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Lutte sérieuse contre la corruption
La Chine a élaboré un programme quinquennal
anticorruption sur le plan de la législation et de la coopération
internationale.
Feng Jianhua
Alors que la Chine s’adonne au développement
harmonieux et soutenu de son économie, la corruption constitue
un problème saillant pour le gouvernement. Le 11 janvier, à
la cinquième réunion de la Commission centrale de contrôle
de la discipline du Comité central du Parti communiste chinois
(le plus haut organe anticorruption du PCC) , le président Hu Jintao
a adressé l’avertissement qu’il est très facile
que la corruption affaiblisse la base du gouvernement, diminue l’aptitude
à gouverner et mine la stabilité du pouvoir. Il a insisté
sur l’intensification du combat anticorruption comme garantie importante
pour consolider le pouvoir.
Les observateurs ont remarqué qu’il est rare
qu’un chef d’État donne une telle priorité à
l’anticorruption, un signal clair que la Chine adopte une position
ferme sur cette question.
Au début de 2005, peu avant ce discours de Hu Jintao,
la Chine avait promulgué le « Programme d'établissement
et de perfectionnement du système de sanction et de prévention
de corruption caractérisé par l’importance égale
accordée à l’éducation, à la systématisation
et à la surveillance » (ci-après appelé Programme).
Il s’agit du bilan du système anticorruption pendant les
trois derniers ans. Le Programme comprenant 10 000 caractères chinois
forme aussi un cadre stratégique de lutte contre la corruption
pour les cinq ans à venir.
Différent des mesures prises dans le passé,
le Programme propose de nouvelles mesures d’une influence profonde,
surtout l’« accélération du processus de législation
sur l’intégrité de gouvernement et l’élaboration
de lois spéciales anticorruption ».
Beaucoup de signes portent à croire que sous la direction
suprême directe du CC du PCC, la lutte contre la corruption entrera
dans une période stratégique.
Restreindre et surveiller les pouvoirs
Parmi les postes administratifs, celui de directeur du Département
des communications est considéré comme le plus dangereux.
Selon un dicton chinois « si une région veut s’enrichir,
il lui faut d’abord construire des routes ». Il est évident
que la construction de routes est importante, mais elle devient aussi
le foyer de corruption de nombreux directeurs des communications ayant
droit de décider des investissements.
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Affiche dans une exposition sur l'intégrité
et l'anticorruption organisée au Yunnan. Le thème
en est: "Ma mère, je regrette!" Photo: Xinhua
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Selon les statistiques, depuis 1997, quatorze directeurs des
communications dans neuf provinces et régions autonomes (Xinjiang,
Guizhou, Sichuan, Guangdong, Guangxi, Hunan, Henan, Jiangsu et Anhui)
ont été destitués de leurs fonctions pour motifs
de corruption. Au Henan, on a même destitué consécutivement
trois directeurs du Département des communications de la province,
un record historique.
L’apparition du phénomène est attribuée
en grande partie à l’irresponsabilité dans la sélection
de cadres dirigeants. Plusieurs candidats obtiennent une fonction par
des moyens illicites tels qu’offrir des pots-de-vin ou faire jouer
leurs relations personnelles. Le public en est mécontent et demande
depuis longtemps qu’on règle ce problème. Le Programme
indique : « Lorsqu’un membre de l’équipe dirigeante
recommande personnellement des candidats comme cadre dirigeants à
l’organisation du Parti, il doit absolument le faire par un document
responsable écrit et signé. En cas d’erreur dans la
sélection et la nomination, la responsabilité sera établie
selon les stipulations concernées ».
Par ailleurs, en vue de renforcer la surveillance et la contrainte
des pouvoirs, le Programme indique explicitement qu’il faut : «
Perfectionner le système de responsabilité de l’application
de loi administrative et le système d’examen et de contrôle
au moyen de délibérations. Élaborer des mesures concernant
le dépôt d’une plainte au sujet de l’efficacité
administrative et l’établissement de la responsabilité
pour des erreurs de l’administration » et « Perfectionner
le mécanisme de contrainte pour les personnes morales dans la prise
de décision d’investissement du capital d’État
et les programmes d’investissement, pratiquer le mécanisme
d’argumentation pour les programmes d’investissement d’importance
et le mécanisme d’établissement de responsabilité
pour la décision d’investissement d’importance ».
Le Programme souligne qu’il est nécessaire d’«
élargir la participation politique ordonnée de la masse
populaire, élargir la voie de la supervision des actes administratifs,
renforcer la transparence des politiques et du travail liés aux
intérêts vitaux de la masse. »
Les cas de corruption en Chine ont un trait commun : les fonctionnaires
corrompus transfèrent aussitôt perçus leurs gains
illicites à l’étranger ; quand leurs infractions sont
découvertes, ils fuient immédiatement hors du pays. L’argent
illégal est souvent transféré par trois moyens :
épouse et enfants sont envoyés s’installer à
l’étranger pour plusieurs « motifs raisonnables »
afin de pouvoir y recevoir les capitaux illicites transférés.
Ou bien, certains dirigeants corrompus d’entreprises publiques font
usage de leur pouvoir pour enregistrer les investissements de leurs entreprises
à l’étranger à leur nom personnel afin de les
prendre en main légalement une fois qu’ils se retrouveront
à l’étranger. Le blanchiment de l’argent est
le troisième moyen. À cette fin, les fonctionnaires corrompus
profitent de leurs relations avec les marchés national et international
pour transférer les fonds illicites à l’étranger
ou blanchir de l’argent illicitement obtenu.
Au second semestre de 2004, tous les fonctionnaires du service
de l’administration de sortie et d’entrée frontalières
du Bureau de la sécurité publique de Yueyang, dans la province
du Hunan, ont été impliqués dans des cas de vente
de passeports. Quand leurs infractions ont été découvertes,
Liu Xiangjian, chef de service, 31 ans, s’est enfui en Grande-Bretagne
pour rejoindre sa famille qui s’y était installée
huit ans auparavant.
À partir du juillet 2004, pour empêcher la fuite
des fonctionnaires corrompus à l’étranger avec des
fonds illicites colossaux, la Chine a appliqué à titre d’essai,
dans quatre régions, le système de déclaration et
d’enregistrement du départ pour l’étranger de
la parenté des cadres dirigeants et de l’emploi de leurs
enfants. La déclaration inclut les raisons d’aller à
l’étranger, l’adresse à l’étranger,
le montant et la source de l’argent dont ils auront besoin, ainsi
que le numéro de compte bancaire et des pièces justificatives.
Le Programme demande aussi d’« Établir
et perfectionner le système d’enregistrement du nom réel
du possesseur d’un compte financier, le système de limitation
des opérations au comptant et d’antiblanchement de l’argent,
ainsi que celui de contrôle de la crédibilité. Instituer
un mécanisme d’alarme pour le contrôle efficace de
la fuite de capitaux d’un montant important et le système
de partage des informations financières ». Cela a pour but
de mieux contrôler les changements dans les biens personnels des
fonctionnaires et de leur famille. Ces mesures jouent un rôle clé
dans la découverte et dans l’enquête sur les cas de
corruption économique.
La lutte contre la corruption au moyen de la législation
La Chine fait face à une situation sérieuse
vu le haut taux de crimes de corruption et l’importance des sommes
concernées. Pis encore, plusieurs cas de corruption ne font pas
l’objet d’intervention judiciaire efficace à cause
des lacunes de la loi.
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Lu Wanli, ancien directeur du Département des
communications de la province du Guizhou, au tribunal. Photo:
Li Jun
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D’après le code pénal de la Chine, la
corruption est un crime sans victimes et fait seulement l’objet
de procès criminel ; l’argent illégalement obtenu
est récupéré par les seuls moyens de sanction pénale
dont l’amende et la confiscation. Si les criminels ne sont pas arrêtés,
l’argent public qu’ils ont empoché ne peut être
récupéré. C’est la raison principale pour laquelle
la Chine ne peut assener de coups sévères donnés
aux criminels corrompus en fuite hors du pays.
Dans la « Convention des Nations unies contre la corruption
», le principe de rendre les gains illégaux transférés
aux autres pays par les criminels a été établi, l’existence
de victimes de la corruption a été reconnue et le droit
de poursuivre à leur propre nom en justice les criminels pour la
compensation civile a été accordé aux victimes. Et,
selon la Convention, quand il est impossible d’ouvrir un procès
contre les criminels, dû au décès, à la fuite
ou à l’absence de ces criminels, les victimes peuvent obtenir
les biens détournés sans la reconnaissance pénale.
Hou Juefei, responsable du groupe de rédaction du Programme
et inspecteur disciplinaire de la Commission centrale de contrôle
de la discipline, a indiqué que les lois chinoises ne comportent
pas le terme de « crime de corruption », ni ne définissent
les crimes de corruption. Ainsi, même si l’Assemblée
populaire nationale (organe législatif suprême) approuve
l’adhésion de la Chine à la convention internationale
contre la corruption, il y aura un problème sur le plan de l’application
des lois.
Par conséquent, il nous faut élaborer une ou
plusieurs lois spéciales comme base d’un système institutionnel
anticorruption à établir. Il s’agit de l’expérience
fondamentale de la lutte contre la corruption dans le monde, a indiqué
Hou Juefei. Dans la prochaine étape de la lutte contre la corruption
en Chine, il est impératif de réviser les lois pertinentes
comme le Code pénal et le Code de procédure pénale,
pour établir et perfectionner l’ordre juridique apparenté,
a-t-il ajouté.
Le Programme exige d’« accélérer
le processus de législation sur l’intégrité,
élaborer, après une étude, des lois spéciales
sur l’anticorruption. » Il est évident que l’élaboration
de lois spéciales n’est pas suffisante pour satisfaire les
besoins de la lutte contre la corruption ; il est donc nécessaire
de perfectionner les systèmes juridiques pertinents, surtout les
systèmes juridiques fondamentaux de l’État. On a pleinement
saisi ce problème lors de la rédaction du Programme, qui
exige également d’ : « établir le système
juridique en révisant et complétant le Code pénal
et le Code de procédure pénale. Élaborer la Loi sur
les fonctionnaires et perfectionner le système de rapport des cadres
dirigeants au sujet des événements majeurs et le système
de déclaration du revenu. »
Ainsi, la lutte contre la corruption en vertu des lois devient-elle
un objectif réalisable, au lieu de rester, comme aujourd’hui,
à l’étape théorique.
Promouvoir la coopération internationale
Ces dernières années, la Chine a pris l’initiative
d’exploiter les voies de lutte contre la corruption transnationale.
En 2004, la Chine a réussi à faire extrader des États-Unis
Yu Zhendong, coupable principal d’un cas grave de détournement
de fonds publics de la succursale de Kaiping (au Guangdong) de la Banque
de Chine. C’est une coopération internationale importante
et fructueuse.
Actuellement, la Chine vise à activer la coopération
internationale dans le cadre de l’APEC. Elle a proposé trois
principes directifs : respecter mutuellement la souveraineté, l’égalité
et l’avantage réciproque ; reconnaître et respecter
les conditions différentes de chaque pays et le caractère
spécifique de l’anticorruption dû à ces conditions,
le système et le mécanisme anticorruption devant s’adapter
aux conditions réelles de chaque pays ; la coopération devrait
progresser par étapes, accorder la première place aux résultats
réels et mettre l’accent sur le renforcement de la coopération
effective dans les domaines de l’assistance judiciaire et l’extradition,
ainsi que la récupération et la restitution des fonds et
des biens concernés.
D’après le porte-parole du ministère de
la Sécurité publique, actuellement, la Chine poursuit et
capture des criminels en fuite à l’étranger par le
moyen de l’extradition et avec l’aide de l’Organisation
internationale de la police criminelle (Interpol). Zhu Entao, vice-président
honoraire à vie de l’Interpol, a révélé
que l’organisation a déjà aidé la Chine à
capturer quelques 230 fonctionnaires corrompus en fuite à l’étranger.
Lu Wanli est un d’eux. Lorsqu’il était
le directeur du Département des communications de la province du
Guizhou, il a détourné un total de 55 millions de yuans.
Quand son infraction a été découverte, il s’est
enfui aux îles Fidji, dans le Pacifique. Il est resté caché
dans une villa louée et n’osait même pas aller voir
sa femme et ses enfants déjà installés en Australie.
Trois mois plus tard, Lu Wanli, dont les cheveux avaient blanchi, a été
appréhendé et rapatrié. L’arrestation de Lu
est redevable à la coopération internationale.
Mais la coopération se heurte de temps en temps à
la résistance. Yang Xiuzhu a détourné plus de 250
millions de yuans quant elle était la directrice adjointe du Département
de la construction de la province du Zhejiang. Elle habite actuellement
à Manhattan, New York. Malgré les grands efforts déployés,
la Chine n’a pas, jusqu’à présent, réussi
à la faire extrader. Cela montre qu’il y a beaucoup de travail
à faire dans la coopération internationale.
Le 7 janvier, Huang Shuxian, membre permanent de la Commission
centrale de contrôle de la discipline et sous-ministre de la Supervision,
a indiqué en toute franchise que pour obtenir davantage de fruits
dans la lutte contre la corruption, la Chine doit resserrer les liens
de la coopération internationale au lieu de fermer la porte. Pour
cette raison, le Programme souligne : « Instaurer un mécanisme
de coopération internationale anticorruption dans l’application
de loi, l’assistance judiciaire, le rapatriement du personnel, la
restitution des fonds concernés, et d’autre domaines. »
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