La Poste, cinquième banque de Chine ?

La Poste, qui reçoit une large part des dépôts d’épargnes, sera transformée en cinquième banque d’État. L’événement concernera non seulement le secteur des postes mais touchera aussi la structure de tout le système financier du pays.

Tan Wei

Le 19 janvier, lors de la réunion de travail de 2005 de la Commission de supervision bancaire de Chine (CSBC), le président de la commission, Liu Mingkang, a annoncé qu’on transformera les épargnes postales en banque, laquelle sera intégrée au système de contrôle bancaire. Si tout va bien, la banque d’épargnes de la Poste deviendra la cinquième banque d’État, avec un actif de 1 billion de yuans.

Un habitant de Zhengzhou retire de l'argent d'un distributeur automatique de la Poste. Newsphoto

À ce sujet, j’ai consulté le Bureau des épargnes et mandats de la Direction générale de la Poste, mais je n’ai pas obtenu de réponse précise. Pourtant, quelqu’un du milieu m’a révélé qu’il y a quatre ans déjà, la Banque centrale a déposé une demande de fondation d’une banque postale auprès du Conseil des affaires d’État, mais l’affaire est toujours latente. Le retrait des épargnes des opérations postales exercera une grande influence sur tout le secteur postal (les épargnes représentent 30 % des recettes de la Poste). Comment la Poste, privée de cette source de revenu, survivra-t-elle ? Deviendra-t-elle un fardeau du budget national ? À ces questions s’ajoute le désaccord des autorités de la Poste face à cette séparation. Les trois causes empêchent les autorités concernées de prendre une décision.

Liu Ning, chargé de la publicité au Bureau des épargnes et mandats de l’Administration nationale de la Poste, a dit franchement : « Les épargnes postales n’ont aucun avantage si elles ont les mêmes conditions que les banques commerciales. Malgré le grand nombre et la vaste répartition des bureaux de poste, la Caisse d’épargne postale compte surtout sur son fonctionnement à faible coût. Si elle est introduite dans la concurrence, elle dépendra des politiques qu’on lui accordera. »

La création de la banque d’épargnes de la Poste concerne l’intérêt de plusieurs parties ; la naissance de la cinquième banque d’État requiert du temps. Comme l’a dit un membre de la CSBC, l’insertion de la réforme des épargnes postales dans le plan de travail de 2005 de la CSBC ne veut pas dire la mise sur pied immédiate de la Banque d’épargnes de la Poste.

Valeur ajoutée sans risque des épargnes postales

Plusieurs institutions financières envient l’épargne postale, bénéficiaire de la faveur du gouvernement.

En 1986, la Banque populaire de Chine a ratifié l’instauration du Bureau des épargnes et mandats au sein du système postal, en lui accordant un traitement préférentiel en matière de taux d’intérêt et lui interdisant d’accéder aux prêts, dans le but de retirer l’argent de la circulation et d’atténuer la pression de l’inflation.

Des ouvriers du bâtiment de Beijing exhibent la carte qui leur permet de retirer leur salaire déposé directement dans leur compte postal. Photo Xinhua

Comptant sur de multiples avantages, les épargnes postales se sont vite développées. En une vingtaine d’années seulement, la Poste est devenue le cinquième plus grand réceptacle d’épargnes des particuliers. Selon des statistiques internes de la Direction générale de la Poste, à la fin de 2004, les soldes des épargnes des bureaux de poste étaient de 1,07 billion de yuans, soit plus de 9 % du total des épargnes du pays.

Selon Zhang Jiguang, du Département de R&D de la Banque de Shanghai, grâce à la large répartition de ses bureaux, la Poste occupe naturellement le marché rural, où la concurrence est faible. Mais la cause principale de l’expansion des épargnes postales réside dans le taux d’intérêt issu d’une politique favorable.

L’utilisation des fonds est conservatrice. Avant août 2003, les épargnes étaient complètement transférées à la Banque centrale, et bénéficiaient d’un haut taux d’intérêt de 4,131 % (il était de 1,89 % pour les autres institutions financières). En août 2003, le taux d’intérêt des nouvelles épargnes de la Poste était réduit à 1,89 %. La Caisse d’épargne postale était alors obligée de s’orienter vers le marché. Les fonds provenant des épargnes sont principalement destinés aux emprunts interbancaires, aux transactions boursières et aux grandes épargnes sur accord avec les banques commerciales.

L’escalade trop rapide des épargnes postales a alourdi les finances nationales : chaque année, la Banque populaire de Chine doit payer à la Poste 30 milliards de yuans en intérêt. Or, tout en continuant d’absorber des épargnes en comptant sur son bas coût d’opération et son faible taux de risque, les fonds collectés ne trouvent plus de destination, d’importantes sommes d’argent restent oisives. Cela provoque la contestation des autres milieux face au modèle de fonctionnement de la Caisse d’épargne postale. Par conséquent, la séparation de l’épargne de la poste a toujours été un sujet partagé.

Où réside la difficulté de la séparation ?

Le positionnement et le contrôle de la Caisse d’épargne postale constituent les jougs de son développement.

En qualité d’institution financière, la Caisse d’épargne postale se place naturellement sous le contrôle de la CSBC, mais celle-ci n’a pas le droit de vérifier les comptes d’un département postal ; or, la Poste pratique une comptabilité unifiée pour les opérations postales et les services d’épargne. La CSBC se voit donc exclue dans plusieurs cas. De ce fait, le maillon le plus important de la réforme de l’épargne postale réside dans la séparation des opérations postales et des services d’épargne.

En mai 2004, la CSBC a émis une Circulaire concernant la publication de la Méthode de gestion provisoire des opérations des institutions d’épargne de la Poste, dans laquelle il est stipulé en termes explicites : « Les caisses d’épargne postales doivent établir, en référence du Système comptable des entreprises financières, un compte séparé pour les opérations postales. » Lors de la réunion de travail de la CSBC de 2005, Liu Mingkang a répété la demande, montrant l’impatience de la CSBC de placer les épargnes de la Poste sous son contrôle.

Or, la Direction générale de la Poste (DGP) n’a pas agi au même rythme que la CSBC, car elle ne veut pas perdre la mainmise sur les épargnes postales qui rapportent 30 % environ de ses recettes totales.

Le personnel de la Poste s’inquiètent : « Depuis tant d’années, les ressources humaines, financières et matérielles, et aussi les lieux d’opération se sont mêlés. Comment nous séparer ? Et même après la séparation, comment évaluer les investissements précédents et les points d’opération ? »

Pour transformer la Caisse d’épargne postale en cinquième grande banque, il faudra d’abord déterminer sa hiérarchie. Zhang Jiguang prévoit qu’on adoptera la solution suivante : fonder d’abord une banque d’épargne dont la DGP possède le portefeuille, avec ou sans participation de l’État, puis la DGP pourrait absorber d’autres actionnaires et développer la banque vers l’actionnariat.

Positionnement sur le marché

Durant la longue période de faveur de la Banque centrale en matière de taux d’intérêt, la Caisse d’épargne postale n’avait besoin d’aucune technique pour tirer des gains importants de l’écart des taux d’intérêt. De nombreuses personnes se demandent donc si cette « fleur de serre » pourra prendre racine dans la concurrence interbancaire.

Bien que la part des épargnes nouvellement augmentées depuis août 2003 fonctionne de façon autonome, la DGP n’a pas fait de grandes démarches en ce qui concerne l’accès aux capitaux et aux opérations, sa technique d’utilisation de fonds des épargnes postales n’a donc pu s’améliorer.

Liu Mingkang a révélé qu’avant la fondation de la Banque d’épargne de la Poste, il faudra d’abord « déterminer les politiques d’utilisation des fonds des épargnes postales et multiplier les canaux d’utilisation ». Pourtant, quel que soit l’investissement, il y aura beaucoup plus de risques que dans le transfert des dépôts à la Banque centrale. Il faut de bonnes techniques d’utilisation des fonds pour obtenir des gains.

Xia Bin, directeur de l’Institut de recherche en finance du Centre de D&R du Conseil des affaires d’État, croit que d’après la composition et la structure du personnel, ainsi que le mode de fonctionnement, le département des épargnes de la Poste est incapable d’identifier et contrôler les risques des prêts. Une fois qu’il fournira le service de vente au détail, il fera face à de grands risques d’exploitation. La future banque postale devra se positionner comme une banque commerciale spéciale lancée dans le « prêt en gros ». Elle ne proposera pas le service de prêts directs aux entreprises mais prêtera en gros ses fonds aux autres institutions financières pour tirer des profits des écarts. Cela lui permettra, dans une certaine mesure, de choisir la destination de ses actifs en fonction des besoins de la régularisation de l’économie, et de devenir un outil de l’État dans le contrôle de l’économie.

Zhang Jiguang, après avoir analysé les avantages comparés de la Caisse d’épargne postale, pense que la future banque postale profitera de ses atouts en couverture du réseau et prendra le chemin des « prêts en gros dans les villes + crédits en détail dans les campagnes + services intermédiaires ».

De toute façon, le positionnement sur le marché est une question qui retarde la fondation de la banque postale. Le Dr Zeng Gang, de l’Institut de recherche en finance de l’Académie des sciences sociales de Chine, croit qu’après la fondation de la banque postale, l’utilisation autonome d'un billion de yuans de fonds apportera un grand choc à la masse monétaire de la société chinoise.

Actuellement, cinq catégories de banques - banques d’État, banques par actions, banques urbaines, banques agricoles par coopération et banques étrangères - partagent le marché des épargnes. La future banque postale fera face à une concurrence acharnée.

Les quatre banques d’État verront naître un rival puissant. Effectivement, la banque postale ose se comparer avec n’importe laquelle d’entre elles en ce qui concerne le nombre de points d’opération, l’agrégat des avoirs et la part de marché. Bien que ses points d’opération soit moins nombreux que ceux de la Banque d’agriculture, leur répartition équilibrée est incomparable pour les quatre banques d’État.

Certes, la future banque postale aura besoin de temps pour établir des relations d’affaires et former du personnel. C’est pourquoi, au début, elle se classera au dernier rang des cinq banques d’État.

Finalement, la Banque centrale et la CSBC seront les plus grands bénéficiaires de la réforme postale. Même si la DGP détient les actions de la future banque postale à 100 %, les deux institutions ne perdront rien : la Banque centrale ne devra affecter aucune subvention au Bureau d’épargnes et mandats de la DGP, et la CSBC pourra prélever des frais de gestion auprès de la banque postale.

Annexe

Institution Solde des épargnes (en billions de yuans)
Banque d’industrie et commerce 5,07
Banque d’agriculture 2,09
Banque de la construction 1,60
Banque de Chine 1,50
Poste 1,00
Institution Nombre de points d’opération
Banque d’agriculture 32 264
Poste 32 000
Banque d’industrie et commerce 23 359
Banque de la construction 15 741
Banque de Chine 11 500

Note : D’après des informations publiées par les banques à différents moments de 2004.


 
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