine face à la soi-disant « indépendance de Taiwan
». Le message était clair pour les Taiwanais indépendantistes.
Si la loi insiste sur le procédé de réunification
pacifique - et le gouvernement chinois a pris la peine d’expliquer
que ce serait toujours son premier choix - elle dit aussi que des méthodes
non pacifiques de réunification sont maintenant l’alternative.
La balle est dès lors dans le camp de Taiwan.
 |
La Loi sur l'antisecession est ratifiée par
2 896 voies à l'APN.
|
Une semaine après que Wang Zhaoguo, vice-président
du Comité permanent de la Xe Assemblée populaire nationale
(APN), eut déclaré les raisons du projet de loi controversé
sur l’antisécession, l’APN, organe législatif
suprême de la Chine, a ratifié le texte en dix articles par
un vote unanime de 2 896 voix le 14 mars.
La loi, « puissante garantie légale pour la réunification
pacifique », est considérée par les experts de Taiwan
autant que du continent comme « opportune et nécessaire ».
Selon Wang Zaixi, directeur adjoint du Bureau des affaires de Taiwan du
Conseil des affaires d’État, les forces indépendantistes
poursuivent leurs activités et continuent de défier la «
ligne rouge » en menaçant la stabilité de la région
du détroit.
Selon Wang, la nouvelle loi ne change en rien la position
et les mesures du gouvernement sur la question. Les lignes directrices
sont les mêmes depuis vingt ans. Le seul changement est que le cadre
de travail est devenu légal.
Xinhua affirme que le projet a été mis au programme
de l’APN dès décembre dernier suivant les demandes
et propositions en nombre croissant venant du pays comme d’outre-mer
ces dernières années.
Moment opportun
Les autorités de Taiwan intensifient leurs actes séparatistes,
dit Wang, par des moyens qu’ils appellent « constitutionnels
» ou « légaux » comme un référendum
ou une restructuration constitutionnelle.
 |
Un homme d'affaires taiwanais profite d'un vol "direct"
à travers le détroit à l'occasion de la fête
du Printemps.
|
Les faits ont montré que les activités sécessionnistes
menacent gravement la souveraineté de la Chine et l’intégrité
territoriale, et mettent en danger les espoirs de réunification
pacifique ainsi que la paix et la stabilité du détroit et
de la région Asie-Pacifique. À cette pensée de Wang
font écho des experts de Taiwan et des médias reconnus.
Zhu Weidong, expert de l’Institut des études
de Taiwan relevant de l’Académie des sciences sociales de
Chine, dit que la loi résulte du fait que les forces indépendantistes
se déplacent lentement de l’ « indépendance
progressive » de Taiwan vers l’ « indépendance
radicale ». Ces forces, explique Zhu, n’abandonneront pas
facilement. Elles ont des ambitions irréalistes. Donc, l’entrée
en vigueur de cette loi ne va pas à l’encontre de la situation
actuelle, ajoute Zhu, et la formulation parle de « réunification
pacifique » au lieu d’attaque militaire.
Dans un article du China Times de Taiwan, le commentateur
politique Nan Fangshuo dit que les activités sécessionnistes
deviennent de plus en plus radicales, entraînant la nécessité
d’une loi.
 |
Une centaine de Taiwanais ont participé à
la Foire économique et commerciale de Fuzhou, au Fujian.
|
Le Wen Wei Po de Hongkong et le Macao Daily
croient en l’efficacité de cette loi pour arrêter les
actions séparatistes.
Un éditorial du Ta Kung Pao de Hongkong dit
que la loi non seulement était nécessaire mais aussi qu’elle
arrive en temps opportun, et la voit comme un pas important dans la réunification.
La loi vise également l’intervention des forces
étrangères d’opposition dans les affaires internes
de la Chine, selon Zhu Weidong.
« La question de Taiwan découle de la guerre
civile de la fin des années 1940. Résoudre le problème
et réaliser à réunification complète ne regarde
que la Chine. Et sur ce point, nous n’accepterons aucune ingérence
de forces extérieures », a dit Wang Zhaoguo.
Seuil d’alerte
La Loi sur l’antisécession trace une ligne rouge
pour les forces indépendantistes de Taiwan selon le China Times
Express, ajoutant que si ces forces dépassent la ligne, la
partie continentale devra se résoudre à employer la force.
 |
Les lignes de production de Cankun Electronic Co.
Ltd. à investissements taiwanis bourdonnent d'activité
à Zhangzjou, au Fujian.
|
Le texte stipule que si les forces indépendantistes
agissaient sous quelque prétexte ou par quelque moyen que ce soit
pour séparer Taiwan de la Chine, ou si des incidents majeurs devaient
se produire, ou si toutes les possibilités d’atteindre la
réunification pacifique étaient épuisées,
l’État devrait employer les moyens non pacifiques nécessaires
pour protéger la souveraineté de la Chine et l’intégrité
du territoire », dit Wang.
« La Chine n’a jamais renoncé à
utiliser la force, dit le vice-président du Comité permanent
de l’APN, ajoutant qu’aucun État souverain ne peut
tolérer la scission et que tout pays souverain a le droit de recourir
aux moyens qui s’imposent pour défendre sa souveraineté
et son intégrité territoriale. »
Un article du Washington Post dit que les «
pas vers l’indépendance » dont parle Wang, même
s’il ne les a pas spécifiquement définis, pourraient
amener les dirigeants chinois à décider d’une réponse
militaire, et cite comme particulièrement troublants divers buts
que Chen Shuibian a maintes fois mentionnés, comme la révision
de la Constitution et des référendums sur l’indépendance
au sein de la population de 23 millions d’habitants de Taiwan.
La Loi ne précise pas quels « pas vers l’indépendance
» pourraient nécessiter une action militaire, parce que «
si clairvoyant que l’on soit, on ne peut prévoir toutes les
situations », dit Xu Shiquan, vice-président de la Société
nationale des études de Taiwan et également membre du Comité
national de la CCPPC. « On pourrait en citer 50, dit-il, et ce serait
le 51e. » Xu a aussi insisté sur l’expression «
autres mesures nécessaires » qui montre la sincérité
du gouvernement d’en arriver à la réunification pacifique.
Quant à une échéance pour la réunification,
Xu ajoute que le but de cette législation consiste à tracer
une ligne rouge bien claire plutôt que de fixer une date.
Pour le bien de tous
En expliquant le but et l’application de la nouvelle
loi, Wang Zhaoguo a dit qu’elle a été formulée
« en accord avec la Constitution, dans le but de faire obstacle
à la séparation de Taiwan de la Chine et de promouvoir la
réunification pacifique, de maintenir la paix et la stabilité
dans le détroit de Taiwan et de sauvegarder la souveraineté
et l’intégrité territoriale de la Chine ainsi que
les intérêts fondamentaux du peuple chinois. »
 |
Les députés à l'APN votent sur
la Loi sur l'antisécession.
|
Li Weiyi, porte-parole du Bureau des affaires de Taiwan du
Conseil des affaires d’État, explique que faire échec
aux forces indépendantes est un moyen d’assurer les intérêts
du peuple des deux côtés du détroit, et surtout de
Taiwan. Cela fournit aussi de meilleures conditions d’investissement
aux gens d’affaires de Taiwan, à la coopération économique
et aux « trois liens directs » (commerce, communications,
transport).
Le premier ministre Wen Jiabao a déclaré que
seulement quand les « forces d’indépendance »
de Taiwan seront maîtrisées pourra-t-on parler de paix dans
la région du détroit.
« Cette loi ne cherche pas à promouvoir la guerre
mais la paix , a ajouté Wen. Elle chercher précisément
les échanges entre les peuples des deux rives, encourage et facilite
la coopération économique, les « liens directs »
et les échanges en éducation, sciences et technologies,
culture et dans d’autres domaines, et stipule que les droits et
intérêts des gens d’affaires de Taiwan sur le continent
seront protégés », citant le discours de Hu Jintao
de la semaine précédente.
|