La Chine est-elle un pays à haute consommation ?

La consommation d’un grand nombre de moyens de production n’est pas ce qu’on appelle généralement consommation. La Chine est encore un pays à basse consommation et soutient toujours ses efforts pour élargir la demande intérieure et la consommation.

Lan Xinzhen

L’Institut pour une politique de la terre des États-Unis a récemment publié un rapport attirant l’attention de certains économistes chinois.

Selon le rapport, la consommation chinoise des cinq produits fondamentaux soit céréales, viande, charbon, acier et pétrole a dépassé celle des États-Unis sauf celle du pétrole. La consommation de téléviseurs, réfrigérateur et téléphones mobiles en Chine a une avance considérable. Le rapport prétend que la Chine est devenue le premier pays à haute consommation du monde.

Des économistes chinois doutent de cette conclusion et plusieurs croient qu’il faut en discuter.

Un pays à haute consommation n’est pas décidé par la haute consommation d’un produit particulier

Un grand magasin à Tinjing vend au rabais. Photo: Wang Yebiao

« La consommation/habitant d’un pays est le critère de la consommation. » Selon l’étude et le calcul de Huang Weimin, professeur de l’université d’Économie et Commerce de Beijing, les dépenses de consommation de la Chine étaient en moyenne de 4 150 yuans par personne en 2004, tandis que celles des États-Unis dépassaient 30 692 USD en 1993.

La Chine compte 1,3 milliard d’habitants. En 2004, la quantité de consommation de viande était en moyenne de 49 kg par personne, aux États-Unis, de 127 kg. Je ne sais comment les États-Unis sont arrivés à cette conclusion, dit Huang.

La consommation en Chine n’est que de 10 % de celle des États-Unis. La Chine est un pays à basse consommation, dit le Dr Yao Zhizhong de l’Institut de recherche sur les affaires politiques et économiques internationales relevant de l’Académie des sciences sociales de Chine.

« La haute déperdition de plusieurs produits n’est pas la haute consommation. »

Yao croit que l’Institut pour une politique de la terre des États-Unis a confondu la déperdition et la consommation. À présent, la Chine utilise beaucoup de matières premières et de matériel au cours de la production, mais sa consommation n’est pas élevée.

Les États-Unis consomment des produits d’une valeur de plus de huit billions de USD par an, tandis que la Chine atteint quelque 800 milliards de USD, dit Yao.

Gao Huiqing, membre du comité des experts relevant du Centre d’information d’État, dit que le degré de dépendance du commerce extérieur de la Chine était de l’ordre de 65 % en 2004. Les autres pays croient que le développement rapide du commerce extérieur signifie l’augmentation de la déperdition de la production de l’intérieur du pays ou de la haute consommation des habitants. Mais en Chine, le commerce de transformation représentant plus de 50 % du volume du commerce n’a pas été mis dans le circuit économique national ; il se trouve à l’état libre. Les entreprises de commerce extérieur consacrées à la transformation achètent principalement des produits minéraux, du pétrole et certaines matières premières du marché mondial, mais ces produits importés ont été considérés comme consommation en Chine. En réalité, ces produits ont seulement été transformés en Chine. Les produits finis sont revendus principalement au marché international et sont consommés à l’étranger. Par exemple, la Chine a importé beaucoup d’acier et de fer, mais certains produits finis fabriqués avec ces métaux ne sont pas consommés en Chine ; ils sont vendus et consommés aux États-Unis. Selon les prévisions préliminaires, la fausse quantité de consommation peut atteindre 200 milliards de yuans par an.

Que la consommation de la Chine ait dépassé celle des États-Unis est un jugement injuste. Exagérer la consommation de l’économie chinoise peut entraîner une influence négative et susciter dans le monde entier la panique devant le développement de l’économie chinoise.

Le taux de consommation en Chine n’est pas élevé

En principe, la consommation est l’un des moyens pour pousser la croissance économique, mais lorsque le rapport mentionné dit que la Chine est le premier pays à forte consommation du monde, qu’il s’agisse des fonctionnaires gouvernementaux, des économistes ou des citoyens ordinaires de la Chine, tous sont incapables de sentir que la croissance économique est poussée par la consommation. Au contraire, les décideurs de la politique économique chinoise se creusent encore la cervelle pour trouver une manière de stimuler la consommation.

Une vendeuse explique que le thé peut protéger la santé. Photo: Liu Ying

Selon Huang Hai, sous-ministre du Commerce, la part de la consommation totale de la Chine, la consommation urbaine et rurale et le volume global des ventes au détail des biens de consommation dans le PIB ont tous baissé. Les taux de consommation de 2000-2003 étaient respectivement de 61,1 %, de 59,8 %, 58,2 % et de 55,4 %. En 2004, la consommation représentait 58,5 %.

Depuis les années 1990, le taux de consommation dans le PIB mondial était de 78 à 79 %. Celui des États-Unis, de la Grande-Bretagne, etc. représentait plus de 80 %. En Chine, entre 1996 et 2004, le taux de consommation dans le PIB annuel était en moyenne de 50 %, de beaucoup inférieur au niveau moyen du monde.

Le taux de consommation entre la ville et campagne et entre les régions est et ouest est déséquilibré. Entre les habitants urbains et ruraux, le rapport est environ 4 : 6, mais la population urbaine, qui représente 40 % du total, a créé un volume global de ventes au détail des biens de consommation dans le PIB de 65 %.

En 2004, le volume des ventes au détail des régions de l’ouest dans le PIB ne représentait que 16,2 %.

Au second semestre de 2004, une enquête du ministère du Commerce sur 600 marchandises a montré que 25,7 % maintenaient l’équilibre entre l’offre et la demande, et que l’offre dépassait la demande pour 74,3 % de ces produits.

Yan Xianpu, statisticien supérieur du Bureau d’État des statistiques, croit qu’à l’heure actuelle la part de l’offre dépassant la demande des principales marchandises est supérieure au niveau de vie des citoyens en Chine.

La croissance économique actuelle de la Chine repose principalement sur l’investissement. La contribution de la demande de consommation dans le PIB est loin derrière celle des pays développés. L’écart entre les habitants, entre les villes et campagnes et entre les régions est très grand et ne cesse de s’élargir, ce qui influence l’augmentation de la demande de consommation, dit Chen Yao, chercheur de l’Institut de recherche sur l’industrie et le commerce relevant de l’Académie des sciences sociales de Chine.

Le développement économique chinois vu d’un autre œil

Bien que la Chine ne soit pas un pays à forte consommation, le rapport de l’Institut pour une politique de la terre des États-Unis donne, pour le développement économique chinois, un autre point de vue, dit Chen.

Lester Brown, directeur de cet institut, souligne dans le rapport qu’il est important pour la Chine de devenir une puissance économique du monde. La Chine commence à écrire l’histoire économique.

« Ce rapport fournit une information aux investisseurs du monde entier : au fur et à mesure de la croissance rapide de l’économie chinoise, le grand potentiel de marché du 1,3 million d’habitants est en train de se libérer. Les occasions d’investissement en Chine seront de plus en plus nombreuses et les champs, de plus en plus larges », dit Chen.

Avec 800 USD par personne de PIB, la demande intérieure augmente rapidement. À présent, le PIB par personne en Chine a atteint 1 000 USD, ce qui présente une base solide pour élargir la demande intérieure. Par ailleurs, la Chine est un pays en développement et le pays le plus peuplé du monde ; l’énorme population et le grand pouvoir d’achat potentiel signifient que la demande de consommation sera plus vaste.


 
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