Au service de l’harmonie

Pour créer une société harmonieuse, il faut que chaque membre du gouvernement et chaque citoyen participe, dit le premier ministre.

Huang Wei

La promesse solennelle du premier ministre Wen Jiabao, le 5 mars, a convaincu Zhang Zhongliang, un fermier de Wuzhi, dans la province du Hunan, que l’avenir brillera davantage et qu’il pourra bientôt ajouter deux pièces à sa maison et affronter l’achat d’un petit camion.

Dans son rapport à l’Assemblée nationale sur le travail du gouvernement, Wen a dit que le gouvernement accélérera dans tout le pays le processus de réduction des impôts agricoles, d’exemption d’impôts pour les 592 districts couverts par le programme national d’allégement de la pauvreté, et d’abolition des taxes sur le bétail avant la fin de l’année.

« Les impôts agricoles seront totalement abolis l’an prochain, ce qui veut dire que nous réaliserons en trois ans ce qui était prévu pour cinq », a dit Wen.

Avec cette mesure préférentielle, le fermier Zhang obtiendra 4 200 yuans (507 USD) de plus pour chaque hectare de terre qu’il cultive, un changement considérable de sa situation. Encouragés par cette mesure, plusieurs fermiers devenus des travailleurs migrants dans les villes retournent à leurs terres.

Les fermiers, les enfants privés des neuf années d’instruction obligatoire, les travailleurs mis à pied, les gagne-petit, les mineurs, les personnes affectées du VIH/sida, de même que les bénéficiaires de soutien direct de l’État, constituent des priorités pour les prochaines années selon le rapport de Wen. Le premier ministre a promis de résoudre leurs problèmes dans le cadre d’une « société harmonieuse, caractérisée par la démocratie, la loi, l’équité, la justice, la sincérité, l’amitié, la vitalité, la stabilité sociale et l’harmonie entre l’homme et la nature. »

Un choix rationnel

Le concept de « société harmonieuse » est apparu lors de la quatrième session plénière du XVIe Comité central du Parti communiste chinois (PCC) l’automne dernier, tandis que la session adoptait la « Décision de renforcer l’aptitude à gouverner du Parti ». Pour la première fois, on accordait à l’édification d’une société harmonieuse la même importance qu’au développement économique, politique et culturel. Depuis, ce terme revient dans tous les médias.

Les observateurs politiques pensent que l’idée arrive à point, et reflète la perception sobre et rationnelle du PCC face à la vaste population qu’il gouverne.

Wang Shaoguang, professeur à l’Université d’études chinoises de Hongkong, dit que la Chine a réalisé une première historique en maintenant sa croissance économique annuelle à 9,4 % en moyenne et améliorant constamment le niveau de vie du peuple depuis vingt-six ans de réforme et d’ouverture. Mais le développement économique à haute vitesse s’est réalisé au détriment d’autres domaines, faisant remonter des profondeurs certaines contradictions comme la détérioration de l’environnement, qui engendre de grandes dépenses pour obtenir de l’eau et de l’air purs, a-t-il expliqué.

Le rapport de la Banque mondiale de 1997, intitulé « Eau claire, ciel bleu », estimait que la pollution coûtait à la Chine près de 8 % de son PIB en 1995. Selon l’Académie des sciences de Chine, le coût du développement en Chine est de 7 % plus élevé que la moyenne mondiale à cause de la pollution. Pan Yue, sous-ministre de l’Administration nationale de l’environnement, a dévoilé des données encore plus frappantes : « Environ deux millions de Chinois meurent du cancer chaque année, et les décès dus au cancer du poumon dans les régions hautement polluées sont de 4,5 à 8,8 fois plus nombreux que dans les régions où l’air est sain. » Le cancer du poumon est la principale maladie mortelle à Beijing actuellement.

Un autre aspect de disharmonie réside dans les conflits d’intérêts de divers groupes. Dans les deux dernières décennies, le nombre de plaintes par lettre ou visite à travers le pays a grimpé de 500 %. Cela montre qu’on ne peut ignorer les conflits qui existent au sein du peuple comme la disparité des revenus entre riches et pauvres, la protection des droits et intérêts légitimes des désavantagés, les assauts contre des personnes qui portent plainte ou même leur suppression, les « san nong » (problèmes des fermiers, de l’agriculture et des campagnes), le chômage et la sécurité sociale.

Tandis que les familles pauvres désespèrent de faire instruire leurs enfants à cause de quelques centaines de yuans requis par année, des Chinois fortunés donnent des banquets de plus de 100 000 yuans en diverses « importantes » occasions. Voilà comment l’économiste Li Wuwei, membre du comité permanent de l’APN, a décrit l’écart entre les riches et les pauvres. « L’écart entre ville et campagne s’élargit, dit-il, et le rapport de 3,2 : 1 serait encore plus grand si l’on tenait compte des indices non monétaires comme l’assurance médicale et d’autres bénéfices dont jouissent les foyers urbains. »

Le Bureau national des statistiques place le PIB par habitant à 1 090 USD en 2003, signal que les économistes interprètent comme l’entrée de la Chine dans la zone de transition dangereuse de la modernisation - car quand le PIB par habitant d’un pays en développement atteint 800 à 1 000 dollars, les divers groupes d’intérêts trouvent difficile de s’entendre.

Toutes ces considérations font donc partie de la construction d’une société d’aisance générale. Comme parti au pouvoir, le PCC a bravé ces contradictions et corrigé ces erreurs à des points cruciaux de son développement depuis 84 ans.

Le 13 décembre 2004, l’Académie des sciences sociales de Chine a publié le Livre bleu sur la société chinoise 2005, proposant l’objectif global d’édification d’une société d’aisance générale, de bonheur, d’équité, d’harmonie, de sobriété et de vitalité. Deux mois plus tard, un séminaire de routine des hauts rangs du Parti se tenait à Beijing sur la construction d’une société harmonieuse. Hu Jintao y a davantage développé le concept de « société harmonieuse » et a demandé aux officiels du Parti et du gouvernement à tous les niveaux d’acquérir les moyens de réaliser ce but et de faire du travail substantiel pas à pas.

Un but concret

Le second rapport de Wen sur le travail du gouvernement a repris le concept d’« harmonie ». Duan Zhi’ai, un député du Shanxi à l’APN, a trouvé le rapport « concret et orienté vers le peuple ».

C’est le style du premier ministre Wen, homme pratique et d’approche facile comme le rapportent les médias du pays et d’outre-mer. En effet, il a apporté du courage et de la confiance au peuple dans le combat contre le SRAS en effectuant des visites personnelles au malades et au personnel soignant, a dirigé les efforts après les tremblements de terre au Xinjiang, a rendu visite à des mineurs à la veille de la nouvelle année et a passé la fête du Printemps auprès de personnes souffrant de sida.

Wen a prudemment réduit de 9,5 à 8 % l’objectif de croissance économique pour 2005, et a mis en garde tous les niveaux de gouvernements locaux contre la compétition de vitesse. Il a aussi proposé des mesures applicables au bénéfice du peuple, en particulier des personnes défavorisées.

Outre les 14 milliards de yuans (1,7 milliard de USD) de plus au budget de l’agriculture et l’exemption d'impôt pour 900 millions de citoyens ruraux, le gouvernement central exemptera les enfants ruraux de familles pauvres de régions désignées des frais d’études prévus pour l’instruction obligatoire, et subventionnera les dépenses des pensionnaires. Cette mesure sera généralisée en 2007 dans les régions rurales du pays entier et couvrira 30 millions d’écoliers pauvres selon le ministère de l’Éducation.

Wen a admis que la pression du chômage est un des principaux fléaux du développement économique et social depuis plusieurs années, et exprimé la nécessité d’adopter des mesures proactives d’emploi et de créer 9 millions de nouveaux postes pour les travailleurs des villes afin de réduire le chômage à 4,6 % cette année. Le gouvernement central allouera 10,9 milliards de yuans du budget fiscal au réemploi des travailleurs mis à pied, une hausse de 2,6 milliards de yuans sur l’an dernier. Wen a demandé aux gouvernements locaux et départements à tous les niveaux d’appliquer des politiques et mesures d’appui au réemploi, et d’inclure parmi les bénéficiaires les travailleurs d’entreprises d’État mis à pied.

Les mineurs sont un autre groupe défavorisé qui a gagné une attention spéciale de ce gouvernement. Depuis le second semestre de 2004, de graves accidents dans les mines ont souvent fait la Une des journaux. Entre autres, trois récentes explosions de gaz, à Daping au Henan en octobre 2004, à Chenjiashan au Shaanxi en novembre et à Sunjiawan au Liaoning le mois dernier ont causé respectivement 148, 166 et 214 morts. Selon l’Administration nationale de la sécurité au travail, en 2004, 3 639 accidents miniers se sont produits, causant la mort de 6 027 mineurs.

Sur cette toile de fond, Wen a insisté sur l’importance d’améliorer la sécurité de la production et fait de la prévention et de la réduction des accidents fatals des tâches majeures dans la sauvegarde de la stabilité sociale et la construction d’une société harmonieuse. Il a promis que le gouvernement central allouerait 3 milliards de yuans à la transformation de la technologie des mines d’État, de manière à améliorer substantiellement la sécurité de l’industrie minière chinoise.

En plus de l’aspect financier, le rapport de Wen a couvert d’autres aspects d’une société harmonieuse, montrant au peuple entier la sincérité du gouvernement à vouloir hausser le niveau de vie des groupes défavorisés. Le rapport encourage les gouvernements locaux à établir des systèmes de minimum vital assuré pour les foyers ruraux, et propose des mesures comme la standardisation des frais médicaux et des achats et ventes de médicaments, l’accès plus facile à des services médicaux abordables pour les gens ordinaires, l’endiguement du sida et la réduction progressive de l’écart entre les revenus urbains et ruraux par l’amélioration du système d’imposition des revenus personnels et l’ajustement de la distribution des revenus, entraînant l’équité pour tous les Chinois.

Le rapport déclare que « le gouvernement relâchera le contrôle sur l’accès aux fonds non gouvernementaux pour davantage d’industries et secteurs », établira et améliorera tous les systèmes pertinents menant au développement d’un marché de capitaux complet et qui protège les intérêts des investisseurs, surtout les investisseurs dans les domaines publics.

En ce qui concerne l’harmonie entre l’homme et la nature, Wen a demandé qu’à tous les niveaux on mette l’accent sur le problème de la pollution de l’environnement qui nuit à la santé et à la sécurité du peuple. Le but du gouvernement est que les gens puissent boire de l’eau claire, respirer de l’air pur, jouir de meilleures conditions de travail et de vie, a déclaré le premier ministre.


 
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